‹ La parole françaiseChapitre 24 sur 52 · LES REPAS · texte numérisé non relu

LES REPAS

I. Les forces de Thomme se perdent sans cesse. Pour les réparer, nous avons besoin de boire, de manger, et de dormir. Dieu nous a donné deux grands appétits, la faim et la soif, afin que nous n'oubliions pas de nourrir notre corps; et quand la fin de la journée est venue nos paupières appesanties nous invitent au sommeil.

Il y a des hommes qui vivent pour manger, ceux-là sont la honte de l'espèce humaine.

Boire, manger, dormir; manger, dormir, boire; dormir, boire et manger: quelle ignoble exis-

tence! As-tu faim, George? — Non, monsieur^ fai déjeuné. — ^Avais-tu faim avant d'avoir déjeuné ? — gavais grand'faim, — Manges-tu beaucoup au déjeuner?— Z^ déjeuner est mon meilleuT repas. — Tu es américain, les Français mangent peu le matin et beaucoup le soir. Ils sont sans appétit le matin. — // tiest pas bon de manger beaucoup le soir. — ^Je ne suis pas de cet avis, cher ami, je pense, au contraire, que le principal repas doit être celui du soir, après le travail et la fatigue du jour. Il y a si longtemps entre six heures du soir et sept heures du matin. Et comment dormir quand Testomac crie?

2. Combien de fois manges-tu par jour. — Trois ou quatre fois. — Et combien de fois bois-tu? — Cela dépend de ma soif. — Combien de fois par jour sens-tu le désir de boire? — Cela dépend de la nourriture que jfli prise et des saisons. — ^Tu as plus soif, quand tu as mangé du porc salé. — Oui. — Et en été quand il fait très chaud — Oui. — Bois-tu sans soif et manges-tu sans faim? — Votre question m'embarrasse, monsieur. — Pourquoi? — Vous avez dit qu'il y a des hommes qui vivent pour manger. — Oh ! je suis sûr que tu ne ressembles pas à ces hommes là, toi, tu travailles, tu étudies, tu penses à nourrir ton esprit aussi bien que ton

corps, tu cultives ton intelligence. Tu n'es pas un pourceau d'Epicure. — Un pourceau? — C'est le synonyme de porc, et de cochon, — Un cochon quel mangeur, monsieur, quelle vilaine bête! il ne cultive pas son intelligence, — C'est vrai, boire et manger, voilà sa vie. Comme il pleure, quand vient le moment de mourir.

3. Écoutez sur ce sujet une fable de La Fontaine. Elle me fournira l'occasion de grossir votre vocabulaire.

Le Cochon, la Chèvre et le Mouton.

Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,

Montés sur même char, s'en allaient à la foire. Leur divertissement ne les y portait pas,

On s'en allait les vendre, à ce que dit T histoire : Le charton n'avait pas dessein De les mener voir Tabarin.

Dom pourceau criait en chemin Comme s'il avait eu cent bouchers à ses trousses:

C'était une clameur à rendre les gens sourds. Les autres animaux, créatures plus douces,

Bonnes gens, s'étonnaient qu' il criât au secours; Ils ne voyaient nul mal à craindre.

Le charton dit au porc : Qu* as-tu tant à te plaindre ? Tu nous étourdis tous, que ne te tiens tu coi ? Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi. Devraient t' apprendre à vivre ou du moins à te taire: Regarde ce mouton, a-t-il dit un seul mot ?

Il est sage. — Il est un sot,

Repartit le cochon;» s'il savait son affaire,

Il crierait comme moi, du haut de son gosier;

Et cette autre personne honnête

Crierait tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu'on les veut seulement décharger,

La chèvre de son lait, le mouton de sa laine:

Je ne sais pas s'ils ont raison ;

Quant à moi, qui ne suis bon

Qu' à manger, ma mort est certaine ;

Adieu mon toit et ma maison.

4. Quel est le principal personnage de la fable ? Où allaient les trois bêtes ? S'en allaient elles? — Oui. — Elles s'en allaient de chez elles, de chez le fermier, de la ferme où elles avaient vécu, le mouton dans la bergerie, avec ses nombreux frères et ses nombreuses sœurs et avec les jeunes agneaux; la chèvre dans son étable, avec le bouc et les chevreaux ; le cochon dans son étable aussi et dans les eaux de la basse-cour. S'en aller est un verbe réfléchi, n'est-ce pas?— Savez-vous le conjuguer? Placez en avant le verbe: Je m'en vais, tu t'en vas. il s'en va, elle s'en va, on s'en va, nous nous en allons, vous vous en allez, ils ou elles s'en vont. Imparfait: Je m'en allais. Prétérit: je m'en allai. Passe indéfini: je m'en suis allé, nous nous en sommes allés, vous vous en êtes allés, ils s'en sont allés. Vous voyez que en se place avant

l'auxiliaire être dans les temps composés.

Plus-que-par/ait : je m'en étais allé. Futur: je m'en irai. Voici la forme interrogative : M'en vais-je? M'en allais-je? M'en allai-je? M'en suis-je allé? M'en irai-je?

5. Comment les trois bêtes s'en allaient-elles à la foire? A pied, à cheval ou en voiture, ou montées sur un char? Allaient-elles à la foire pour s'amuser? Est-ce leur divertissement, George, qui les portait à aller à la foire ? — Ce n est pas leur divertissement qui les y portait, — On les conduisait à la foire, n'est-ce pas? — On les y conduisait. — Oui, on les conduisait sur un char. Qui les y portait ? — Pourquoi le charton les y portait-il? — Il s'en allait les vendre. — Êtes-vous sûr qu'il s'en. allait les vendre? — L histoire le dit. — Ce qui est certain du moins, c'est qu'il ne les menait pas à Paris pour leur faire voir Tabarin. — Tabarin? — C'était un bouffon extrêmement comique. Quel plaisir pour les trois bêtes, si elles avaient pu entendre et comprendre les plaisanteries de Tabarin ! — Quand je serai à Paris, monsieur, je ne manquerai pas de voir Tabarin. — Hélas ! cher ami, il est mort depuis deux siècles. Les gloires de ce monde sont passagères !

Dom pourceau voyageait-il joyeusement? —

// voyageait tristement — Le cœur déchiré de douleur. Exprimait-il sa douleur, ou bien la renfermait-il dans son cœur ? Le cochon est un être très expressif. — Oui, il criait. Que signifie trousses ? — Des pantalons de ce temps là. Quel spectacle pour un cochon que cent bouchers qui courent après lui ! Notre personnage criait assez fort pour rendre sourds ceux qui Tenten- . daient. Quelle clameur ! Il criait comme le dieu Mars, quand il fut blessé devant Ilion.

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