‹ La paroisseChapitre 85 sur 87 · Actes, XX · texte numérisé non relu

Actes, XX

2. Nous avons remarqué que parfois certains conseils de falirique ont méconnu leur devoir à cet égard. Aux États-Unis, pendant la première moitié du xix« siècle, l'Église a grandement souffert de i'ingérence excessive des laïques dans l'administration des paroisses. A chacun ses devoirs et ses droits. Il n'est pas non plus sans exemple que des catholiques aient abusé de leur titre de bienfaiteurs d'une paroisse pour peser plus que de raison sur le choix d'un curé et sur la conduite à lui imposer. Au xni" siècle déjà, le pape Hono-

pas empêcher Taulorité ecclésiastique de se soumettre, quant à sa gestion temporelle, à une surveillance salutaire. Autant je redoute pour l'Église le contrôle administratif institué par la loi, d'où peut jaillir une source de tracasseries sans fin, autant je souhaite pour elle celui des fidèles, intéressés à la bonne marche de leurs associations. L'Eglise a tout à gagner à se montrer large et moderne dans sa manière de construire un budget, d'administrer le produit des offrandes et contributions volontaires des fidèles, enfin de rendre ses comptes ^ »

Reste la grave question des ressources paroissiales à assurer. C'est là que les ennemis de l'Eglise attendent les catholiques de France. Ils espèrent, sans doute, que ceux-ci ne seront pas à la hauteur de leur devoir et que, faute dun morceau de pain, la plupart des paroisses seront sans pasteur. Sans doute, il serait préférable, à certains égards, que le prêtre n'eût rien à demander aux fidèles. C'est ce qui aurait lieu si la Révolution n'avait dépouillé le clergé de ses biens légitimes et s'était contentée d'en réclamer un plus équitable emploi. Il en sera ainsi plus tard.

rius ni rcrivait à Hugues, roi de Chypre, qui s'offrait à fournir un traitement aux ecclésiastiques • Ceux qui sont soldés sont sous le pouvoir de ceux qui les soldent. Quand le seigneur veut se débarrasser de celui qu'il salarie, il ne lui paie pas son salaire, et le serviteur périt. Assurez donc le levenu des ecclésiastiques de telle sorte que personne ne puisse le leur ravir » Raumek, Hist.des Hofienslaufcn, t. IV, p. 135. On se propose d'éviter pareil inconvénient en centralisant dans les évêcliés les fonds qui seront ensuite distribués aux prêtres des paroisses, au lieu de laisser entretenii' ceux-ci directement par les bienfaiteurs locaux. Ce système de centralisation est pratiqué dans le canton de Genève.

\. Hf.mmkr, Politique reU(jieuse, p. 51. Dr, Mandat-Grasgey, Le clergé français et le Concordat, p. 102-lOG, appuie fortement, avec cxemi)Ics à l'appui, sur cette nécessité du contrôle ûuancier par les fidèles.

si peu à peu l'Eglise a la liberté de reconstituer son patrimoine, de telle façon qu'un jour la paroisse vive principalement de la munificence de ses enfants disparus. Pour le moment, nous n'en sommes pas là, la grande préoccupation de l'Etat est même d'obliger l'Eglise, sinon à périr de faim, du moins à ne vivre qu'au jour le jour.

Or, à quelque parcimonie qu'on réduise les dépenses paroissiales, il faut, de toute nécessité, pourvoir à l'entretien du prêtre, à celui de l'église, et aux frais indispensables du culte. Le budget de l'Etat pour le culte catholique se montait à 41 millions ^ sur lesquels, parmi les 34.000 curés de France, la plupart recevaient 900 francs, et quelquesuns 1.200 ou 1.500 francs. Quelques centaines de vicaires avaient une allocation de 450 francs. C'est ce budget qu'il s'agit de remplacer. Quelques très rares paroisses pourront y suffire à l'aide de leur casuel. Partout ailleurs, il faudra faire appel à la générosité des fidèles. Mais sous quelle forme? Des exemples utiles nous sont fournis par les pays étrangers.

