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CHAPITRE DIX-SEPTIEME

LA PAROISSE DE ST-ROMUALD DE 1878 A^iSSg

M. Antoine A. Gauvreau, second curé (1878-1882.) — Arrivée des Frères du Sacré-Cœur. — Oeuvres pastorales du curé. — M. Adolphe Godbout, troisième curé (1882-1889). — Un pèlerinage manqué. — Construction du collège. — Travaux divers du curé. — Recensement de 1885. — Les Frères du Sacré-Cœur laissent la paroisse. — Bazars. —

Avec les curés qui ont succédé au fondateur de la paroisse de St-Romuald d'Etchemin, nous tombons en pleine histoire contemporaine, puisque tous ces distingués personnages, aujourd'hui pleins de vie, promettent de fournir encore une longue carrière. Il est de notre devoir cependant, de relater les principaux événements qui se sont passés dans la paroisse, pendant la durée de leur administration respective et de dire la part que chacun d'eux y a prise.

Mais il est bien entendu que nous laisserons aux historiens futurs la tâche d'apprécier, comme ils méritent de l'être, ces actes dont nous nous contenterons de donner le récit pur et simple .D'ailleurs pour juger les hommes et les choses, il est toujours bon d'attendre que le temps et la discussion aient éclairci les grandes lignes des événements, à la lumière des documents écrits et conservés dans les archives, plutôt que sur les appréciations verbales, souvent intéressées, des contemporains.

Quand on veut admirer la beauté d'un ruisseau, ce n'est pas à sa source, souvent marécageuse et troublée, qu'il faut aller, mais c'est clans la prairie verdoyante où le ruisseau coule clair, tranquille et à plein bord, après avoir secoué ses ondes dans les rapides et les avoir ensuite purifiées sur les sables du fond. Il en est ainsi de l'histoire de bien des hommes et surtout de celle des curés, qui apparait toujours plus belle, après le cours des années, que dans les temps souvent troublés où cette histoire a pris sa source.

Le second curé de St- Romuald a été M. AN- TOINE-ADOLPHE GAUVREAU.

Né à St-Germain de Rimouski, le 22 septembre 1841, et fils de Pierre Gauvreau et d'Elisabeth Dubergès, il fit ses études au collège de Ste-Anne de la Pocatière pour lequel il a toujours conservé une affection tendre et généreuse. Ordonné prêtre,le 2 octobre 1864 il fut envoyé à la Ri- M. Ant. Gauvreau, deuxième curé. vière-au-Renard, comme vicaire, pour y commencer sa carrière évangelique.

En 1866, il devenait aumônier de l'archevêché de Québec. En 1870, il était nommé à la cure de St-Nicolas, et en 1875 à celle de Ste-Anne de Beaupré. Dans l'automne de 1878, il laissa la cure de la Bonne Ste-

Anne et son célèbre pèlerinage aux Pères Rédemptoristes qui en avaient été chargés par Sa Grandeur Mgr l'archevêque de Québec, pour s'installer dans la cure de St-Romuald laissée vacante par la démission du premier curé, M. Sax.

M. Gauvreau arrivait dans la nouvelle paroisse avec la réputation d'un prêtre extraordinairement zélé pour toutes les œuvres de piété et de dévotion, d'un prédicateur à la parole abondante, vive et convaincante, d'un travailleur infatigable pour le bien de la religion et la sanctification des âmes.

Le fondateur de la paroisse avait tracé les grandes lignes, en construisant une église complètement finie, un presbytère convenable, un beau et grand couvent et en organisant un grand cimetière pour les besoins de la population. Le successeur avait à s'occuper d'une école pour les garçons de la paroisse et à pénétrer de plus en plus dans les détails de la vie chrétienne, en inculquant dans l'âme des paroissiens un grand esprit de foi et la pratique des vertus chrétiennes, par une prédication suivie et pleinement nourrie comme il était capable de le faire, et par l'organisation de ces sociétés pieuses que l'église a mises à la disposition des curés pour faire le plus de bien possible.

Deux ans après son arrivée clans la paroisse, il avait le bonheur d'annoncer à ses paroissiens l'arrivée de cinq Frères du Sacré-Cœur qui avaient consenti à venir se consacrer, dans la paroisse de St-Romuald, à l'enseignement de la petite jeunesse. Le curé avait fait bien des démarches à droite et à gauche ; il avait essuyé des refus en certains endroits, et nous croyons véritablement qu'il était alors beaucoup plus difficile qu'aujourd'hui, à raison du manque de sujets sans doute, de passer contrat avec

une communauté enseignante, pour lui donner charge de l'enseignement des garçons. Il avait fini par trouver ce qu'il désirait dans une communauté établie depuis quelques années à Arthabaskaville et importée du beau pays de nos ancêtres. Cette communauté remontait à 1822 et devait son origine à l'abbé Coïndre qui fut aussi le fondateur des Dames Religieuses de Jésus-Marie. Son but était l'enseignement ; elle soumettait ses religieux à une règle qui en même temps qu'elle leur permettait de se sanctifier dans la pratique des vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, leur donnait le temps de se dévouer à l'éducation intellectuelle et morale de la jeunesse et de l'enfance.

