Instruction sut les états d'oraison
sainte « était de faire cesser les discours par intervalles pour la présence de Dieu » ; le même Père ajoute que « ce silence de Tâme et cet arrêt attentif en silence ne fait pas cesser de tout point les actes des puissances (de rame) , parce que cela est impossible » ; la Mère de Chantai « réduisait la suppression A^^ actes de discours... au temps de l'oraison ». Que de telles expressions ^ aient amené Bossuet à démêler la parole intérieure parmi les « actes discursifs » qui, dans Toraison parfaite, font place à des élans « courts et simples », dont Tâme ne garde ensuite qu'un souvenir indistinct, — bien plus , que la parole intérieure soit, à ses yeux, le principal obstacle qui empêche la plupart des âmes de parvenir à cette « excellente oraison » et au pur état contemplatif, — voilà ce qui parait ressortir d'une belle page que nous allons citer presque en entier : « Cassien... dit que, dans l'état de pure contemplation, « l'âme s'appauvrit, qu'elle perd les riches « substances de toutes les belles conceptions, de toutes les « belles images, de toutes les belles paroles » dont elle accompagnait ses actes intérieurs. On en vient donc jusqu'à parler le pur langage du cœur. Jusqu'à ce qu'on en soit venu à ce point, on parle toujours en soi-même un langage humain, et on revêtit ses pensées des paroles dont on se servirait pour les exprimer à un autre. Mais dans la pure contemplation, on en vient tellement à parler à Dieu qu'on n'a
plus un autre langage que celui que lui seul entend ; on
ne lui dit qu'on l'aime qu'en aimant... Si l'on vient et jus-
1. Instr., VII, 10, 15, 21 ; VIII, 29, 31. — Cf. Touvrage latin, Mystici in iuto, 12, où Bossuet cite un religieux qui déclare n*être parvenu à roraison parfaite qu'après seize années d'oratio vulgaris ; Bossuet pensait sans doute à ce P. Alvarez quand il parlait dans le Traité de la connaUsance d' « esprits exercés par un long temps à tenir leurs sens dans la règle. »
qu'où Ton vient à la perfection d'un tel acte pendant cette vie, et si Ton en peut venir jusqu'au point de faire entièrement cesser au dedans de soi toute image et toute parole, je le laisse à décider aux parfaits spirituels.
Ici...., je me contente de dire qu'on entrevoit du
moins la parfaite pureté.... : la pensée, épurée, autant qu'il se peut, de tout ce qui la grossit, des images, des expressions, du langage humain,.... sans raisonnement, sans discours, puisqu'il s'agit seulement de recueillir le fruit et la conséquence de tous les discours précédents , goûte le plus pur de tous les êtres , qui est Dieu, par le plus pur de tous ses actes, et s'unit intimement à la vérité, plus encore par la volonté que par l'intelligence *. » Si nous l'entendons bien, Bossuet accorde aux mystiques que, dans l'état le plus parfait possible en cette vie, la parole intérieure cesse d'être un discours suivi pour devenir une série d'interjections sans lien grammatical [ch. II, § 4, et ch. V, § 7] * ; alors elle exprime, non plus la pensée discursive, momentanément suspendue, mais la simple vue de Dieu et surtout la volonté ou l'amour ^. D'ailleurs, les actes que produisent alors les puissances de l'âme sont de telle nature, — Bossuet l'établit avec un grand soin, — qu'ils ne peuvent se graver dans le souvenir; l'amnésie simule l'inconscience [ch. VI, § 10], et l'âme, revenue à l'état normal, s'ima-