Il est indispensable que les ressources arrivent régulièrement. Il en faut donc venir au système des cotisations hebdomadaires, mensuelles, trimestrielles ou annuelles, comme pour les « Missions intérieures » de Suisse, comme dans le canton de Genève, en Angleterre, aux États-Unis et en Australie. Il importe que personne ne soit exclu de la souscrip-

1. Le budget général étant de 3 milliards 400 millions, en 1900, il s'ensuit que sur 83 francs d'impôts de l'État, l franc était destiné au culte catholique. Les 41 millions du budget, comparés aux 4 milliards de biens confisqués au clergé en 1789, représentant un intérêt de 1 % , et un intérêt moitié moindre, si on tient compte de la plusvalue des biens depuis cent ans.

tion et que les plus petites bourses soient admises à y contribuer. Les plus pauvres auront à cœur de ne pas rester en dehors de la famille paroissiale, ils s'honoreront de verser leur obole et les plus minces apports, en s'additionnant, produiront un total appréciable ' .

La contribution payée en Angleterre pour entrer dans l'église et y occuper une place n'est pas à introduire en France. Les mœurs y répugnent, et beaucoup y verraient un prétexte à déserter les offices-. Il ne paraît pas non plus que l'élévation des tarifs qui produisent le casuel soit, en général, à encourager. 11 serait odieux de faire porter cette élévation sur la classe moins aisée. Quant à la classe riche, il est clair que plus on élèvera le taux de sa contribution obligatoire, plus elle abaissera celui de sa contribution volontaire.

Les fondations, les donations, les legs, les offrandes seront à conseiller aux fidèles, en prenant les précautions nécessaires et en tenant compte des exigences de la législation.

Déjà, dans beaucoup de paroisses, certaines confréries, certaines personnes même prennent à leur charge qnelques fournitures du culte, l'entretien d'une chapelle, celui du linge ou des ornements, la dépense du luminaire ou du chauffage. Pourquoi

1. L'exemple de Genève montre ([u'il y a grand avantage à centraliser toutes les cotisations d'un diocèse. Cette centralisation entre les mains de l'autorité responsable permet de répartir plus facilement sur les paroisses pauvres l'excédent des paroisses plus aisées. Ensuite, grâce à cette centralisation, ce n'est pas une paroisse en particulier qui entretient directement son prêtre, et peut parfois avoir la tentation de le lui faire sentir; c'est le diocèse entier qui assure le nécessaire à chaque paroisse.

•2. CnoiziL, De la location des sièges d'église, Vdifis, i'Mi.

cette généreuse pensée ne se généraliserait-elle pas? Pourquoi chaque paroisse française n'arriverait-elle pas à posséder, comme la paroisse australienne, sa « société de l'autel », qui au moyen de souscriptions spéciales, se chargerait plus ou moins complètement de l'entretien de l'église?

La forme et le taux des cotisations volontaires varieront nécessairement suivant les diocèses. Mais le principe s'impose. De son application résulteront différents états de paroisses.

On aura dabord la paroisse aisée et généreuse, dans laquelle les ressources suffiront non seulement à entretenir le clergé et Téglise et à soutenir les œuvres locales, mais encore à aider d'autres paroisses moins fortunées. La paroisse riche qui ne comprendrait pas ce devoir de solidarité, ou plutôt de charité fraternelle, ne mériterait pas le nom de paroisse chrétienne et ne tarderait pas à porter la peine de son égoïsme. Le divin Maître est sans nul doute beaucoup moins honoré par le luxe que certains paroissiens exigent dans leur église, que par la générosité avec laquelle ils viendraient au secours d'une église délabrée. Les paroisses riches seront d'ailleurs l'exception ; on n'en rencontrera guère que dans quelques grandes villes.

La paroisse moyenne arrivera à se suffire, parfois avec assez de peine. 11 est certain que si le Français paie sans trop murmurer des impôts écrasants et qui augmentent sans cesse, il n'a guère l'habitude de se gêner pour acquitter, d'une manière constante et généreuse, un impôt volontaire. Il y aura donc à renseigner exactement les catholiques sur les nécessités qui s'imposent à leur paroisse. Ils devront

apprendre à se priver de quelques jouissances superflues pour acquitter leur dette sacrée.

Dans la paroisse pauvre, mais sérieusement chrétienne, on ne reculera pas devant les sacrifices, mais on aura besoin d'être aidé. Quelquefois, un châtelain intelligent ne souffrira pas qu'il subsiste un contraste trop révoltant entre la somptuosité de sa demeure et le dénûment auquel seraient condamnés le curé et l'église de son village. De puissants industriels, des bourgeois à Taise comprendront qu'il y a quelque chose à faire et ils le feront.

