LES BÊTES
I. L'homme est un animal raisonnable. Le lion n'est pas un animal raisonnable ; c'est une bête, une bête sauvage et féroce. Il habite les forêts. Le tigre, l'hyène, le léopard sont aussi des bêtes féroces et cruelles, de terribles bêtes.
Le cheval est une bête domestique, un animal domestique, le principal animal domestique, une conquête de l'homme très précieuse, la plus précieuse des conquêtes de l'homme. Le cheval travaille. Le bœuf est un autre animal domestique, qui travaille pour l'homme avec grande patience et grand courage. L'animal aux longues oreilles, l'âne est un troisième animal domestique, excellent travailleur qui rend de grands services. Je préfère beaucoup les animaux domestiques aux bêtes sauvages, cruelles et féroces. J'admire le cheval, j'estime l'âne, j'ai horreur de l'hyène.
Connaissez-vous le chat, George ? — Je ne le connais pas. — Le petit quadrupède domestique, remarquable pour sa propreté, sa grâce, qui fait une grande musique nocturne, et crie miau, miau, miau ? — Je le co7inais, monsieur, mais
je ne V estime pas. — Parce qu' il ne travaille pas? — Oui. — Il nous rend des services, amis, il prend les rats et les petites 's>owr\^.— C est vrai. — La vache ne travaille pas non plus, mais elle nous donne le lait blanc, nourriture excellente et très aoréable. — Vache f Lait blatte ? — Tu ne comprends pas ? Comprends-tu café? — Oui. — Le lait est excellent dans le café. N'aimestu pas le café au lait? — Oui, monsieur, et je comprends à présent la vache et le lait blanc. — Et tu estimes la vache? — i5^<3;2/<f6>///.— Cependant elle ne travaille pas. Elle ressemble au chat sous ce rapport. — // y a ime autre raison pourquoi je n estime pas le chat. — Est-ce parce qu'il ne te regarde pas en face, parce qu'il ne regarde pas dans les yeux ? — Voilà la raison. — Penses-tu qu'il est hypocrite ? — Je le pense — Peut être. Cela n'est pas certain.
2. Le chien est-il aussi hypocrite? Tu connais le chien, un animal domestique plus gros que le chat, plus petit que le cheval, le chien qui a pour l'homme une affection rare, un attachement incomparable.— Oh! le chien n est pas hypocHnte. Il est sincère. — Oui sincère, franc, honnête. Et très intelligent, n'est-ce pas ? — Exti^èmement intelligent. J'admire le chien. — Tu as raison, George. As tu vu le chien à la chasse ? — JeTaivu. — Comme
LA PAROLE FRANÇALSE. 29
il court ! quelle rapidité dans ses pieds ! quelle ardeur dans ses yeux ! N'est-il pas magnifique ? — // est superbe. — Et le chien de berger? — -.Qui est le berger? — Connais-tu les moutons qui crient bè, bè, bè ? — Oui, ce sont des mtimaux stupides. — Tu dis vrai ; c'est la stupidité incarnée, mais ils ne sont pas féroces ; au contraire. Ils sont si doux ! J'aime les moutons, et les brebis, et les petits agneaux, enfants des brebis. Quelle société innocente, tranquille et pacifique ! La vue des moutons, des brebis et des agneaux repose mon esprit et calme l'agitation de mon cœur. Voilà mon cœur : il bat sous ma main. Et les moutons nous rendent des services, n'est-ce pas? — Oui. — Ils nous donnent la laine de nos vêtements, la robe de la femme, l'habit de l'homme. Ne sont-ce pas de généreux animaux ? Ne sois pas ingrat, George.
Mais tu ne connais pas le berger, le maître, le conducteur, le chef, le guide du troupeau de moutons, celui qui conduit au pâturage la vaste compagnie des moutons bêlants, et des brebis bêlantes, la houlette sur l'épaule et le chien à ses côtés. Regarde. Il prend un peu de terre sur une extrémité de sa houlette, une motte de terre et il la jette au loin sur les brebis vagabondes qui s'écartent de la compagnie.
