‹ La parole françaiseChapitre 25 sur 52 · Les deux autres animaux criaient-ils · texte numérisé non relu

Les deux autres animaux criaient-ils

Comprenaient-ils pourquoi le pourceau criait? Etaient-ils étonnés qu' il criât? Pourquoi étaientils étonnés? Eussent-ils été étonnés s'ils avaient mieux compris leur commune situation?

N*y avait-il pour eux nul mal à craindre? Leur silence et leur étonnement étaient-ils preuve de bonté, de résignation philosophique ou de bêtise?

Est-ce que Thomme trouvait bon que le pourceau se plaignît ? L'homme est un barbare, n'est-ce pas, et un égoiste? N'est-ce pas le moins que puisse faire la victime que de se plaindre et de crier ?

Que dit le charretier {charton est un vieux mot inusité aujourd'hui) au porc ? celui-ci n'avait-il pas beaucoup à se plaindre ? — Se

tenait-il tranquille ? — // ne se tenait pas coi, — Coi est le synonyme de tranquille. — Tiens-toi coî^ George, et écoute quand je parle. Tu n'as pas raison de ne pas te tenir coi, mais dom pourceau avait bonne raison de se démener et de faire du bruit.

7. Est-il vrai que les deux autres animaux soient plus honnêtes que le porc? — Ils sont plus bêtes, — Celui-ci est-il disposé à prendre d'eux une leçon de savoir vivre ? Le mouton est-il sage parce qu'il n'a pas dit un seul mot ? — Le porc dit quil est un sot, — Es-tu de l'avis du porc ou de l'avis du charretier ? — Je suis de l'avis du porc.

Le porc sait-il son affaire ? — Je ne comprends pas, — Voici des expressions synonymes : connait-il sa situation ? sait-il le sort qui l'attend ? sait-il ce qui lui est réservé. — // sait son affaire, — Et le mouton ? — No7i, — S'il savait son affaire que ferait-il ? — Il ferait comme le porc, — Quoi ? — // crierait, — Fort ? — De toutes ses forces, — Oui, de tout son gosier, sur la plus haute note de sa voix, du haut de son gosier. Et comment crierait la chèvre si elle était moins bête et moins

aveugle ? — Elle crierait du haut de sa tête, — Qu'est-ce que la chèvre pense qu'on veut lui faire quand elle arrivera à la foire ? Et le mouton "i Décharger l'une de son lait, et l'autre

de sa laine est-ce leur faire du mal ou leur rendre service? Dans la pensée qu'ont les deux sottes bêtes, ne devraient-elles pas chanter en rhonneur du charretier et célébrer sa bonté ? Après tout qui sait ? Les deux bêtes ont peut-être raison de croire, la chèvre qu'on va'la traire à la foire, et le mouton qu'on va le tondre. Et pourquoi le porc ne croirait-il pas aussi qu'on va le traire ou le tondre ? — Impossible^ monsieur^ on ne tond ni ne trait les porcs. — S'ils ne donnent ni lait ni laine, à quoi donc sont-ils bons ? — Ils sont bons à manger. — Dom pourceau le savait; aussi dans son cœur, il pleure sa maison, sa douce maison et le toit qui l 'a protégé tout l'hiver contre la pluie, le vent et la gelée. Adieu !

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