‹ La Paroisse de St-Romuald d'Etchemin avant et depuis son érectionChapitre 42 sur 73 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

M. Philéas Lessard, quatrième curé (1889-1898). — Il prend soin des affaires de la fabrique.— Travaux divers. — Installation des lustres et de la lumière acétylène dans l'église. — Les commissaires font venir les Frères Maristes. — Incendie du collège. — Départ du curé Lessard. — M. Charles-P. Richard, cinquième curé (1898). — Bénédiction de la première pierre du nouveau collège. — Travaux considérables à l'église. — Nouvelle sacristie. — Restauration des fresques de l'église. — Tramway électrique. — Construction du pont en fer sur le St-Laurent et d'un chemin de fer pour y arriver. — Hôtel-de ville, aqueduc et banque. — Fondation du monastère des Trappistines (1903).

Le quatrième curé de St-Romuald-d'Etchemhi, qui fut appelé à remplacer M. Godbout, était M. PHILÉAS LESSARD. Né le 4 septembre 1841, à St-Joachim, il était fils de Jean-Baptiste Lessard et de Marie-Louise Caron. Il avait fait son cours d'études au séminaire de Québec et avait été ordonné à Québec le 11 juin 1870. Vicaire à St-Roch de Québec de 1870 à 1882, il avait été aussi en même temps, desservant de la congrégation de St-Roch dans les six dernières années. En 1882, il fut appelé au poste de desservant de Notre-Dame de la Garde, où il prit le titre de premier curé en 1885.

Au premier octobre 1889, il venait prendre possession de la cure de St-Romuald, après avoir acquis une grande expérience du ministère dans la populeuse pa-

roisse de St-Roch de Québec et dans celle de Notre- Dame de la Garde.

I^es curés qui se succèdent dans les paroisses prêchent tous la même doctrine et administrent tous, les mêmes sacrements ; cependant chacun d'eux, en ayant pour but de travailler au salut des âmes, apparaît aux regards des paroissiens avec une physionomie à part, un caractère spécial, des goûts particuliers, et un mode d'action qui n'est pas le même que celui du prédécesseur.

Le bon Dieu sans doute l'a voulu ainsi pour donner satisfaction à tous les goûts et à tous les caractères des paroissiens qui, de leur côté, sont loin de se ressembler.

Ainsi à St-Romuald, le curé Sax— fondateur de la paroisse, nous est représenté avec un caractère autoritaire qui s'impose par sa haute intelligence des affaires, sa vive perspicacité, et son habilité à conduire les hommes et les choses. Le curé Gauvreau se montre avec l'âme ardente d'un apôtre prêchant les vérités évangeliques, convertissant les pécheurs et indiquant de la voix et du geste le chemin qui mène au ciel. Le curé Godbout a une activité dévorante pour tous les travaux

M. Phileas Lessard, 4ème cure.

de construction et de réparation qni se présentent et pour porter les consolations à tous ceux qui souffrent. Le curé Lessard sera regardé par ses paroissiens comme un comptable éminent dans les affaires financières de la fabrique et des autres œuvres qu'il aura à diriger. Ses comptes seront en ordre parfait. Ce n'est pas lui qui oubliera de faire une entrée dans la colonne de la recette ou dans celle de la dépense du journal ; sou par sou, tout sera marqué, additionné et collationné.

A part des autres œuvres qui incombent à tout curé et auxquelles il s'adonnera avec zèle, le curé Lessard sera, pendant les années qu'il doit occuper la cure de St-Romuald, l'homme de la finance. Et cette réputation qu'il aura. méritée, ses paroissiens se plairont à la lui reconnaître et les marguilliers, comme nous le verrons plus tard, en enregistreront le souvenir dans les archives de leur fabrique, lors de son départ.

Le curé Lessard, en arrivant à St-Romuald, comprit, au premier coup d'œil, que, à part des dépenses ordinaires qui restaient les mêmes, la fabrique avait de plus à payer annuellement, pendant 28 ans, depuis 1888, la somme de $1000.00 pour libérer ce que l'on appelait V emprunt municipal. La fabrique par conséquent n'avait rien à perdre de ses revenus et même, s'il était possible il fallait en augmenter la source.

