Vous connaissez le pigeon, mademoiselle
— Oui. — L'avez-vous vu à la ferme, au sommet de la maison du fermier? — ^e rai vu et admiré souvent, — L'avez-vous vu et l'avez-vous entendu roucouler autour de sa dame, la tête haute et fier, enflant sa gorge, s'arrêtant devant sa reine, et lui faisant dix révérences, des révérences profondes ? — y 'ai vu ses révérenees. — Et sa gorge enflée ? Voilà la gorge. — ^e comprends, ye l'ai vu enflant sa gorge et la tête haute. — N'est-il pas intéressant alors, et superbe? — Assurément. — Ne fait-il pas sa cour dévote-
ment? — Très dévotement. — Et sa musique, son roucoulement? — y aime à l'entendre.
Regarde sur le toit de la ferme, George.
Voici un nouveau spectacle. Madame n*est pas là en ce moment. — Où est-elle? — Dans le pigeonnier, sur son nid, sur ses deux œufs. — Sur son nid? — Oui, le nid de ses futurs enfants. Devines-tu? — Oui, je comprends. — ^Tu sais que les pigeons pondent comme les poules, les femelles du coq. Les poules pondent beaucoup. Une bonne poule pond un œuf chaque jour. — Oui, la poule est féconde. — C'est çà, mon ami. Et quand elle a pondu un grand nombre d'oeufs, elle sent dans son cœur le désir d'avoir une famille. Elle veut être mère. Elle se place sur ses œufs, sur quinze ou vingt œufs, qu'elle embrasse sous ses deux ailes, étroitement pressés contre sa poitrine. Voilà la poitrine. Elle couve ainsi vingt ou vingt et un jours, jamais distraite de son travail, infatigable et courageuse. N ' est-elle pas admirable ? — Oui, certes. — Qu e Dieu la bénisse et lui donne pour son amour la plus grande des joies, la joie de la maternité!
Eh bien, George, la dame du pigeon couve à cette heure. — Et le pigeon? — Ne le vois- tu pas là sur le toit de l'étable des brebis? — Oui, je le vois^ et avec lui deux autres qui le pressent en
criant. — Ce sont ses enfants qui demandent la nourriture à leur père. Regardez ! Il met son bec dans le bec de ses fils, dans le bec de Tun, puis dans le bec de Tautre. Il verse de sa gorge l'abondante provision. Il a fini. Mais les petits recommencent à crier: Nourriture, nourriture, père, père, j 'ai faim, nous avons faim! Quel appétit! Heureuse enfance, tu ne connais pas Tindigestion.