‹ La parole intérieureChapitre 6 sur 66 · Instniction sur les états d'oraison · texte numérisé non relu

Instniction sur les états d'oraison

sainte » était de faire cesser les discours par intervalles pour la présence de Dieu » ; le même Père ajoute que « ce silence de l'âme et cet arrêt attentif en silence ne fait pas cesser de tout point les actes des puissances (de Tcàme) , parce que cela est impossible » ; la Mère de Chantai « réduisait la suppression A^^ actes de discours... au temps de Toraison «. Que de telles expressions ' aieni amené Bossuet à démêler la parole intérieure parmi les « actes discursifs wqui, dans l'oraison parfaite, font place à des élans « courts et simples », dont l'âme ne garde ensuite qu'un souvenir indistinct, — bien plus , que la parole intérieure soit, à ses yeux, le principal obstacle qui empêche la plupart des âmes de parvenir à cette « excellente oraison » et au pur état contemplatif, — voilà ce qui paraît ressortir d'une belle page que nous allons citer presque en entier : « Cassien... dit que, dans l'état de pure contemplation, « l'âme s'appauvrit, qu'elle perd les riches « substances de toutes les belles conceptions, de toutes les « belles images, de toutes les belles paroles » dont elle accompagnait ses actes intérieurs. On en vient donc jusqu'à parler le pur langage du cœur. Jusqu'à ce qu'on en soit venu à ce point, on parle toujours en soi-même un langage humain, et on revêtit ses pensées des paroles dont on se servirait pour les exprimer à un autre. Mais dans la pure contemplation, on en vient tellement à parler à Dieu qu'on n'a

plus un autre langage que celui que lui seul entend ; on

ne lui dit qu'on l'aime qu'en aimant... Si l'on vient et jus-

1. Instr., VII, 10, 15, 21 ; VIII, 20, 31. — Cf. l'ouvrage latin, My.<itid in iido, 12, où Bossuet cite uu religieux qui déclare uetre parvenu à l'oraison parfaite ({u'iiprès seize années d'oratio vulgaris ; Bossuet pensait sans doute à ce P. Alvarez quand il parlait dans le Traité de la connaissance d' » esprits exercés par un long temps à tenir leurs sens, dans la règle. »

rproù l'on vif;nf. h la pf;rfection d'un tel acte pendant cette vie, cl si l'on en peut venir jusqu'au point de faire entièrement cesser au dedans de soi toute imaj.'e et toute parole, je le laisse à décider aux parfaits spirituels.

Ici...,, je rne contente de dire qu'on entrevoit du

moins la parfaite pureté.... : la pensée, épurée, autant qu'il se peut , de tout ce qui la grossit , des images , des expressions, du langage humain..... sans raisonnement , sans discours , puisqu'il s'agit seulement de recueillir le fruit et la conséquence de tous les discours précédents , goûte le plus pur de tous les êtres , qui est Dieu, par le plus pur de tous ses actes, et s'unit intimement à la vérité, plus encore par la volonté que par riutelligence '. » Si nous l'entendons bien, Bossuet accorde aux mystiques que, dans l'état le plus parfait possible en cette vie, la parole intérieure cesse d'être un dàrours suivi pour devenir ime série d'interjections sans lien grammatical [ch. II, § h, et ch. V, § 7] ^; alors elle exprime, non plus la pensée discursive, momentanément suspendue, mais la simple vue de Dieu et surtout la volonté ou l'amour \ D'ailleurs, les actes que produisent alors les puissances de l'âme sont de telle nature, — Bossuet l'établit avec un grand soin, — qu'ils ne peuvent se graver dans le souvenir; l'amnésie simule l'inconscience [cil. VI, § 10], et l'âme, revenue à l'état normal, s'ima-

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