Voyant qu'il y avait certains arrérages en souffrance pour des services, pour la rente de bancs, il s'appliqua à les faire rentrer à la fabrique. De plus, dans l'intérêt de cette fabrique, il édicta un règlement qui ne souffrait d'exception pour personne, par lequel tout devait se payer comptant et d'avance. Dans cette paroisse où la majeure partie des paroissiens avaient été à l'école du '9

curé Sax, personne ne regimba contre ce règlement et le curé réussit à le mettre à exécution.

En même temps, on peut croire que le curé Lessard ne négligea pas les quêtes, les souscriptions, les soirées payantes dans la salle du collège, non plus que les bazars qui avaient été commencés par ses prédécesseurs. Les bazars, surtout dans une paroisse comme celle de St- Romuald, ont toujours été une bonne source de revenu pour les oeuvres paroissiales. On y donne volontiers eu s'amusant.

Il continua aussi les pèlerinages à la Bonne Ste- Anne.

Par tous ces moyens, il réussit amplement à faire face à toutes les dépenses. Il procura à l'église tous les ornements dont elle pouvait avoir besoin pour la beauté du culte ; il fit poser sur la balustrade du choeur, une couverture en marbre sur toute la largeur de l'église et il installa plusieurs belles statues, bien propres à exciter la piété des fidèles, et généreusement données par des paroissiens : MM. Damase Roberge, Michel Boivin et Joseph St-Hilaire. Au devant de l'église, sur le bord de la côte, il fit ériger, sur un piédestal en granit, une magnifique statue du Sacré-Cœur de Jésus. Cette statue, qui était le don des jeunes gens de la ligue du Sacré- Cœur, fut bénie solennellement le 3 octobre 1897.

A part des sociétés religieuses qui existaient avant lui et qu'il encouragea de son mieux, il fonda (1896) la confrérie des " Dames de Ste-i\nne " pour les femmes de la paroisse ; il institua dans la paroisse une conférence de cette belle société de St-Vincent de Paul dont il avait connu à Québec les heureux résultats en faveur des pauvres, et, à côté de l' Union de Prières déjà établie par le curé Godbout, il jeta les bases de l'association des

"frais funéraires " qui en était comme le complément

Il fut aidé dans l'administration de la paroisse par trois vicaires qui vinrent sccessivement comme suit : M. Clovis Arsenault (1889-1890), M. Marie Joseph-Cléophas Picher(i890i897), et M.Ovide Godbout (1897-1898).

Qu'il nous soit permis de mentionner d'une manière toute spéciale le nom de M. le vicaire Cléophas Picher qui est demeuré à St-Romuald pendant près de sept ans et dont le souvenir sera précieusement gardé [par les jeunes gens auxquels il a fait beaucoup de bien. M. Picher, nommé premier curé de la paroisse de l'Enfant- Jésus dans la Beauce, en janvier 1898, s'est éteint le 20 septembre 1899 et ^ a été inhumé dans l'église de l'Enfant-Jésus qu'il avait bâtie.

En 1896, le curé Lessard voulut opérer dans l'église une réforme importante. On s'était servi jusque là des anciennes lampes à l'huile de pétrole ; le progrès demandait quelque chose de mieux ! Il acheta de magnifiques lustres fabriqués par M. Adam, de Québec, sur le modèle de ceux qui sont dans l'église de St-Roch de Québec, et il les installa dans son église, avec aussi un système de gaz acétylène alors très en vogue. L'appareil générateur était déposé chez M. Roberge à quelques cent pieds de la sacristie.

Malheusement, dans le tenps, cette innovation ne fut pas du goût d'un grand nombre. On parlait alors assez fortement de l'arrivée prochaine de la lumière électrique. Une compagnie importante se formait pour utiliser le pouvoir d'eau de la chute de la Chaudière, et ériger des dynamos qui fourniraient la lumière électrique à St- Romuald et à Notre-Dame de Lévis et aussi des moteurs électriques capables de faire marcher des tramways.