La paroisse médiocre et un peu indifférente serat-elle laissée à l'abandon ? Elle l'est déjà dans bien des diocèses où beaucoup de curés, outre leur paroisse de résidence^ ont à desservir une seconde paroisse dans laquelle ils disent la messe le dimanche et apparaissent de temps en temps pendant la semaine pour quelque service urgent. Les paroisses ainsi desservies sont ordinairement frappées de déchéance spirituelle. Ce sera un grand malheur si le nombre doit s'en multiplier. On prévoit pourtant que dans beaucoup de régions la plupart des petites paroisses de campagne devront être abandonnées. Quelques prêtres, menant au canton une vie commune et économique, les desserviront comme de vrais pays de mission. Sans doute, ces prêtres trouveront de précieux avantages à vivre ensemble ; mais ils auront à passer une grande partie de leur temps sur les routes, et, malgré tout, les pauvres petites paroisses seront privées de la présence habituelle du curé. Cette seule présence rappelait au peuple Tidée religieuse, arrêtait certains abus, assurait l'instruction chrétienne des enfants, pourvoyait rapidement à l'as-

sistance spirituelle des malades, donnait une satisfaction légitime au moins à quelques âmes pieuses, et permettait, quand le curé était bon, zélé et adroit, d'espérer une sérieuse amélioration morale de la paroisse. Quand il faudra courir au canton pour avoir un prêtre, combien n'en auront pas le temps, ou la force, ou le courage! Les enfants grandiront sans formation religieuse, des malades seront surpris, la foi s'évaporera peu à peu, et à force de ne plus voir le prêtre qu'à intervalles, on finira par s'habituer à s'en passer. Bientôt des villages de France reviendront à ces habitudes païennes que combattit jadis si énergiquement saint Martin, et s'ils se distinguent de ceux du iv« siècle, ce sera surtout parce qu'aux vices du paganisme ils auront ajouté ceux de la civilisation. N'est-ce pas rendre un éminent service au pays que de multiplier les efforts et les dévouements pour conjurer un semblable malheur?

Il existe enfin des paroisses dans lesquelles le curé est traité par tous comme un étranger, par beaucoup comme un ennemi. Laissé seul dans son église solitaire, même le dimanche, il tente en vain d'approcher quelques âmes moins farouches. On n'a pour lui qu'insultes et mauvais procédés. Ceux qui voudraient répondre à ses avances ne l'osent, par peur des autres. Si son évêque le laisse dans ce poste de désespoir, c'est que de graves raisons semblent s'opposer à la suppression d'une paroisse qui a encore une église, un presbytère et une existence officielle, bien que purement nominale. Après la séparation, l'abandon de pareilles paroisses sera tout indiqué, jusqu'à ce qu'une population hostile, instruite par l'expérience, sente enfin à quelle situation lamentable

conduit l'irréligion. Peut-être alors redemanderat-elle le prêtre qu'elle a vu partir avec plus de joie que de regret. De son côté, certes, lEglise ne regardera jamais ces malheureux comme des maudits; elle n'attendra pas qu'ils rappellent ses ministres; sitôt qu'elle le pourra, elle ira au-devant d'eux et multipliera ses offres pour tenter de les gagner.

Pour le moment, le prêtre de paroisse doit se tenir prêt à toutes les formes d'apostolat. Avec les encouragements de son évêque, il doit redoubler de zèle. 11 lui faut reprendre plus largement et plus intimement contact avec sa population, surtout avec les hommes. Ceux-ci sont plus exposés à être entraînés par les affaires en dehors des préoccupations religieuses ; pour mille causes personnelles ou extérieures, ils sont moins solidement enracinés que les femmes dans leurs principes chrétiens. Or, pendant que les catholiques, se faisant illusion sur la force et la ruse de leurs ennemis, fondaient à grands frais, pour le bien du peuple, églises, hôpitaux, écoles, couvents, et œuvres de toutes sortes, des journaux répandus à profusion travaillaient activement l'opinion pour obscurcir et pervertir les idées du grand nombre. Puis, le jour est venu où cette opinion, maîtresse de tout en France, grâce au suffrage universel, a signifié son congé à la religion et a vu, sans trop s'émouvoir, la liquidation brutale et inique de la plupart des œuvres qui représentaient les efforts et les sacrifices des catholiques. Ceux-ci avaient pensé à tout, excepté à s'assurer la tranquille possession du terrain sur lequel ils construisaient, c'est-à-dire à éclairer l'opinion, à la renseigner, à la tenir en main, de manière à pouvoirs'appuycrinébranlablement sur elle.

