CHAPITRE TROISIEME
LES PREMIERES FAMILLES D'ETCHEMIN {Suite.)
Jean Adam. — Nicolas Massard. — Jean Guy. — François Bissot. — Jean Charpentier dit la Paille. — André Bergeron. — Le sieur Mouffle. — Adrien Leclerc. — Jean-Baptiste Ducas et son gendre Charles Déjadon. — M. de la Martinière, — Louis Cantin.
Après avoir fait connaître pins longuement, les trois familles Lambert, Deniers et Roberge, qui se sont toujours maintenues à Etchemin, depuis le commencement jusqu'à nos jours, il convient de mentionner au moins, les noms des censitaires ou colons qui ont essayé de tenter fortune sur ce coin de terre, jusqu'à la conquête, en 1760. Les uns y ont demeuré quelque temps ; d'autres y eurent des propriétés sans y avoir de demeure. La la liste n'en est pas très longue.
Jean Adam.
Jean Adam, était en 1666, comme nous l'avons vu, un des employés d'Eustache Lambert : il était alors menuisier. Né en 1636, il était marié à Marie Mézeray, dont il eut huit enfants. Son rèç-ne comme colon fut court à Etchemin. Il prit une terre voisine de celle de Bissot en 1666, et il la vendit deux ans après, le 9 juillet 1668, à Jean Deniers, alors qu'il fut appelé à succéder à Claude Mange, dans la fonction de notaire et greffier en la .seigneurie de Lauzon, comme il appert par un document
du greffe de Pierre Duqiiet, en date du 14 août 1678. (1) Cela laisse à entendre que le menuisier de Lambert avait toutes les qualifications nécessaires pour occuper ce poste. Vers la fin de sa vie, on le voit résider à Beaumont, où il fut inhumé, le 3 septembre 171 1.
Nicolas Massard.
Nicolas Massard, originaire du Poitou, était à la côte Lauzon, à Etchemin, en 1667. Il se maria à Québec, le 12 octobre 1665, avec Anne Belle-Sœur, et eut neuf enfants. Sa terre à Etchemin était entre celle de René Leduc et celle de Jean Deniers. Cette terre passa à Jean Guy, en 1679, puis à René Leduc, en 1682.
Jean Guy.
Jean Guy était arquebusier et venait de la paroisse de St-Nicolas, évêché de Larochelle. De lui descendent les Guy de Kamouraska et de l'Islet. Il épousa, en 1671, à Ste-Famille I. O., Marie Levreau, âgée de 16 ans, et fille de Simon Levreau. Cette dernière apportait en dot à son mari, 20 minots de blé, 2 bœufs, 2 vaches, 1 cochon gras, 2 petits porcs-nourritureaux, une tinette de beurre de 25 livres, un matelas, une couverture, 4 draps, 6 chemises, 6 mouchoirs, 6 coiffes. (2)
En mai 1682, Jean Guy et sa femme, Marie Levreau, vendent à René Leduc, (3) une terre de deux arpents sur quarante, située à Lauzon, avec une petite cabane, grange et étable, bornée d'un côté à Leduc et de l'autre, à Jean Deniers ; ils l'avaient acquise de Massard, en 1679, comme nous l'avons déjà dit.
(1) Hist. S. Iv., I—288.
(2) Hist. S. h., app.. LI
(3) Hist. vS. Iv., app. LI
FRANÇOIS BISSOT.
François Bissot, bourgeois et marchand de Québec, avait acquis en 1647, une propriété à la Pointe Lévy, près de celle de Guillaume Couture ; il s'était marié quelque temps après, à Québec, avec une des filles de Guillaume Couillard.
L'histoire de la seigneurie de Lauzon raconte (1) assez longuement la vie et les exploits de cet homme qui s'est rendu célèbre par ses entreprises commerciales et industrielles, et par les services qu'il a rendus au seigneur de Lauzon et à ses censitaires. Nous avons déjà dit comment il avait été l'associé de Kustache Lambert dans r^frermage des revenus de Lauzon et dans d'autres affaires de commerce.
Nous ne devons nous occuper de lui, ici, qu'en rapport avec l'exploitation de sa ferme de dix arpents, sur le côté ouest de la rivière Etchemin. En 1667, comme Lambert, il avait avec lui plusieurs engagés, entre autres : Jean Guay, (2) âgé de 28 ans ; Martin L'Enfilé, âgé de 29 ans et Pierre Pérot, âgé de 32 ans.