Déjà l'on voyait toute la côte illuminée des feux de la lumière électrique et les chars, mus par l'électricité, sillonner en tout sens le beau comté de Lévis. Déjà aussi on voyait d'avance les magnifiques peintures à fresque de l'église rayonner sous les mille feux de la lumière nouvelle. Et alors il n'était pas étonnant d'entendre dire par plusieurs. " C'est la lumière électrique qu'il nous faudra dans un an ou deux ; pourquoi alors tant se presser d'introduire la lumière acétylène ? "

L'opposition, suscitée par l'espoir de la lumière électrique, fut cause que le curé Lessard parvint difficilement à rentrer dans ses fonds déboursés pour l'installation de la lumière acétylène.

Une autre question plus irritante agitait en même temps les paroissiens du village d'Etchemin et devait grandement ennuyer le curé Lessard. Depuis le départ du curé Godbout, comme nous l'avons déjà dit, l'école des garçons. dans le collège bâti sur la côte, était complètement entre les mains de maîtresses diplômées, bien qualifiées d'ailleurs, et enseignant sous le contrôle des commissaires qui siégeaient alors sous la présidence du curé Lessard lui-même (i 892-1 896).

Tout avait bien marché pendant plusieurs années.

Cependant un certain nombre de commissaires et avec eux plusieurs citoyens de l'arrondissement, en jetant les yeux sur le collège, ne pouvaient s'empêcher de dire entre eux : " Pourtant ce collège a été bâti pour y maintenir des Frères et non des maîtresses. Des Frères qui sont des religieux consacrés à l'œuvre de l'éducation des enfants, devraient faire plus de bien que les maîtresses, même les plus capables. Ils auraient plus d'autorité pour gouverner les enfants et plus de poids pour

leur inculquer les connaissances qui leur sont indispensables."

Les commissaires qui, depuis 1896, avaient pour président, M. Edouard Côté, soumirent leur plan au curé qui fut loin de l'approuver. " Quoi, disait-il, des Frères au collège ! Mais, vous en avez déjà eu et ils sont partis parceque vous ne pouviez pas les payer. Tout ce que vous pouvez faire, c'est de garder les maîtresses actuelles. Vous n'êtes pas capables de payer le double à des frères que vous ferez venir ! "

" Les temps sont changés, répondaient les commissaires, la dette du collège n'est plus la même ; par conséquent ce qui ne pouvait se faire autrefois, se peut aujourd'hui. D'ailleurs, les intéressés sont prêts à faire tous les sacrifices nécessaires pour maintenir des Frères "

Au milieu de la discussion soulevée dans la paroisse sur cette question qui intéressait grand nombre de personnes, les commissaires jugèrent à propos, en attendant d'avoir ce qu'ils désiraient, d'appeler deux maîtres laïques qu'ils placèrent dans la maison d'école qu'ils possédaient au pied de la côte et d'y réunir un certain nombre d'enfants parmi les plus âgés, pendant que les maîtresses continuèrent à enseigner dans le collège.

L'affaire se compliquait, et la dépense naturellement devait augmenter.

De part et d'autre on ne paraissait vouloir céder ; les commissaires désirant toujours avoir des Frères pour donner à l'école des garçons, une poussée dans la voie du progrès, et le curé plaidant toujours incapacité de la part des contribuables, pour rencontrer les dépenses d'une école tenue par les Frères.

Encouragés par un grand nombre et forts de la valeur de leur cause, surtout au point de vue religieux,

les commissaires résolurent de ne pas abattre pavillon. Ils prirent eux-mêmes l'affaire en mains et se mirent à la recherche d'une communauté de Frères qui consentirait à se charger de leur école des garçons. Après bien des démarches, ils finirent par passer un contrat, en 1897 (1er juillet), avec la communauté des Chers Frères Maristes qui avaient une maison-mère à Iberville, dans la province de Québec.

Ce contrat avait nécessairement reçu la sanction de l'autorité épiscopale de l'archidiocèse, (1) qui n'avait pu s'empêcher de bénir les bonnes dispositions des commissaires.

La communauté des Frères Maristes, fondée en 181 7 à Laval (Loire) en France par le vénérable Joseph Benoit Marcellin Champagnat, avait plusieurs maisons dans les diocèses de Montréal, de Québec, de Chicoutimi et aussi dans les Etats-Unis. Comme les Frères du Sacré-Cœur, ils étaient liés par les vœux de religion et vSe consacraient à l'enseignement de la jeunesse. Les Frères Maristes arrivaient à St-Romuald, dans l'été de 1897, sous la direction du cher Frère Héribert. Au mois de septembre, ils ouvraient leurs classes dans le collège laissé vacant par le départ des maîtresses.