L'œuvre est à reprendre par la presse. Celle-ci est le levier de Topinion; le devoir et l'intérêt des catholiques est d'apprendre à manœuvrer ce levier avec intelligence et énergie. C'est par cette œuvre d'assainissement qu'il faut commencer et qu'il faudra continuer, même quand bon nombre reviendront entendre la parole du prêtre à l'église. L'atmosphère intellectuelle esta purifier. Les catholiques, encore très en retard du côté des œuvres de presse, ont à s'imposer d'importants sacrifices pour regagner le temps et le terrain perdus. Le journal, en effet, est la prédication de chaque jour et il pénètre dans toutes les demeures. Si le journal est immoral et impie, la paroisse est minée sourdement ; elle n'existe plus qu'en façade, le jour où cette lecture perverse s'est généralisée ' .

Dans la paroisse de demain, le prêtre aura donc tout d'abord à surveiller les alentours de son troupeau. Pourquoi ne transporterait-on pas en France quelque chose comme le pledge irlandais, en vertu duquel un homme honnête et chrétien s'engagerait solennellement à ne jamais lire un mauvais journal? Mais pour ôter la tentation de lire le mauvais journal, il faut le remplacer par le bon, par la publication périodique et fréquente, par le livre intéressant, en un mot par des écrits adaptés aux besoins intellectuels de la population, capables de saisir les imaginations, d'instruire les esprits et au moins de respecter la vie chrétienne dans les âmes.

Puis, le prêtre se consacrera à l'accomplissement

1. Presque tous les journaux sont des entreprises financières. Le jour où les riches catholiques comprendront et voudnjnt, les bons journaux deviendront, pour les rédacteurs, de meilleures entreprises que les mauvais, et ces derniers n'auront, pour les soutenir, qu'une politique bientôt épuisée.

de son devoir spécialement sacerdotal. 11 ira au peuple, mais suivant la formule évangélique ; « Allez, enseignez ' ! >> Sans nul doute, le prêtre fait bien d'aller au peuple, c'est-à-dire à tous sans exception, pour rendre à chacun tous les services possibles, même dans Tordre temporel. Par là, il se concilie les cœurs et exerce la charité. Mais il n'agit ainsi que pour arriver au principal, à l'instruction chrétienne, à la communication de la grâce divine : ce sont là les plus grands bienfaits qu'un curé de paroisse puisse assurer à son troupeau.

Peut-être l'enseignement religieux a-t-il besoin d'être renouvelé en beaucoup d'endroits encore. Les méthodes sont trop souvent surannées, les formes archaïques, le langage conventionnel et peu clair, le dogme formulé sans précision et avec une confusion perpétuelle entre ce qui est de foi, ce qui n'est que certain et ce qui reste conjectural, la morale présentée sous le couvert de reproches incessants ou de redites ennuyeuses. Il y a mieux à faire et avec quelque peine on y parvient. Si, au lieu de prêcher, le curé cause naturellement, en bon père qui parle à ses enfants, on aimera à l'entendre. Sa parole, s'accommodant aux besoins de ceux auxquels il s'adresse, trouvera un écho facile dans les âmes. Au milieu de ce cher petit peuple d'enfants qu'il prépare à la première communion, le pasteur se montrera ferme et même sévère, s'il le faut, mais surtout bon, paternel, patient, indulgent et dévoué. Il faut que, dès le jeune âge, l'enfant sente et comprenne que le prêtre de sa paroisse est, à certains égards, un autre homme que

i. s. Maltliicu, xxviii, in.

ceux avec lesquels il est en rapport quotidien. Aux jeunes gens et aux jeunes filles, le pasteur ménagera un enseignement approprié, attrayant et solide. Enfin, à toute la population réunie le dimanche à Féglise, il fera entendre la parole du père de famille, qui instruit, corrige et encourage, mais sans jamais fatiguer. On peut dire tant de choses utiles en peu de mots, quand on a devant soi un auditoire qu'on connaît et qu'on aime! En France, le peuple a soif de parole; il écoute volontiers tous ceux qui promettent de rintéresser à un titre quelconque. Quel moyen d'action pour les 34.000 curés qui, au moins chaque dimanche, peuvent se faire entendre à une partie notable de la population!