Par lettre datée de Paris, le 8 mars 1664, Ie seigneur Jean de Lauzon donnait à François Bissot une concession de dix arpents de front sur le fleuve St-Laurent, depuis la rivière Etchemin jusqu'à la terre concédée par Jean Adam, 'le futur notaire de Lauzon, qui devait vendre cette terre à Jean Demers, en 1668. Cette concession de dix arpents comprenait tous les îlots à l'entrée de la rivière, et le droit de chasse et de pêche. A cet endroit, on faisait autrefois la chasse au loup-marin.
Bissot devait payer chaque année, au seigneur, deux chapons, un sol de rente par arpent de front et la tren-
(1) Vol. 1er (passim).
(2) Jean Guay est l'ancêtre des Guay de Lévis.
tihne partie de tout le poisson qui serait péché sur la grève. Ce poisson devait " être bien salé quant à l'anguille, le barre et le saumon, et frais quant aux autres poissons. " Cette concession, mesurée par l'arpenteur Jean Guyon, le 4 juin 1666, fut confirmée, le 12 novembre 1670, devant le notaire Gilles Rageot, par M. de la Martinière, administrateur de la. seigneurie, en considération des bons services que Bissot avait rendus au seigneur et aux habitants de Lauzon.
Une contestation s'étant élevée en 1667, au sujet du pâturage des animaux, le Conseil Supérieur de Québec (1) décida que les îlots, appartenant à Bissot et faisant partie de sa concession sur la rivière Etchemin, n'étaient pas compris dans la grève du St-Laurent, et il lui fut permis de les clore. (2) Cette sentence permettait aux habitants de mener paître leurs bestiaux sur la grève, en les gardant ou les faisant garder, à la charge des dommages qu'ils pourront faire sur les terres des voisins. Par là aussi, Bissot fut en état de mieux sauvegarder les prairies de ses îlots.
Tout marchait à souhait pour Bissot. Ses trois exploitations, la culture de la terre, la pêche, la fabrication du cuir, réussissaient très bien et il était en train de faire fortune. Sa femme, en bonne mère canadienne qu'elle était, lui avait donné la douzaine d'enfants réglementaire : sept filles et cinq garçons, lorsque la maladie vint le surprendre et le forcera partir pour l'autre monde, le 26 juillet 1673.
L'inventaire des biens de Bissot eut lieu, le 27 avril 1676, et le partage fut fait entre ses héritiers.
(1) Délibérations C. S. (I— 567).
(2) Hist. S. L. I— 185.
Jean Charpentier dit Lapaille
Jean Charpentier dit Lapaille, marié à Barbe Renaud, habitait la Canardière lorsqu'il acquit, le 6 octobre 1670, de Philippe Guion, une terre de dix arpents dans Lauzon. Cette terre était située près de l'habitation de Lambert Dumont, à l'est de la Chaudière, et Guion l'avait eue de M. de la Martinière, administrateur de la seigneurie, au mois de mars précédent.
Ce Charpentier dit Lapaille, a eu une fin de vie retentissante dans le temps.
On sait, par l'histoire du Canada, (1) quels désordres la traite de l'eau de vie aux sauvages entraîna, à cette époque de la domination française. Les autorités de la colonie qui voulaient favoriser ce régime, entrèrent en lutte avec l'évêque de Québec, qui, s'appuyant sur plusieurs consultations des théologiens de la Sarbonne, lança l'excommunication contre tous les traiteurs, et fit un cas réservé de cette offense.
Malgré ces défenses, un nommé Lapaille, habitant de Lauzon, continua à faire la traite de l'eau de vie, et les prêtres lui refusèrent l'absolution, deux ou trois ans durant. Lapaille mourut subitement, alors qu'il était encore sous le coup de la censure ecclésiastique, et l'évêque ne voulut pas permettre son inhumation en terre sainte. Le gouverneur Frontenac, qui était à la tête du parti qui faisait la traite, porta plainte à Colbert luimême. "Ce Lapaille étant mort subitement, dit-il, les prêtres ne voulurent jamaiSj.l'enterrer en terre sainte, disant qu'il n'avait pas fait ses Pâques, quoique leur refus seul en fut la cause pour le seul sujet de l'eau de vie,
(1) Ferland. I — 104
en quoi il ne faisait que suivre les règlements du Conseil." (i)
La veuve de Charpentier dit Lapaille, Barbe Renaud, épousa en deuxième noce, le 18 avril 1678, Nicolas Cochard, puis en troisième, le 2 décembre 1679, Mathurin Arnaud. Ce dernier abandonnait, deux ans après, la terre de Charpentier, et M. de la Martinière la revendit, en 1683, à Pierre Maillon des Moulins. Il faut croire que cette terre portait malheur, puisque Maillon la remit à son tour, le 2 octobre 1687. (2) Jean-Baptiste Luneau l'occupait en 1723.