Tout semblait maintenant présager une nouvelle ère de paix et de calme dans la paroisse, pour le plus grand bien de tous, et les enfants, dociles à leurs nouveaux maîtres, promettaient de faire des progrès dans toutes les branches des connaissances en rapport avec leur âge et leur capacité.

Tout-à-coup, dans la nuit du 19 septembre 1898, uu cri se fait entendre : le feu au collège ! En moins de deux

(1) Voir archevêché : lettre de Mgr C. A. Marois donnant son approbation, au nom de Mgr l'archevêque de Québec (1er juillet 1897).

heures, ce pauvre collège qui avait été l'objet incousciant de tant de chicanes, n'était plus qu'un monceau de ruines.

Tout était à recommencer ! Les Frères Maristes prirent leur logement en bas de la côte et installèrent, comme on l'avait autrefois, leurs classes dans l'ancienne maison d'école et dans une autre maison, en attendant la reconstruction du collège que les commissaires voulaient relever le plus tôt possible de ses ruines.

Huit jours après, une nouvelle importante circulait dans la paroisse. Le curé Lessard laissait le siège curial de St-Romuald pour aller prendre celui de M. Charles P. Richard, curé de St-Gervais de Bellechasse, et M. Charles P. Richard venait prendre le siège curial de M. Lessard.

Le curé Lessard ne laissa pas sans regret la cure de St-Romuald, où il avait passé neuf des plus belles années de sa vie sacerdotale.

Lors de son départ, les marguilliers qui avaient connu son zèle pour les affaires de la fabrique, ne purent s'empêcher de lui voter la somme de $200.00 qui, avec ce que les sociétés religieuses de la paroisse donnaient, devait complètement payer les débourses faits par le curé, lors de l'installation de la lumière acétylène.

Les marguilliers lui remirent en mains une résolution adoptée par eux et se lisant comme suit :

" Que les remerciements les plus sincères soient votés au Révd. M. Lessard pour la manière habile avec laquelle il a conduit les affaires de notre fabrique et pour le zèle qu'il a déployé pour le plus grand bien des ouailles qui lui avaient été confiées." (1)

Cette résolution était signée par les marguilliers suivants : L. J. Deniers, Paul Gagnon, Michael Esmond,

(1) Voir registre des délibérations de la fabrique (1898).

Dr. P. E. Lemieux, Augustin Simoneau et Edouard Leclerc.

M. Lessard ne demeura qu'un an à St-Gervais (1 898-1 899). Après avoir passé quelque temps chez M. le curé de Notre-Dame de Lévis, il fut nommé à la cure de St-Alban de Portneuf (1 902-1 904) et à celle de St- Ambroise de la Jeune Lorette qu'il occupe encore depuis 1904, et où il doit trouver un vaste champ pour exercer ses grandes qualités de financier, pour le plus grand bien de cette paroisse.

M. CHARLES PHILIPPE RICHARD, le cinquième curé de St-Romuald, était né à Ste-Anne* de la Pocatière le 25 avril 1851 ; il était fils de François Richard et de Octavie Roy. Il avait été ordonné prêtre à Québec, le 23 mai 1875, après avoir fait ses études classiques et théologiques au collège de Ste-Aune, dans sa paroisse natale. Jusqu'en 1886, il demeura au collège dans lequel il occupa les charges de Directeur, de Préfet des études et de professeur.

En 1886, il se rendait à Rome pour y perfectionner ses études théologiques. De retour ail pays, il fut nommé curé à Notre-Dame de la Garde, (1 889-1 893), puis à St-Gervais de Bellechasse (1893-1898). Au mois d'octobre 1898, il était appelé à remplacer le curé Lessard dans la cure de St-Romuald.

Le nouveau curé appartient à une famille qui compte plusieurs prêtres. Un de ses oncles, M. Edouard Richard, est mort curé du Château-Richer, en 187 1. Un autre de ses oncles, M. Charles Stanislas Richard, est curé à Ste-Sophie d'Halifax. Trois de ses frères sont

prêtres : M. Joseph Richard, professeur à l'école d'agriculture de Ste-Anne ; M. Edouard Richard, professeur au collège de Ste-Anne et M. Salluste Richard, curé à St-Paul de Montminy.

