‹ La parole française (volume 3)Chapitre 16 sur 29 · UNE DICTÉE · texte numérisé non relu

UNE DICTÉE

1. Le meilleur moyen que je connaisse pour vous apprendre à écrire le français, est de vous faire écrire sous ma dictée. Voici quelques remarques préliminaires. Comme vous, nous commençons nos phrases par une lettre majuscule, et nous commençons aussi les noms propres par une majuscule, mais nous écrivons sans majuscule, les noms des mois, des saisons et des jours : janvier, le printemps, lundi. Notre principale ponctuation se nomme point, la plus petite est la virgtde. Il y a ensuite les deuxpoints, le point-vil^ gule, le point d'interrogation, le point d' exclamatio7i. Il y a aussi les poiiits suspensifs. Les voilà entre parenthèses (. . .)

2. Fermez vos livres, prenez vos papiers et vos crayons. Je commence la dictée. Soyez très attentifs à ma prononciation.

L'univers célèbre la gloire de Dieu. Comprenez-vous? n'y-a-t-il personne qui ne comprenne pas cette petite phrase? Que celui qui ne comprend pas, lève la main. Vous comprenez tous que l'univers célèbre la gloire de Dieu.

Uu7tivers: épelez ce mot, madame. — Z, ma-

juscule, tt^ lu. — Vous avez oublié de nommer l'apostrophe. Recommencez. — L, majuscule, apostrophe u, lu. — C'est bien. Savez-vous quelle voyelle, l'apostrophe remplace? — Il remplace e muet. — Pourquoi ne dit-on pas le univers'^. — Ce serait désagréable à l'oreille. — Oui, les hiatus sont sans harmonie. Recommencez encore à è^^^ç:r^ univers. — Z, majuscule, apostrophe, ttju, n, z, ni; v, e, r, s, vers^ ru7iivers. — Vous haussez le ton sur la première syllabe de ce mot, vous prononcez pauvrement, misérablement la seconde syllabe. C'est un dactyle que vous prononcez. Nous ne connaissons pas ces dactyles en français. Nous ne dansons pas, nous ne sautons pas surtout, dans notre prononciation. Notre parole représente une ligne droite qui respecte loyalement toutes nos syllabes. C'est monotone pensez-vous? Oh! que non. Sans sauter, nous faisons balancer notre ligne droite de la manière la plus gracieuse. Si vous n'aimez pas cette idée d'une ligne droite pour représenter notre parole, je puis vous la décrire comme une ligne courbe, que nous courbons et recourbons à notre fantaisie pour charmer notre oreille et la vôtre. Mais prenez garde, je vous en prie, de ne pas sauter en français, de ne pas faire des lignes brisées. Elles sont belles dans

votre langue, détestables dans la nôtre. Respectez donc la syllabe ni dans ruiiivei^s, autant que la syllabe lu et si vous élevez un peu la voix, que ce soit à la troisième syllabe.

3. Mademoiselle, veuillez épeler le second mot, célèbi^e. — C, /accent aigu, cé\ /, è accent grave, le; b, r, e, bre, célèbre. — Vous avez là les trois e, n'est-ce pas? Quand vous épelez, donnez à ces trois voyelles leur son propre. Ne dites pas e accent aigu, e accent grave, mais é accent aigu, è accent grave. Continuez à épeler; la gloire de Dieu. — /, a, la; g, /, o, i, gloi; r, e, re, gloire; d, e, de; D majuscule, i, e, u, Dieu.

Oi est une diphtongue; n'est-ce pas? Si vous la décomposez, quels sons trouvez-vous? — Les sons o et a. — Réunissez ces deux sons et prononcez les rapidement, vous aurez la diphtongue oi,

ieu est aussi une diphtongue. Réunissez rapidement les deux sons i et eu et prononcez ieu. D'eu.

Voici d'autres diphtongues avec leur décomposition: ien, i-in^ bien, rien, le mien; ian et ien, i-en, la viande, la patience; oin, o-in, tin point; ion, i-on, la nation ; ié, i-é, la pitié ; iè, i-è, la lu- 7nière; uin, u-in, juin; ui, u-i, juillet; oui, ou-iy

Louis ; ouan, oti-an, louange ; oica, ou-a, il loua; oue^ ou-è, ouest; oè, o-è, la moelle.

