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LE COLLEGE

Le curé, les commissaires d'écoles et les citoyens en général ne voyaient aucun terrain propice comme celui qui était sur la côte, à l'ouest du presbytère et qui appartenait à M. Etienne Simarcl. Mais celui-ci déclarait formellement qu'il ne pouvait faire le sacrifice de ce morceau de terre qui lui était nécessaire pour communiquer avec le haut de sa propriété.

Que faire ?

D'un commun accord entre le curé et les commissaires d'écoles, il fut décidé que la commission des écoles entreprendrait, pour des nus d'utilité publique, la lutte devant les tribunaux civils pour obtenir une expropriation du terrain appartenant à M. Simard. La lutte fut chaude et l'on passa par toutes les phases de la procédure usitée en pareil cas. Jugement fut finalement rendu en faveur de la commission des écoles. Des experts furent nommés ; le terrain fut exproprié et payé au propriétaire. Les commissaires se mirent à l'œuvre pour bâtir un édifice en pierres de trois étages avec toit plat, de quatre-vingt pieds de longeur sur quarante de largeur.

Le nouveau collège était prêt en 1884 et les Chers Frères s'y installèrent aussitôt.

Cependant le curé qui s'était beaucoup dépensé pour mener à bonne fin l'oeuvre qu'il avait entreprise, n'était pas au bout de ses fatigues. La souscription de la fabrique et celle de plusieurs citoyens, les revenus des bazars et des pèlerinages, tout cela avait aidé. Mais la balance de la note à payer était assez ronde.

" Ça coûte cher de bâtir un collège, après avoir plaidé à grands frais pour obtenir le terrain, et de plus il va falloir payer cinq frères à l'année dans ce collège. Comment va-t-on arriver ? "

C'est ainsi qu'un certain nombre de personnes exhalaient leurs plaintes et leurs lamentations.

Ces lamentations parvenaient facilement aux oreilles des Chers Frères qui étaient grandement ennuyés d'avance des tiraillements pénibles dont ils avaient été les témoins avant et pendant la construction du collège. N'étant aucunement responsables de la situation financière du collège et comprenant qu'une politique d'éco-

nomie s'imposait aux commissaires pendant quelques années, au moins, pour le plus grand bien de tous, un bon matin, ils plièrent bagage et s'en allèrent à Arthabaskaville, se remettre à la disposition de leur supérieur général (1886).

Il fallut alors, dans ce beau collège qui avait coûté tant de peines lors de sa construction, recourir à un autre ministère que celui des Frères pour l'éducation des garçons. Les religieuses du couvent consentirent jusqu'en 1889, pour obliger monsieur le curé, à prendre la direction de l'école des garçons qu'elles firent fonctionner avec des maîtresses diplômées qui leur étaient fournies par la commission des écoles. En 1889, les maîtresses restèrent seules, comme autrefois, en charge de l'école. Nous verrons plus tard comment finit le règne des maîtresses d'écoles, pendant l'administration de son successeur.

En 1885, le curé Godbout entreprit de grandes réparations bien nécessaires à l'église et au presbytère : il fit restaurer et peinturer les couvertures, ajouter un plancher neuf en merisier dans l'église et il refit complètement en bois le perron de l'église, sans compter beaucoup d'autres travaux utiles pour le chauffage, etc. Le presbytère reçut aussi une nouvelle toilette. Un plancher nouveau fut fait et l'on glissa, au milieu des travaux, plusieurs améliorations modernes que l'esprit d'économie du curé Sax avait négligé d'y introduire. (1)

Le curé avait alors, en la personne de M. Marois, un vicaire aussi actif que lui, mais encore plus amateur du beau et du progrès qu'il l'était lui-même.

C'est M. le vicaire Marois qui entreprit, en cette même année de 1885, de faire un recensement aussi

(1) Voir archives de la cure de £t-R.omuald.

complet que possible des familles de la paroisse, dans lequel sont inscrits les noms des pères, mères et enfants avec Page de chacun, la profession ou le métier exercé par le chef de famille et souvent aussi, avec l'année du mariage des époux et le lieu d'origine du père de la famille.

Il y avait, en 1885, dans la paroisse, 2560 communiants et 1222 non-communiants, formant en tout une population catholique de 3782 âmes. L,a paroisse comptait 718 familles canadiennes et irlandaises, avec, en outre, 11 familles protestantes renfermant une population de 54 âmes.

Ce recensement sera un document important à consulter dans cinquante ou cent ans ; il est conservé dans les archives de la cure de St-Romuald.

I^e curé Godbout établit en 1887, l'utile association de 1' Union de Prières, sur le modèle de celle qui existe à l'église St-Jean-Baptiste de Québec depuis 1868, et d'après laquelle, en payant annuellement la somme de 25 cts. ou de 50 cts., un associé a droit, lors de sa mort, à un service de $9.00 ou de $18.00.

Il favorisa grandement l'établissement d'un corps de musique dans la paroisse (1882), et il s'intéressa beaucoup aux travaux d'un aqueduc commencé vers 1886 par M. Joseph Lachapelle et continué plus tard par son gendre M. J.-A. Marier, ainsi qu'à l'ouverture du chemin, dans la côte de l'église, à l'ouest de la maison d'école.