M. Chs. P. Richard, sième curé

Le curé Richard est un studieux et un amateur des bons livres qui traitent de théologie, d'histoire ecclésiastique et de questions sociales. Il a toujours conservé le goût des études sérieuses qu'il a puisé au collège Ste- Anne et aussi dans la ville éternelle. Pendant les loisirs

que lui ménageaient plus facilement qu'à St-Romuald, le ministère de Notre-Dame de la Garde et celui de St- Gervais, on le voyait plongé dans les chers livres de sa belle bibliothèque et savourant avec délices les riches connaissances que l'on trouve dans les œuvres des grands écrivains catholiques. Il aime à enrichir continuellement sa bibliothèque de toutes les primeurs intellectuelles qu'il n'est pas lent à se procurer.

Il ne sera donc pas étonnant de voir cet ami de l'étude favoriser- par tous les moyens possibles, même par des sacrifices personnels, la cause de l'éducation dans le couvent et dans le collège de sa nouvelle paroisse.

Aussi, le jour de la fête de St-Charles, patron du digne pasteur, sera toujours un jour de joie pour les élèves et de grandes émotions pour le cher et dévoué curé qui s'intéresse tant aux progrès intellectuel et moral de l'enfance.

A son arrivée à St-Romuald, le collège n'existait plus ; huit jours auparavant un incendie l'avait détruit. Il fallait le reconstruire.

Un mois à peine après son arrivée, le 30 octobre 1898, les commissaires d'écoles en faisaient bénir la première pierre. Ce fut un jour de joie et d'espérance pour la paroisse. Sa Grandeur Mgr L. N. Bégin, archevêque de Québec, voulant encourager l'œuvre des commissaires, avait accepté l'invitation de faire cette bénédiction solennelle. Le sermon fut très goûté ; il était donné par celui qui fut le second curé de St-Romuald, le curé Gauvreau. Ses anciens paroissiens aimaient à entendre encore une fois sa parole vive et pénétrante qui avait tant de fois auparavant touché leurs cœurs. Mais en ce jour, ce qui fit aussi grand plaisir aux parois-

siens de St-Romuald, ce fut d'apprendre qu'un beau chèque de $100.00 avait été donné pour le collège par leur nouveau curé qui de plus s'engageait à le renouveler tous les ans.

Le collège était reconstruit sur le même site que l'ancien, et de même grandeur ; il était en briques blanches, avec rez-de-chaussé en pierres et toit plat avec clocher. La cloche qui s'y fait entendre est le don généreux de M. Joseph Garant, marchand de bois de St-Romuald.

Le collège était prêt en avril 1900, à recevoir les 230 élèves de l'arrondissement, avec les chers Frères Maristes qui ont toujours continue depuis à y donner l'enseignement.

Ce nouveau collège M. Jos. Garant avait coûté $13,000.00.

Une grande salle y est aménagée pour des séances publiques.

Le curé Richard se donna tout entier aux œuvres multiples de son ministère paroissial avec l'assistance des vicaires qui se sont succédés jusqu'à ce jour comme suit : M. Louis Gosselin (1898-1903), M. Uldéric E. Boilard (1 903-1 905), et M. Joseph-Alexis Guillot (depuis 1905). Dès les premières années, pendant qu'il distribuait avec sa parole facile et attrayante le pain substantiel de

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la doctrine chrétienne, le curé ne pouvait s'empêcher de jeter les yeux sur la voûte et les murs de son église qui demandaient de grandes réparations. L'humidité du climat et la défectuosité du système de chauffage, avaient, depuis trente ans, noirci les peintures et les fresques de l'église, et même défiguré certains tableaux dans la voûte. Il fallait faire un perron neuf, refaire les couvertures, poser des bancs nouveaux, installer un nouveau calorifère, donner à la sacristie un agrandissement qui était désiré depuis longtemps, etc., etc.

C'est en 1901 que tous ces travaux qui s'imposaient et qui devaient coûter dans les $20,000.00, furent entrepris et exécutés par M. Joseph St-Hilaire, entrepreneur de St-Romuald, à part le travail de restauration des tableaux et des fresques qui fut fait par M. Weidenbach, un allemand, aidé d'un peintre nommé Vasa Pacirski.

