Monsieur, je désire vous entendre parler
Je vous interroge sur les oiseaux. Savez-vous la définition que Platon fit un jour de Thomme? — Lm. définition de P homme? — Oui. — Cest le roi de la création. — Sans doute. C 'est la dernière œuvre de Dieu, la couronne, le chef-d'œuvre de la création. Mais quelle est la définition que fit Platon? — Je ne sais, — La voici: l'homme est un bipède sans plumes. — ye ne comprends pas. — L'homme est un bipède, n'est-ce pas? — Ouiy il a deux pieds. — Et il a des cheveux sur la tête. — Oui. — Le coq n'a pas de cheveux sur la tête, il a des plumes sur sa tête et sur tout son corps. — Je comprends. — L'homme a-t-il des plumes? — // Tien a pas. — C'est donc un bipède sans plumes. — Cette définition est absurde, monsieur, et indigne de Platon. — 'Vous avez mille fois raison. J'ai donné la définition de Platon pour mettre dans
votre mémoire que le coq, le pigeon, Taigle et tous les oiseaux ont des plumes. — Le mot plume est dans ma mémoire, — Mettez-y aussi le mot ailes. Les oiseaux ont deux ailes pour s'élever dans le ciel, pour voler dans Tair, comme nous marchons sur la terre. N'est-ce pas un merveilleux privilège?
Connaissez-vous les tyrans de Tair, les aigles, les vautours? — Je les connais. — Et Tennemi particulier des pigeons, Tépervier? — ye devine. — Haut dans les airs, il vole au-dessus des forêts, au-dessus des vallées et des plaines, il s'arrête, il plane, son œil perçant cherche une proie. — // a aussi des enfants à nourrir. — C'est vrai, ne le maudissons pas.
4. Aimez- vous les singes, mademoiselle? — Je préfère les oiseaux. — Cependant le singe, certains singes du moins, l'orang-outang, par exemple, ressemble beaucoup à l'homme. C'est l'homme de la forêt. Écoutez Buffon : " Si l'on ne fait attention qu' à sa figure, on peut regarder l'orang-outang comme le premier des singes ou le dernier des hommes." — Est-ce possible? — Comptez les ressemblances. Ce singe marche debout sur ses deux pieds. — Comme nous. — Sa démarche est grave ; il est sérieux ; ses mouvements sont mesurés. — Voilà deux res-
semblances. — Il a trente -deux dents. — Comme rhomm£, — Il n'a pas de queue, à la différence de la plupart des singes. Avez-vous vu le sapajou, qui a une queue prenante ? Il prend de l'extrémité de sa queue, il saisit la branche des arbres, se suspend et se balance? — J'ai vu le sapajou. — Continuons la description de l'orang-outang: sur les côtés de la tête des oreilles arrondies. — Voilà cinq ressemblances. — De longs poils sur la tête, une véritable chevelure en désordre. — Cest une demi ressemblance. — Soit, mais il a de la barbe et des favoris. Et il est aussi grand que l'homme. — // est mâchant. — Non, ni méchant, ni très sauvage. Il aime la société. — // est moins intelligent que V éléphant. — Peut-être. Sa conception est facile, et il comprend vite nos leçons. Il sait boire dans un verre, manger avec une fourchette. — Cest m.erveilleuXy monsieur, mais V orang-outang n'est pas notre parent: il ne parle pas, — Prononcez oranoutan^ mademoiselle. — Les deux g sont muets ? — Oui. Vous avez un peu étudié le français, madame? — Très peu — Avez-vous lu La Fontaine?
Mon. — Vous savez le nom d'autres bêtes que celles que nous avons nommées ? — Je connais le porc. — Une bête malpropre. — Le canard. — Un oiseau de la ferme, qui marche de la façon
la plus comique, disgracieux sur la terre, très beau sur Teau, où il nage joyeusement. — Loie. — ^Un sot oiseau, plus gros que le canard.
Quels becs elles ouvrent toutes ensemble, et quels cris elles poussent quand vous passez près d'elles ! — Il y a aussi des dindons à la ferme. — C'est la victime servie sur nos tables le jour des actions de grâces. — Le jour du '' thanksgimngf' — C'est cela. — Et le paon, — L'oiseau de Junon, orné des plus belles couleurs. — Avec une voix déplorable. — Oni, madame. Il n'entrera jamais dans les chœurs de M. Théodore Thomas.
Êtes- vous au bout de votre vocabulaire? — Non^ je connais le moustique. — Voilà le plus affreux des musiciens, et le plus audacieux des insectes. Sa trompette est terrible. — // est aussi rusé que cruel. — Que mange-t-il ? — Notre sang, — Quel monstre ! qu'il soit maudit et exterminé ! . . . . Il est onze heures. Il faut nous séparer.