‹ La parole intérieure: essai de psychologie descriptiveChapitre 4 sur 71 · De memoria, ch. I · texte numérisé non relu

De memoria, ch. I

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du temps, ne sont pas exprimés intérieurement [ch, II, § 9]. Aristote a pu, avec beaucoup d'autres, omettre d'observer un fait important ; nous ne pouvons lui attribuer une observation radicalement fautive.

A traduire littéralement une phrase souvent citée des Analytiques^ il semblerait pourtant qu'Aristote ait connu la parole intérieure; nous croyons que, dans ce passage, le Xo'yoç idoi ou Xo'yoç 6v t^ ^u)r^ qu'Aristote oppose au Xo'yo; IÇw, n'est pas la parole intérieure, mais une certaine détermination de la pensée K Le mot Xo'yoç, avec sa double accep-

1. Anal. Post.^ I, x, 76 B : « Ce n'est pas au Xiyoç ^Çw, c'est au Xoyoç £v rf\ ^l^vx^j que s'adressent la démonstration et le syllogisme. Contre le xiyo; ïltù, on peut toujours trouver des objections, mais on ne le peut pas toujours contre le T^oyo; ^cro). » Le contexte permet de commenter ainsi ce passage : Si vous proposez à votre interlocuteur une hypothèse ou un postulat, celui-ci peut vous accorder cette thèse, comme base d'une discussion commune, sans pour cela la croire vraie ; alors sa bouche consent, sa raison ne consent pas ; mais il peut aussi répondre à vos paroles par des paroles également vraisemblables ; si au contraire vous faites une véritable démonstration, fondée sur des axiomes^ comme l'interlocuteur croit nécessairement aux axiomes, son assentiment est forcé ; sa raison doit proclamer son accord avec la vôtre ; poser une hypothèse, c'est demander verbalement une adhésion purement verbale, qui peut être refusée verbalement ; poser ou appliquer un axiome, c'est suivre la raison qui est en nous et provoquer irrésistiblement l'adhésion de la raison d'autrui. — - M. Chaignet {Philosophie de la science du langage^ p. 309) paraît entendre par î^ôyoç ï<T(a l'ensemble des notions qui sont dans l'esprit, notions acquises, mais immuables une fois acquises, et dont le raisonnement développe analytiquement dans la durée les rapports mutuels. Cette définition se rapporte exactement au Xiyo; du Phèdre de Platon (p. 276 A), « le discours que la science écrit dans l'âme de celui qui étudie, discours qui peut se défendre, parler et se taire quand il le faut, discours vivant et animé (qui réside dans l'intelligence) du savant, et dont le discours écrit n'est que le simulacre. » Le Xiyo; '^<rw d'Aristote est quelque chose de plus intime et de plus fondamental ; c'est la faculté des axiomes, la raison. — La distinction aristotélique du verbum oris et du verbum mentis est peut-être, comme l'ont pensé les éditeurs d'Hamilton, Mansel et Veitch (note de la 1" leçon des Lectures on logic), la source première de l'opposition du >.6yo; evôtàOexoç (pensée ou raison) et du Xiyo; tcpofpopixoç (parole), que l'on rencontre dans Philon (De vita A/osis, 3, 13), Plutarque (Philosophendum esse cum principUtus^ ch. II), Sextus Empiricus {Pyrrh. hyp.y I, 65), Simplicius (m Categ. Arist.^ p. 7), Damascène (Fid. orthod.^ II, 21), etc. (voir le Thésaurus de H. Estienne, s. v.) ; ces deux expressions elles-mêmes sont probablement originaires des Stoïciens.

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lion de discours et dépensée ou raison^ permettait aux écrivains grecs des antithèses que notre langue ne saurait reproduire sans en défigurer le sens. Aoyo; signifie primitivement la parole^ puis, par extension, ce qui se parle, la pensée discursive, et même la pensée à Tétat statique, la raison^ le principe immobile du raisonnement. Il en récite que souvent, soit à son insu , soit avec intention, mais toujours en suivant la pente tracée par l'usage de la langue, « Tesprit grec exprima par ce mot les rapports intimes du langage avec la pensée et la conscience qu'il en avait * ». De bonne heure aussi, divers problèmes relatifs au langage, en particulier la question de son origine, furent posés dans la philosophie grecque ; mais ils furent traités par des métaphysiciens, des logiciens, des grammairiens, jamais avec l'esprit et la méthode de la psychologie.

Un phénomène analogue à l'extension du sens du mot Xo'yo; s'était produit chez les Egyptiens : pour exprimer ridée de penser^ ils employaient un terme composé qui signifie jOâfrto* avec son cœur ^ Dans leur écriture idéographique, le signe déterminatif de la parole est aussi par extension celui de la pensée [ch. II, § 6]. Nous ne saurions voir dans ces faits autre chose que des images, des métaphores. Les Egyptiens, comme les Grecs, eurent une notion confuse des rapports de la parole avec la pensée; leur langue écrite ou parlée nous en apporte le témoignage.

QuintiUen, analysant avec une conscience scrupuleuse,

1. Domenico Pezzi, Introduction à Vétude de la science du langage^ trad. Nourrisson, p. 25.

2. M. Maspero nous signale, avec ce fait linguistique, l'existence d'un document égyptien inédit qui traduit aux yeux cette métaphore du langage : l'action de réfléchir est représentée par un homme qui fait la conversation avec son âme placée en face de lui. — Dans la langue polynésienne, penser est parler dans l'estomac (Max MùUer, Nouv, leçons sur la science du langage, 2« leçon, p. 92),

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et souvent avec une rare pénétration , tous te» exercices qui forment un orateur, passe vingt fois à eôté de la parole intérieure sans la remarquer * ; il< ne Faperçoit ni dans la lecture, ni dans Faction d'écrire, ni dans lai médi^ tation, et, s'il y fiait enân une allusion quand) il reeemmande de s'exercer en silence à l'improvisation, il serable croire que l'esprit peut à volonté se passer de la parole intérieure ou s'en servir; car il conseille de la provoquer quand nous n'avons rien de mieux à faire \ Son «lève Pline le Jeune, à son tour, la méconnaît d'une manière étrange en décrivant minutieusement un des faits où elle apparaît le mieux^ la composition littéraire siten- 42ieuse, dans l'obscurité ou pendant une promenade ^.

II en est de Montaigne à peu< près comme des auteurs anciens, ses guides ordinaires : un passage assez obscur de V Apologie de Raimond de Sebonde semble désigner la parole intérieure comme le souffljeur nécessaire de la parole extérieure; une lecture attentive dissipe cette illusion; la thèse, d'ailleurs inexacte, deJ\Iontaigne, ne se rapporte pas à la parole intérieure ; il a voulu dire que l'enfant ne peut faire entendre à autrui aucune parole s'il

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