Au printemps de 1902, quand l'église apparut aux regards des paroissiens, toute illuminée à la lumière électrique qui avait aisément détrôné la lumière acétylène du curé Lessardf elle était vraiment belle avec son clocher et ses couvertures en tôle galvanisée, son perron en pierres et en béton, ses trois statues au portail, en bois revêtu de métal doré, représentant au centre saint Romuald et sur les côtés, les apôtres Pierre et Paul, et offertes par M. Joseph Garant, le généreux donateur dont nous avons déjà parlé ; belle avec sa sacristie élégante à l'extérieur, vaste et jolie à l'intérieur, ses bancs neufs, et son plancher relevé dans le chœur ; belle avec ses fresques rafraîchies sur un ton plus clair qu'autrefois, avec ses deux vitreaux du chœur donné l'un par les amis de feu le Docteur P.-M. Guay, M. P., et l'autre par la famille Deniers ; confortable enfin avec son calorifère moderne,

à la vapeur pour l'église et à l'eau chaude pour la sacristie.

Lors de ces travaux, les gens de la paroisse s'attendaient à ce que, comme autrefois, on ferait à leur générosité des appels pressants et réitérés. Mais le curé Richard, qui semble avoir une sainte horreur des quêtes et des bazars, a voulu les laisser reposer pendant quelque temps. La fabrique a emprunté le montant nécessaire et, en attendant, le curé pratique l'économie et paye les intérêts sur le capital que l'on devra rembourser plus tard. Mais quand le temps du repos sera écoulé, nous croyons qu'il y aura une explosion extraordinaire de générosité de la part des paroissiens, surtout lorsqu'il s'agira de refaire le presbytère.

Nous avons mentionné l'apparition de la lumière électrique a l'église de St-Romuald. En effet une compagnie organisée sous le nom de " Canadian Electric Company " avait barré la rivière Chaudière, au moyen d'une solide et dispendieuse chaussée, au-dessus du saut et avait installé, au bas, des puissants dynamos qui donnaient la lumière sur le bord du fleuve, jusqu'à St-Joseph de Lévis et même, en partie du moins, à la ville de Québec. Elle fournissait aussi la force motrice à une autre compagnie, appelée la " Levis County Raihvay Company" qui avait établi une ligne de tramways depuis St-Joseph et les hauteurs de Notre-Dame de Lévis jusqu'au débarcadère de St-Romuald, en passant la rivière Echemin sur un pont en fer avec piliers en granit. On commençait aussi en 1903, les piliers du fameux pont sur le St-Laurent, eu haut de la Chaudière, et l'on construisait un chemin de fer ,pour relier ce pontau chemin de fer de rintercolouial, en traversant la Chaudière sur un pont en fer assez élevé, un peu au-dessus du bassin, à l'endroit

où les rives sont escarpées et le sol tourmenté par des bouleversements primitifs.

La municipalité de St-Romuald d'Etchemin ne devait pas rester en arrière dans la marche du propres matériel qui se faisait sentir partout. Elle avait voulu construire un superbe hôtel de ville, organiser un département du feu avec pompe à vapeur, substituer un aqueduc en fer à celui en bois qui avait été construit vers 1888 par M. Joseph Lachapelle, et appeler dans la paroisse une succursale de la banque de Québec qui tient ses bureaux dans l'hôtel de ville.

Au milieu de l'effervescence générale produite par les travaux entrepris dans la paroisse, au nom du progrès moderne, on ne fut pas peu surpris d'apprendre l'arrivée à St-Romuald d'un essaim de religieuses françaises qui, sous la direction de la révérende mère Marie Lutgarde, prieure des Cisterciennes de Bonneval (Aveyron) France, venaient y faire une fondation.

Ces religieuses, que l'on appelle communément les Trappistines, étaient au nombre de dix et appartenaient à l'une des deux branches de la famille Cistercienne dont les Trappistes, bien connus en Canada depuis longtemps, forment l'autre branche.

La supérieure de la colonie nouvelle était la révérende mère Marie Joseph Fabre.