En attendant la construction d'un collège, les Frères qui avaient pour directeur le Frère Justin, occupèrent une maison au pied de la côte, et, donnèrent l'enseignement dans l'ancienne chapelle provisoire redevenue une école. Dès la première année, ils avaient 220 petits garçons sous leurs soins.

Comme on le voit, on fut obligé par les circonstances d'adopter un système bien différent de celui que l'on avait pris pour mettre l'éducation des filles entre les mains des religieuses. On avait alors bâti le couvent avant de faire venir les religieuses ; la cage avant la venue des oiseaux ! Cette fois les oiseaux arrivaient avant d'avoir la cage ! Les oiseaux ne seraient-ils pas exposés à s'envoler ailleurs avant que la cage fut construite ?

L,e curé cependant avait grande espérance, tout en se demandant : où bâtir le collège ?

Dans l'été de 1881, un grand bazar pour l'œuvre du collège, fut tenu, sous la direction du curé, dans une grande bâtisse construite temporairement en face de l'église, et la recette abondante prouva que l'on tenait à

la belle œuvre de l'éducation des garçons dans cette paroisse.

C'est pendant ce bazar que, à la date du 16 août 1881, il nous fut donné de faire une conférence sur " La paroisse de St-Romuald d'Etchemin, avant et depuis son érection," (1) le même sujet que nous traitons dans le présent ouvrage. Seulement à cette époque, nous étions loin de posséder les renseignements que nous avons en mains aujourd'hui. Un résumé de cette conférence fut publié, à notre insu, avec plusieurs erreurs de dates et de détails, dans le Canadien du 17 août 1881. Cette conférence, nous la donnons aujourd'hui, revue, corrigée et, comme on le voit, considérablement augmentée dans le volume que le lecteur a actuellement sous les yeux.

Mais où bâtir le collège ? Il fallait de toute nécessité le construire à proximité de l'église. Au sommet de la côte où étaient déjà le couvent, l'église et le presbytère, tous montraient du doigt un terrain vacant, à l'ouest du presbytère, et parfaitement convenable à tous les points de vue pour la construction d'un semblable édifice. Ce terrain, appartenant autrefois à feu Edouard Eagueux qui avait donné une partie du terrain de l'église, était maintenant la propriété de M. le Notaire Simard, gendre de M. Edouard Lagueux. M. Simard consentirait-il à se départir de ce terrain par lequel le haut de sa terre était en communication avec le bas ?

En attendant la réponse de ce respectable citoyen de St-Romuald qui occupe alors la place d'assistant greffier de l'assemblée législative de Québec, laissons les chers Frères, travailler avec zèle et patience, sous l'aimable direction du curé qui leur donne ses sympathies

(1) Le texte original de cette conférence est à la cure de St- Romuald.

et ses conseils, à la formation intellectuelle et morale de la jeunesse intelligente mais quelque peu tapageuse de la paroisse ; laissons aussi les bonnes religieuses continuer de leur côté la belle œuvre qu'elles ont commencée depuis 1873 pour l'éducation des filles et dans laquelle, au jugement de tous, elles réussissent parfaitement bien.

Voyons le curé dans l'exercice de ses fonctions pastorales. Sa prédication, ardente comme celle d'un apôtre, et coulant toujours avec abondance, attire les paroissiens et leur fait connaître les vertus chrétiennes qu'ils doivent pratiquer, les vices qu'ils doivent éviter et les désordres dont ils ne doivent pas se rendre coupables.

Au temps des quarante-heures et des neuvaines, les appels à la pénitence et au repentir redoublent et alors le curé-confesseur a la joie de voir tomber les gros poissons de race masculine dans les filets qui ont été tendus en chaire par le curé-prédicateur. Sans négliger les autres catégories de personnes, il a cette 'spécialité d'attirer à son confessionnal les hommes, les jeunes gens. C'est avec l'intention de maintenir les hommes dans le sentier du devoir chrétien et de leur donner les moyens d'y persévérer, qu'il fonda, le 5 mars 1880, la congrégation de la Ste. Vierge pour les hommes.