Connais-tu présentement le berger ? — Je le connais et aîissi le chie7t de berger. — Qui estimes-tu plus le chien ou le berger ? — Le berger est un homme, monsieur. — Oui, mon ami, un homme, le roi de la création, plus grand par sa pensée que toutes les autres créatures de Dieu. L'homme seul possède la parole, n'est-ce pas et il invente. L'imprimerie, le télégraphe, la boussole, le téléphone, quelles conquêtes ! quelle gloire pour notre humanité !
3. Méprisez-vous l'âne, mademoiselle? — ye7te comprends pas le mot mépriser. — C'est le contraire de estimer. — Je ne méprise pas l'âne^ 7non' sieur ; il rav aille. — N'est-il pas obstiné, têtu? — Oui extrêmemejit têtu. — Il y a des hommes qui sont têtus comme des ânes. Il y a aussi des femmes têtues, très têtues, et des enfants têtus. L'obstina.tion est un grand défaut, n'est-ce pas? — Oïd. — Et la stupidité ? — L! â7ie 7i est pas stîipide. — N'a-t-il pas cette réputation ? Ne dit-on pas stupide comme un âne? — Cest calomîiier râ7ie. — Et le mulet ? que pensez-vous du mulet ? — Je préfère l'âne au 7nulet. — Le mulet est-il moins intelligent que l'âne ? — Je ne sais. — Il n'est pas bête. Ecoutez une petite histoire. Connaissez vous le sel ? L'eau de l'océan en contient et nous en assaisonnons notre nourriture. — Oh!
je coinprends — Eh bien ! le philosophe Thaïes, un philosophe grec possédait un mulet intelligent, faiseur de raisonnements, de syllogismes, argumentateurdanssatêteet ennemi d'un travail excessif. Thaïes met sur le dos de la bête. . . Viola le dos. . . il met sur son dos un gros sac de sel, excessivement pesant. — Pesant? — Prends la table, George, porte la table — Impossible.— Elle est trop pesante, n'est ce pas ? Or, le sac de sel est difficile à porter pour le mulet. Il entre dans une rivière par hasard. Le sel fond. Il n'est plus pesant, il est léger comme une plume. Quel plaisir pour le mulet ! quelle leçon ! Quelle découverte féconde en conséquences pour un animal intelligent ! Depuis ce jour fortuné, toutes les fois que Thaïes met des sacs de sel sur le dos du mulet, il entre dans la rivière. Cependant le maître remplace le sel par de la laine. Il met sur la bête une montagne de laine. Vite à la rivière. Hélas! l'effet est différent et contraire. La pesanteur de la laine est multipliée par cent. Horrible rivière, crie le mulet. Depuis ce jour il refuse de marcher le long des eaux. Le mulet est-il stupide, madame?
Il y a beaucoup d'autres bêtes, mesdames, dans les rivières, dans l'océan, dans la terre, sur
la terre, dans les airs. La création de Dieu est immense. Nons reparlerons des animaux un autre jour, plus d'une fois, probablement. Les aventures des bêtes sont si intéressantes.
4. George, prononce toutes les voyelles françaises— a, â, a7i, on, un, in, i, ti, oîi, o, 0, e, eu, é, è, Prononce bien É, É, È, È, bébé, bébé. Prononce avec le son é la dernière syllabe des mots suivants: danser, parler, berger, léger, je m assieds. Peux tu conjuguer le présent de l'indicatif du verbe s asseoir ? Essaye. — Je m'assieds, tu t'assieds, il s'assied, elle s'assied, on s'assied, nous nous asseyons, voits vous asseyez, ils ou elles s'asseyent, — Tu prononces mal le pluriel. Dis : nou nou za-sè ion, vou vou za-sè-ié, il sa-sè-yé. Remarque l'accent grave de la troisième personne.
Prononcez è, bèbè. Prononce de la même manière : Telf. tei^re, midet, je mets, algèbre. Inhalés. Ouvre bien la bouche pour prononcer bète, tête. Mais têtu se prononce avec le son de é. Dis têtu. Prononce aussi je sais, tu sais, il sait de cette manière:/^ se, tu se, il se. — Et j'ai? — Oui, c'est je. Je suis fatigué. N'es-tu pas fatigué, George ?^J/^ tête est fatiguée — Nous avons fini. Adieu.