La propriété des Trappistines comprend, sur la rive ouest de la rivière Etchemin, une étendue considérable de terre, de forme irrégulière à raison d'une courbe faite par la rivière, et avait appartenu autrefois à M. John Thompson, secrétaire de Sir John Caldwell, de même qu'une autre partie qui fut vendue par les héritiers de M. Thompson à MM. Hall et Ritchie. Les propriétaires les plus récents avaient été M. Eusèbe Pelletier puis M.

William Wells qui la passa par contrat aux Trappistines.

En attendant la construction du monastère commencé en 1902 et qui ne devait être prêt qu'en automne de 1903, les dix Trappistines se logèrent dans une maison appartenant à M. W7ells et que celui-ci s'était réservé dans l'acte de vente.

Monastère des Trappistines

La Révérende Mère Prieure des Cisterciennes de Bonneval retourna en France, le 20 décembre 1902, laissant ses religieuses sous la sage direction du Révérendissime Dom Antoine, abbé d'Oka, qui leur donna pour chapelain un de ses religieux, le révérend Père Cléophas, accompagné d'un frère du même ordre.

La révérende Mère Prieure, Ste-Lutgarde, revint au Canada en juillet 1903, pour mettre la dernière main à la fondation du monastère.

La bénédiction solennelle du monastère eut lieu le 9 août 1903. Elle fut présidée par Mgr C.-A. Marois, Protonotaire Apostolique, Vicaire Général de l'archidiocèse de Québec, et suivie de la messe chantée par le Révérendissime Dom Antoine, abbé d'Oka, P. 0.

Le sermon qui a été publié en une plaquette (brochure) de 16 pages, fut donné par l'abbé Ths.-G. Rouleau, principal de l'Ecole Normale Laval de Québec. L'éloquent prédicateur nous fait voir, en s'adressant aux Cisterciennes, comment elles ont obéi à la voix de Dieu qui les a appelées, comme autrefois Abraham, à sortir de leur pays et de leur famille.

" Sœurs vénérées, dit-il, vous avez cru à la parole divine, vous avez quitté ce doulx sol de France, pleurant sur votre patrie malheureuse, comme autrefois Jésus- Christ sur Vingrate Jérusalem .... Vous n'avez pas craint d'affronter les dangers d'un océan immense et fécond en tempêtes. Comme Abraham, vous avez oscillé à droite et à crauclie, cherchant ce cciii béni où vous pouviez faire fleurir dans la solitude, les vertus apostoliques. Guidées par l'invitation généreuse d'un pontife (1) qui ne demande qu'à semer le bien sur ses pas, et par les conseils d'un supérieur (2) dont la sagesse n'a d'égale que sa piété, vous avez reconnu ce plateau si pittoresque qui domine le majestueux St-Laurent et touche à l'une de nos plus belles rivières, comme la terre choisie par Dieu pour que vous y éleviez non seulement un autel, à l'instar du Père des Croyants, mais un monastère magnifique où votre famille spirituelle puisse s'accroitre en sécurité et donner à un centre industriel des plus

(1) Mgr L.-N. Bégin, Archevêque de Québec.

(2) Le Révérendissime Dom Antoine, abbé d'Oka.

importants, l'exemple du travail transfiguré par la prière et la mortification chrétienne."

Après avoir imploré les bénédictions du ciel sur " le vénérable pontife à qui nous devons cette nouvelle floraison luxuriante de la vie religieuse dans notre diocèse ", l'orateur nous enlève sur les hauteurs mystiques où ses études en St-Thomas lui permettent de planer et il proclame hautement que les monastères des deux branches de la famille Cistercienne " sont des sanctuaires où s'opèrent constamment et, par une série d'actes héroïques les trois grandes immolations . . que Jésus- Christ a réalisées parfaitement dans chaque action de sa vie. C'est le sacrifice de ce qui fait tout l'homme : l'intelligence, le corps et le cœur."

L,e prédicateur développe ensuite ces trois points que nous résumons :

a. "Les yeux tournés vers Dieu, les Cisterciennes immolent leur intelligence par une soumission parfaite à une discipline dont l'extrême rigueur nous effraye, sacrifiant ainsi leurs plus légitimes aspirations, leurs désirs les plus innocents, leurs volontés les plus louables . .

b. " Elles doivent immoler chaque jour leur propre coras sous l'action incessante d'une pauvreté, d'un dénument indescriptibles et d'une pénitence qui refuse à la chair tout ce qu'elle peut lui soustraire sans la faire succomber

c. Enfin, " les Cisterciennes font vœu de n'aimer

que Dieu. Elles immolent toutes leurs affections les

plus honorables, les plus naturelles, les plus légitimes,

même les plus saintes pour les chrétiens ordinaires.

