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Faut-il croire que l'action seule est naturelle à Tliomme et qu'il crée son imagination, sa mémoire des sensations? Formuler ainsi la pensée de Cardaillac, c'est la réfuter par l'absurde. La volonté ne développe et n'assouplit que des facultés naturelles : naturellement nous parlons tout haut, et naturellement aussi nous parlons en silence quand parler tout haut est inutile ou dangereux.
L'effort mental par lequel nous dirigeons et choisissons nos idées et nos expressions laisse après lui, s'il est persistant et répété, des habitudes; si cet efl'ort est méthodiquement réglé par un esprit bien fait, la parole intérieure se forme à l'exactitude et aux autres qualités d'im bon langage, et surtout elle devient souple, propre à exprimer toutes les idées, anciennes ou nouvelles, qui nous viendront à l'esprit [ch. IV, § 8]; elle est alors entièrement « à notre disposition » ; le « pouvoir que nous avons sur elle » est absolu. Mais l'effort mental n'est pas le même chez tous les hommes ; l'empire que nous exerçons sur la parole intérieure est « proportionné à l'habitude », — c'est-à-dire aux habitudes que nous lui avons données, — et par conséquent à l'effort mental que nous avons déployé pour créer ces habitudes i. — Rien n'est plus juste. Mais la réflexion n'a pas le privilège d'engendrer des habitudes ; la rêverie aussi laisse après elle des tendances reproductrices ; seulement elles sont moins fortes, et surtout la réflexion seule prévoit et veut les habitudes qu'elle engendre ; la rêverie est insouciante , elle est parfois une puissance de mal, parce qu'elle ne prévoit pas ses effets.
Une dernière remarque, sur laquelle Cardaillac insiste