Il réussit à régler en 1888, la question de l'emprunt municipal de $20,000.00 fait en 1857, et déposé à la fabrique. Nous avons déjà dit que ce règlement fut effectué pour la somme de $15,000.00, et que la fabrique

emprunta de M. Edouard Couture, de Lévis, le dit montant remboursable avec intérêt en 28 ans.

En 1888, il fit réparer et peinturer le clocher de l'église qui, étant couvert en fer blanc, commençait à être mangé par la rouille (1).

C'est pendant ces réparations que l'on vît un jour sur les échafauds, un homme en soutane monter, d'échelon en échelon, jusqu'au sommet du clocher ; après avoir baisé dévotement le pied de la croix, il redescendit en bas bien tranquillement. On fut bien surpris d'apprendre que c'était le pieux et zélé vicaire d'alors, M. Joseph Lavoie, qui avait tenté ce coup d'audace assez rare pour un membre du clergé. Comme on lui demandait s'il avait l'intention d'ouvrir une nouvelle voie mystique pour monter au ciel, il répondit qu'il avait voulu se rendre jusqu'à la croix du clocher, pour soutenir l'honneur du clergé et montrer qu'il y avait des prêtres capables de monter aussi haut que les ouvriers.

En 1889, le curé Godbout était à installer quarante bergères dans l'église, quand il reçut de l'archevêque l'offre d'un poste important, — qui n'était point une cure, mais aussi qui était loin d'être une sinécure, — le poste d'aumônier dans la populeuse maison des Sœurs de la Charité de Québec.

Il hésita beaucoup !

Ses œuvres n'étaient point terminées. Il avait présidé à plusieurs bazars ; un autre venait de s'ouvrir pour la belle œuvre du couvent. Il était en pourparlers pour introduire les Frères des écoles chrétiennes dans la paroisse. Il avait été généreux pour toutes les œuvres et de plus il avait souvent prêté à fonds perdu, à plusieurs, dans des moments bien pressants. En examinant sa cas-

(1) Voir archives de la cure de St-Roinuald.

sette personnelle, il voyait qu'il y avait fait une brèche assez grande, et qu'il n'était plus nécessaire de la tenir sous clef. "Peut-être, pensait-il, qu'en restant encore ici, dans cette cure pendant quelques années je pourrai refaire ma cassette." A l'âge de près de 50 ans, il espérait se réformer !

Il résolut donc de décliner l'offre qui lui était faite ; mais il ajoutait qu'il ne laisserait la paroisse que sur un ordre formel de son supérieur. — " Eh bien ! dit l'archevêque, cet ordre, je vous le donne : vous irez chez les Sœurs de la Charité. "

C'est alors que les paroissiens apprirent avec grand regret le départ de leur estimé et dévoué curé.

Au jour des adieux, le dernier dimanche de septembre 1889, les paroissiens qui avaient connu la bonté de son cœur et ses largesses multipliées, lui donnèrent une bien douce consolation en lui aidant à réparer complètement la brèche qui avait été faite à sa cassette personnelle.

Le curé Godbout, devenu aumônier, devait occuper son nouveau poste pendant seize ans (1 889-1 905). Depuis 1905, il prend quelque repos à la villa Mastaï qui appartient aux Sœurs de la Charité.

Au départ du curé Godbout en 1889, les moulins de MM. Ritchie dans le haut de New-Liverpool étaient fermés ; mais la construction de chemin de fer des MM. Breakey pour descendre le bois du moulin de St- Augustin donnait beaucoup d'activité sur les hauteurs du bassin de la Chaudière. Le chantier Benson avait été remplacé, dans l'anse de New-Liverpool, par les chantiers de M. McArthur dirigés par M. Wade.

Le nombre des bâtiments qui venaient y charger les bois de commerce avait grandement diminué. Le chan-

tier de madriers de MM. Hamilton se fermait et les quais Hamilton devaient disparaître avant longtemps. Les moulins Atkinson étaient toujours en opération, et une grande quantité de bois, venant des moulins de Scott, était déposée sur les quais et chargée sur les bâtiments. Aux bords de PEtchemin, la manufacture d'allumettes de M. Fitch était en pleine opération ainsi que celle de M. Howard, un peu plus loin. Les moulins Gravel, ouverts en 1882, donnaient -aussi de l'emploi à plusieurs familles.

La population de la paroisse, qui comprenait audelà de 700 familles, trouvait encore facilement ce qu'il fallait pour se nourrir, se loger, se vêtir et même pour prendre de temps en temps un verre de bière ou de whiskey.

Depuis le mois de février 1885, ^a paroisse de St- Romuald avait l'honneur de posséder, en la personne du docteur Pierre-Malcolm Guay, le représentant du comté de Lévis, à la chambre fédérale d'Ottawa. Au chapitre dix-neuvième de ce livre, nous donnerons une courte notice biographique de ce zélé et actif député.

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