Elles élèvent entre elles et le inonde une muraille

spirituelle plus durable que les murs de pierre ou

d'airain

Ht si quelquefois la nature se réveille et livre à leur âme une lutte terrible, alors, "les Cisterciennes se vouent à une prière plus fervente, à une mortification plus acharnée ; il faut qu'elles remportent la victoire, car le cloître est fermé à tout jamais aux choses de la terre : il n'a d'issue que sur le ciel."

Mais emporté par les hautes considérations d'après lesquelles le brillant orateur nous fait connaître les Cisterciennes ou les Trappistines qui " vouent complètement à Dieu, clans le silence le plus absolu et la prière la plus incessante, leur cœur virginal et mènent ici-bas une vie semblable à celle des anges," il a complètement oublié de nous dire le genre de leur " travail transfiguré par la prière et la mortification chrétienne."

Après tout, les Trappistines touchent, comme nous, à cette terre de misères qui produit des ronces et des épines, et sur laquelle il faut travailler à la sueur de notre front pour gagner le pain de chaque jour et par là, arriver à nous sanctifier.

Il ne nous est pas permis de pénétrer dans le cloître du monastère pour connaître le travail des Trappistines. Mais nous savons qu'elles confectionnent des ornements d'église et qu'elles ont la spécialité de fabriquer un chocolat délicieux qui rivalise avec les chocolats Fry et Menier. Nous savons qu'elles cultivent une ferme de plus de 200 acres, fournissant en grande quantité les légumes qui sont la base principale de leur nourriture. Elles ont des chevaux, des vaches, des jeunes veaux aux allures fringantes, des tendres agneaux et des nourrituraux bien soignés : ttn attache au monastère va vendre aux familles d'Etchemin, le lait, les légumes et les autres produits de la ferme. Nous savons aussi que les Trappistines possèdent une " tricoteuse " qui leur permet de

fabriquer des bas pour l'usage de tous, qu'elles rentrent le bois nécessaire pour le chauffage, pendant notre rude hiver canadien qu'elles doivent trouver bien dur comparativement à celui du doux pays de France, et qu'elles font le travail des champs et des prairies. Une vignette ci-jointe sur laquelle nous pouvons jeter nos regards indiscrets, nous les représente travaillant, avec le râteau à cheval, les râteaux ordinaires et la charrette, à la rentrée des foins.

Aussi, grâce à ce travail vivifiant fait au grand air, on ne doit pas s'attendre à rencontrer chez les Trappistines des figures amaigries et anémiques comme on en voit quelquefois dans les hospices ou dans les communautés de religieuses enseignantes.

Le 18 octobre 1903, Sa Grandeur Mgr l'Archevêque de Québec bénissait la première cloche du monastère, due à la générosité de l'abbé Ths.-G. Rouleau, Principal de l'Ecole Normale, qui n'est pas seulement un prédicateur éloquent, mais qui est aussi un bienfaiteur insigne d'un grand nombre de bonnes œuvres.

Enfin, le 24 octobre 1903, au crépuscule du soir, les Trappistines, précédées du St-Sacrement et ayant à leur tête la Révérende Mère Prieure qui devait repartir pour l'Europe quatre jours après, prenaient possession définitivement de leur monastère, placé sous le vocable de Notre-Dame du Bon- Conseil.

Jusqu'à cette année de 1906, la communauté compte 14 recrues dont 8 novices, 4 postulantes et 2 sœurs tourières. Une seule de ces recrues vient de France, toutes les autres appartiennent à notre province de Québec.

Avec la grâce de Dieu et malgré l'austérité du genre de vie des Trappistines, il y a apparence que ce monas-

tère de Notre-Dame du Bon-Conseil se maintiendra en procurant la sanctification personnelle de ses religieuses et aussi, en étant pour tous "le propitiatoire fait d'un or très-pur du haut duquel Dieu nous fera entendre des oracles de miséricorde," suivant les paroles du sermon de M. l'abbé Rouleau.

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