Tous les ans, il ne manquait pas aussi de mener ses paroissiens en pèlerinage à l'église de la Bonne Ste. Anne où pendant trois ans, il avait prêché à de grands pèlerinages organisés et entendu la confession d'un grand nombre de pécheurs endurcis depuis longtemps et miraculeusement convertis par l'intercession de la Bonne Ste. Anne.

Tout en contribuant à donner à l'église tout ce qu'il fallait pour rehausser la beautéjdes cérémonies, il tenait les comptes de la fabrique avec la plus grande ré-

gularité, et pratiquait la plus stricte économie dans les dépenses de l'église. Dès son arrivée, il avait fait une amélioration importante dans la sacristie, par l'agrandissement qu'il lui donna, en faisant tomber une cloison qui la séparait du chœur de l'église.

Il obtint en 1879, un diplôme pour organiser une congrégation d'enfants de Mar;e parmi les jeunes filles de la paroisse, et en 1880, il jeta les bases de la pieuse association du Rosaire Vivant. (1)

Comme nous l'avons déjà dit, la paroisse de St-Télesphore avait été érigée canoniquement le 20 décembre 1875, et civilement le 26 avril 1876, à peu près clans le même temps que celle de St-David de l'Auberivière. Comme cette paroisse de St-Télespore n'avait ni église ni prêtre, en 1880, elle fut démembrée par décret de sa grandeur Mgr l'archevêque publié en cette année-là et, le 30 décembre 1880, le curé Gauvreau, de St-Romuald, recevait des lettres de curé de cette partie de St-Télcsphore comprise entre la rivière Etchemin et la ligne entre la terre de Pierre Cantin et celle dit domaine (à l'endroit du pont sur le chemin de fer). ly'autre partie jusqu'à la paroisse de St-David était placée sous la jurisdiction du curé de St-David. Comme les curés se trouvèrent alors chargés d'un surcroît d'obligations à raison des deux paroisses que chacun avait à diriger, un nouveau décret du 15 février 1881, annexait à la paroisse de St-Romuald, pour toutes les fins religieuses, la partie depuis la rivière Etchemin jusqu'à la ligne entre la terre de Pierre Cantin et celle du domaine, et l'autre partie, pour les mêmes fins religieuses, à la paroisse de St-David. I^a paroisse canonique de St-Télesphore se trouva alors

(1) Voir archives de la cure de St-Romuald, passim.

anéantie, mais la paroisse civile continua à subsister avec son maire et ses conseillers.

Il en est encore ainsi aujourd'hui en l'an de grâce

Tout allait pour le mieux, dans la meilleure des paroisses, — excepté toutefois la construction du collège qui n'avançait pas parceque le propriétaire du terrain convoité ne se pressait pas de se rendre aux désirs des gens, — quand tout à coup, le 25 juin 1882, on annonce le décès de Mgr J. D. Déziel, le fondateur de la paroisse de Notre-Dame de Lévis et de toutes ces grandes institutions qui s'appellent le collège, le couvent et l'hospice de la ville progressive de Lévis. La voix publique désigna aussitôt le curé Gauvreau à la succession du curé Déziel, et le 1er juillet 1882, le curé Gauvreau, officiellement nommé par Sa Grandeur Mgr l'archevêque de Québec, laissait la cure de St-Romuald pour aller sur un théâtre plus vaste exercer son zèle porir le bien des âmes, emportant avec lui les regrets de tous, avec aussi le murmure accentué de quelques-uns des paroissiens de St-Romuald où il n'était resté que trois ans et neuf mois.

M. Gauvreau devait demeurer à Notre-Dame de Lévis pendant treize années.

En 1895, il fut appelé sur un théâtre encore plus important, quoique moins étendu, à cet endroit que le journal des Jésuites de 1646 (1) désigne du nom bien prosaïque de " la Vacherie ", et qui est aujourd'hui la grande, la populeuse, la commerciale et industrieuse paroisse de St-Roch de Québec.

Depuis le 24 juin 1906, le curé Gauvreau, qui a été

( 1 ) Voir pages 5i-54-55"5S et 59.

fait Prélat Domestique du pape Pie X, s'appelle maintenant MGR ANT. GAUVREAU, P. D.

Ses vicaires à St-Romuald avaient été : M M. L,actance Mayrand (1878-1879) Alphonse-Andromique Beaudet (1879-1882).

M. ADOLPHE GODBOUT fut le troisième curé

de St-Romuald.

Il était né à St-Anselme, le 5 avril 1842, et était fils

de Joseph Godbout et de Adélaïde Fortier. Ordonné

prêtre à Québec, le 6 juin 1868, il fut attaché pendant trois ans au Séminaire de Québec où il avait fait son cours d'études. En 1871, il fut appelé au vicariat de Notre-Dame de Québec où il demeura sept ans. En 1878, il était nommé chapelain de Notre-Dame de la Garde où l'on venait d'organiser une desserte. Au premier juillet 1882, il venait prendre possession de la cure de St-Romuald et suc-

cédait au curé Gauvreau.