L'instruction n'est que le préliminaire de la pratique religieuse. Au catholique sont imposés des devoirs spéciaux; il doit s'appliquer de plus en plus à y être fidèle, car c'est par là, et non pas seulement par son baptême et sa première communion, qu'il est un vrai catholique. D'autre part, il doit comprendre que les pratiques religieuses ne sont que des moyens ; le but, c'est la perfection morale qui résulte de la place occupée dans sa vie par les vertus naturelles et les vertus surnaturelles. La meilleure paroisse n'est pas celle où Ton distribue le plus de sacrements et où l'on multiplie le plus les actes extérieurs de religion; c'est celle où il y a le plus de chrétiens qui, aidés de ces moyens, maintiennent et font croître dans leur vie la fidélité au devoir, la loyauté, la franchise, la bonté, la charité, le désintéressement, l'amour du sacrifice. Ce beau spectacle se rencontre dans certaines paroisses. On le constate, à l'étranger, dans les populations en contact

avec les dissidents. Pourquoi ne deviendrait-il pas plus commun en France ? Ce serait une digue insurmontable élevée en face de l'indifférence et de l'impiété, et en même temps la plus noble et la plus triomphante revanche contre la haine des adversai* res. Dieu veuille que tout catholique le comprenne et travaille en ce sens î

La paroisse française arrivera difficilement, sans doute, à former ce tout compact qui se rencontre quelquefois ailleurs. Il y aura toujours dans son sein différents groupes à contours mobiles, les pratiquants sincères, les chrétiens incomplets, les indifférents qui ne se souviennent de leur catholicisme qu'en de rares circonstances, et enfin ceux qui sont étrangers à toute pensée religieuse. Le but à atteindre, c'est de conserver le premier groupe, de le perfectionner et d'en augmenter progressivement l'efiéctif aux dépens des autres. Là tendront les efforts du pasteur. Tl sera à la fois le berger qui garde et défend le troupeau fidèle, et le conquérant qui, par les mille industries d'un zèle éclairé et toutes les délicatesses de la charité chrétienne, cherche à gagner ]es âmes à Jésus- Christ, afin de leur rendre la vie présente plus supportable et plus méritoire, etle bonheur futur plus assuré.

Ceux qui déjà sont conquis à la pratique religieuse seconderont efficacement son apostolat, au moins par l'exemple de leur vie. Les catholiques sérieux s'entendront pour le bien, comme d'autres s'entendent pour le mal. Ils sauront sacrifier leurs vues trop personnelles, leurs goûts, leurs convenances, leur repos même à l'intérêt général. Ainsi, peu à peu, mais par un progrès incessant, la famille paroissiale pourra se reconstituer ; elle opposera sa forte et vi-

vante unité à tous les éléments de dissolution qui, depuis trop longtemps, s'attaquent à toutes les forces vives de la patrie.

Est-ce à dire que ce meilleur état de choses apparaîtra dès le premier effort ? Les grandes transformations morales ne s'accomplissent pas avec cette soudaineté. Il y a plus de cent ans que l'Église de France souffre d'une crise dont les causes sont antérieures à la Révolution et dont les événements actuels ne sont qu'un épisode. C'est se leurrer que compter sur une intervention extraordinaire de Dieu pour remettre tout à sa place, sans qu'il nous en coûte aucun effort. Selon toute apparence, la Providence suivra ses voies ordinaires et laissera aux catholiques l'honneur d'être les artisans de leur libération. C'est donc à eux de travailler et de souffrir ; c'est à chacun de faire preuve de dévouement et de constance dans son milieu spécial, c'est-à-dire dans la paroisse à laquelle il appartient. C'est là qu'il doit s'appliquer au labeur de la transformation sociale dans le sens catholique, le seul qui réponde aux destinées de notre pays et ouvre des horizons assez larges à son avenir.

Le Maître l'a dit : « A l'un les semailles, à l'autre la moisson K » Les semailles dureront longtemps, carie sol a été ravagé et les mauvaises herbes l'ont envahi. Mais si la paroisse de demain ne voit pas la moisson, elle l'aura préparée pour les générations qui naîtront ensuite, et à ceux qui ne doivent pas avoir la joie de voir mûrir les épis, Dieu aura ménagé le bonheur, peut-être plus grand encore, de travailler le sol dans lequel une nouvelle semence doit germer.

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