CHASSAIGNE
ANANTF-PROPOS
Parmi les diverses manifestations cliniques du paludisme fébrile, avec lesquelles les praticiens de l'Algérie se trouvent journellement aux prises, surtout dans les campagnes, l’une des plus dangereuses et, malheureusement, l'une de celles contre qui l’on est trop souvent désarmé est certainement l'accès pernicieux à forme comaleuse.
J’aieu, dans cet ordre d'idées, à faire quelques remarques dans le cours de ma pratique de médecin de colonisation dans des pays à malaria, et, dans mon esprit, il s’est dégagé cette conclusion finale que notre impuissance thérapeutique contre les accès comateux venait en grande partie d’une fausse interprétation de leur pathogénie.
J'ai eu, en effet, maintes fois, l'occasion d'observer que l’urémie jouait le principal rôle dans les formes comateuses des fièvres pernicieuses, et, que c'était bien des fois à l’intervention de ce syndrome que des accès, qui eussent été bénins ou peu graves sans lui, devaient leur pronostic si sévère, et, trop souvent, leur dénouement fatal. C'est, ce
rôle de l'urémie dans les accès pernicieux comateux que je
me suis proposé de mettre en lumière dans ce travail inaugural.
Les documents sur lesquels j'ai étayé mes conclusions sont en partie tirés de ma pratique personnelle, et, en bien plus grande partie de celle d’un de mes confrères algériens, lé docteur Henri Malbot, de Constantine, ancien médecin major de l’armée qui, dans différents hôpitaux militaires de la, Colonie et notamment dans celui de Philippeville, était on ne peut mieux placé pour étudier les formes pernicieuses du paludisme. Qu'il reçoive ici le témoignage de toute ma gratitude.
Un mot encore sur l'esprit dans lequel a été rédigée cette thèse. Perdu au milieu des campagnes algériennes, loin de tout foyer scientifique et de tout centre d'instruction, je n'ai pu compulser les bibliothèques des Ecoles ou des Facultés : je me suis borné à mettre à contribution les quelques ouvrages classiques qui sont entre les mains de tous les praticiens de l'Algérie.
[l ne faudra donc pas chercher dans ce travail plus d’érudition et de bibliographie qu’il n’en peut contenir. Le chapitre de l'historique de la question sera donc forcément écourté et incomplet. Que les Maîtres appelés à me juger se montrent en conséquence indulgents dans leur appréciation de ce chapitre, où j'exposerai ce qui est classique en France sur les accès pernicieux comateux, en même temps que l’évolution des idées sur ce sujet.
Le second chapitre, tout entier appuyé sur des faits iné-
dits, montrera, par une série d'observations cliniques, la