4. George, lisez la seconde phrase, sans sauter et n'oubliez pas de respecter toutes les syllabes; n'en mangez aucune, faites les bravement sortir toutes de votre bouche. — ^e vais lire de mon mieux, monsieitr — Tu as lu passablement. Comprends-tu cette belle phrase? — Je pense qtie oui. — Le Ciel a-t-il de la splendeur? — // en a. — Les astres en ont-ils? — Ils en ont. — Quel est le roi des astres? — C est le soleil. — Il est roi, la lune est reine. C'est la douce reine de la nuit. Peux-tu la regarder et la fixer? — ye la regai^de fixement avec un délicieux plaisir. — Où est-elle le jour? — Au ciel, elle ne quitte jamais le ciel.

Les jours et les nuits sont-ils égaux? — Non, il y a tme grande hiégalité des jours et des nuits. — Ne prononce pas in-é-ga-li-té, mais i-né-ga-li-té. — 071 dit infi-ni. — C'est vrai, mais ne remarquestu pas que in est suivi d'une consonne dans infini. — Oui. — Parce que in est suivi d'une consonne, on prononce in, mais dans hié~galité, in est suivi d'une voyelle. — C'est vrai. — Dans ce cas, tu dois séparer le 71 de i7i et l'attacher à la syllabe suivante.

Dois je dire i7i-7io~ce7ice? — Non, dis i-îw-cence

— Cependant in est suivi d'une consonne — C'est juste, mais ne vois-tu pas que c'est tout simplement le redoublement de la consonne nf Je — le vois. — Dans ce cas, prononce i. — Prononce de même quand m est redoublé, ainsi i7ninense prononce i ou plutôt ime, ime-nte7ise.

Les jours sont-ils aussi longs en été qu'on hiver ? — Ils sont plus longs. En juin ils sont très longs, et les nidts sont fort coitrtes.

5. La variété des animaux est grande, n'estce pas?- — Elle est infinie. — Et celle des arbres? — Infinie. — Et celle des plantes et des fleurs? — Infinie. — Quelle est la couleur des prairies ? — Les prairies so7tt vertes au printemps. — Quelle magnifique parure! Y a-t-il au monde une parure plus belle? Tu sais que le vert est la couleur de l'espérance et de la jeunesse, la couleur aimée des petits oiseaux et des marguerites. Aussi les blanches marguerites sont amoureuses du gazon vert. — Et le gazon vert est ainoui^eux des marguerites blanches. — J'en suis bien sûr. L'amour est réciproque dans la prairie au printemps. Les marguerites seraient bien malheureuses, si elles aimaient sans être aimées!

6. As-tu vu la mer profonde? — Oui. — Qui l'acreusée? — Cest Dieu. — Oui, l'homme ne peut

pas creuser si profondément, ni si largement. Et as-tu vu les hautes montagnes.— Oîd. J 'ai été au sommet du mont Washington. — Tu étais bien haut. Pouvais-tu de là toucher aux étoiles ? Étaient-elles encore loin de toi? Pouvais-tu les compter? — Elles sont innombrables, monsieur. — Le nombre des étoiles atteste-t-il la puissance de Dieu? — Oui. — Et leur éloignement? — Atcssi. — Et leur grandeur? — Azcssi. — Et leur brillante lumière? — Leur nombre, leur éloignentent, leur gra7ideur, leur bidllante lumière attestent la puissante e de Dieu.

Tu prononces mal le mot brillante, cher ami. Les deux / sont mouillées. — Sais-tu prononcer fi? — Oui,c est facile. — Et l'anglais y et? — Réunis fiç.tyet, et tu prononceras parfaitement yf//<?^/^, le diminutif de fille; fi-ièt. Efface l'accent grave de fi-ièt et supprime le t, tu auras la prononciation de fille. Prononce de même r étoile brille. — Bri-ye. — C'est cela, et brillant? — Bri-iant. — Arrêtons-nous un moment à /mouillé. Prononcez travail, mademoiselle. Remarquez que / est mouillé — Trava-ye. — Et œil? — Eu-ye. — Donnez à eu le son qu il a dans seul et non pas celui qu, il a dans deux. — Vronox\cç.z fauteuil. — Fau-teu-ye. — Soleil. — So-lè-ye. — Prononcez de même filleul, fi-ietil; vieil, viè-ye ; grenouille,

gi^e-nou-ye ; accueil, a-keu-ye ; tailleur, ta-ieur ; meilleur, niè-ieur ; bataillon, ba-ta-ion; papillon, pa-pi-ion; muraille, 7nu-ra-ye; feuille, feu -y e; bouteille, bou-tè-ye ; vieillard, vi-è-iar; orgueilleux, or-geu-ieu. — Prononce orgueil, George. — Orgueu-ye. — C'est bien, nous avons fini. Demain nous parlerons des repas, afin que vous puissiez dîner à une table française.

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