M. Godbout apportait avec lui à St-Romuald le même zèle, la même activité, le même esprit de charité que l'on s'était plu à reconnaître en lui dans la paroisse

de Notre-Dame de Québec et dans la desserte de Notre- Dame de la Garde.

D'une humeur très plaisante, toujours pressé pour faire le bien tant au spirituel qu'au temporel, la main toujours ouverte pour secourir l'indigent, il devait donner à ses ouailles l'exemple de toutes les vertus chrétiennes qu'il ne cessait de prêcher du haut de la chaire de vérité.

Pendant sept ans et trois mois, le curé Godbout a été constamment à l'œuvre, pour construire, restaurer, améliorer, administrer les consolations de la religion et faire entendre du haut de la chaire les vérités évangéliques, conjointement avec les vicaires qui se succédèrent clans la paroisse, à savoir MM. Peter 0'L,eary (1882-1883), Charles-Allyre Collet (1 883-1 884), Clément Leclerc (1884), Victor-Odilon Marois (1 884-1 886), et Joseph- Ed.-Ant. Lavoie (1886-1889).

A peine avait-il mis le pied dans la paroisse que déjà il faisait construire une jolie chapelle dans le cimetière, et un second jubé dans l'église, au-dessus du grand jubé pour y installer les chers Frères avec leurs élèves. (1)

Il organisa avec ses paroissiens deux pèlerinages à la Bonne Ste-Anne en 1883. Le premier pèlerinage se fit heureusement ; mais il n'en fut pas ainsi du second qu'il fit, le 16 septembre 1883, avec son vicaire M. O'Leary. Ce second pèlerinage faillit être des plus désastreux. Deux bateaux à vapeur, le "James" et le " Brothers" attachés ensemble, transportaient les pèlerins qui avaient laissé le quai de St-Romuald vers 6 heures du matin. Tout alla bien jusqu'au saut Montmorency. Ivà, une brunie épaisse vint entraver la marche des bateaux qui cependant s'obstinèrent à vouloir descendre

(1) Voir archives de la cure de St Romuald.

le fleuve quand même. Tout à coup, un craquement se fait entendre. Le "James" était arrêté sur un caillou en face de la chute. On peut imaginer la panique qui se produisit parmi les pèlerins : tous, hommes et femmes se crurent perdus. Les cris, les lamentations, les invocations à la Bonne Ste-Anne retentissaient au loin. Le curé et son vicaire, bravant le danger qu'ils redoutaient comme tout le inonde, essayaient de calmer les esprits et récitaient le chapelet, pendant que les femmes s'arrachaient les •' life preservers" du bateau, pour se préparer à une baignade probable. Heureusement que le "James," solidement ancré sur le roc, ne bougeait pas. On parvint à détacher le " Brothers" et à l'aide de ce bateau, on réussit à transporter sur le quai le plus voisin, un certain nombre de pèlerins qui reprirent à pied le chemin de St-Romuald. Les autres retournèrent dans leurs familles par le " Brothers."

Quant au bateau le "James," sa carrière de traversier entre Québec et St-Romuald était finie. Quand on fut venu à bout de le décrocher du rocher où il était, il devint un humble remorqueur de bâtiments (tow-boat).

Au prône du curé le dimanche suivant, nous aurions aimé à lire les observations qu'il fit sur ce pèlerinage, célèbre dans les annales de la paroisse ; mais il n'a laissé dans son livre de prône que quelques notes par lesquelles on voit cependant, qu'il n'avait pas intention de recommencer ce pèlerinage la même année et que l'on devait une bonne grosse chandelle à la Bonne Ste- Anne pour n'avoir pas à déplorer un plus grand désastre.

Quelque temps après, une nouvelle épreuve attendait le curé ; sa grange était détruite complètement par un incendie, le 6 octobre 1883. Il lui fallut prendre les moyens de la reconstruire.

Mais la grande œuvre qui s'imposait au zèle du curé, c'est la construction du collège dont on parlait depuis 1880. Les chers Frères du Sacré-Cœur, introduits par le curé Gauvreau, continuaient toujours avec courage l'œuvre d'éducation qu'ils avaient commencée, et ils désiraient plus que tout autre, voir s'élever un édifice assez spacieux pour y tenir leurs classes et y avoir leur logement. Mais le curé Godbout vint se heurter à la difficulté qui avait arrêté son prédécesseur : où bâtir ?

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