ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les dix premières observations que nous avons relatées plus haut suffisent amplement à donner une idée des lésions obsérvées à l’autopsie des malades qui ont succombé à un accès pernicieux comateux urémique. Deux sortes de lésions sont constantes : les lésions du paludisme en activité (effets de la mélanémie sur divers organes, notamment, sur le cerveau, rate et foie hypertrophiés, etc.) et des lésions rénales, telles qu’une néphrite chronique, on bien simplement une congestion aiguë de nature paludéenne.
Dracnostic
Le diagnostic de l'accès pernicieux comateux urémique repose tout entier sur la triple constatation simultanée du coma, du paludisme et de l’urémie.
Le coma est trop facile à reconnaître pour qu'il soit nécessaire d'insister sur son diagnostic différentiel.
Räppelons seulement que le coma des accès pernicieux comprend toute une échelle de gravité, allant de la simple torpeur cérébrale, sommolence ou hébétude, jusqu’au coma le plus profond et la mort apparente.
C'est surtout aux antécédents du malade, à son dossier pathologique, etenfin, à sa provenance topograghique, qu’on s’adressera pour établir l'existence du paludisme. Mais il ne suffitpas que :e malade soit un paludéen, c’est-à-dire qu’il ait eu à une époque quelconque de sa vie des manifestations de paludisme: il faut encore que ce paludisme soit en pleine évolution active.
ST
Nous ne reconnaissons pour légitime que l'accès comateux sur-
venant dans cette dernière condition.
On comprend, sans peine, que l'urémie, et même l’urémie mortelle doit être fréquente chez les anciens paludéens; alors que le foie et le rein sont atteints d'inflammation chronique ; mais, dans ce Cas, la lésion rénale, bien qu’elle relève, dans son principe, du paludisme, évolue pour son propre compte, comme lésion indépendante, et ne diffère pas dans ses manifestations cli-
niques des néphrites dues à une cause banale telle que l’alcoo-
lisme, la scarlatine, la goutte ou la sénilité. Dans ce cas, l’urémie apparaît en dehors de toute manifestation active du paludisme, et …n a rien de commun avec l’urémie dont nous nous occupons dans ce travail.
La condition essentielle pour qu’on puisse légitimement porter le diagnostic d'accès pernicieux comateux urémique, c'est que le paludéen soit un paludéen en évolution active et, parmi les manifestations de l’activité paludéenne, celles sur lesquelles tout le monde est d'accord sont les récents accès
de fièvre intermittente, ou la fièvre rémittente à allure plus ou
moins continue. Souvent encore, on assistera à l'accès de fièvre iutermittente dans lequel se produit le coma, ou bien l’on aura sur cet accès des renseignements tellement circonstanciés qu’il ne pourra rester aucun doute dans l'esprit du médecin ; c'est bien un accès paludéen des plus francs que viendra compliquer le coma.
En théorie, il semble qu'il soit très facile, depuis la découverte de Laveran, de constater le paludisme en activité. En effet, sera regardé comme paludéen en pleine activité tout paludéen dans le sang duquel on constatera la présence des hématozoaires spécifiques décrits par Laveran. Mais, cette constatation n’est pas à la portée de tous les praliciens ; ct puis aussi, d’après Laveran lui-même, dès que le malade à pris une dose quelconque de quinine, la recherche de l'héma-
AENRQ USE tozoaire est très laborieuse et sa présence très difficile à déceler ; or, nous savons que tous les Algériens, exposés à contracter le paludisme, usent largement de la quinine, même à titre préventif.
La recherche du microbe du paludisme ne sera donc pas d’un grand secours ; et, en réalité, elle n'est pas entrée dans la pratique courante; elle est restée un travail de laboratoire : et non un procédé d'examen clinique. Je n’insisterai pas autrement sur ce point du diagnostic du paludisme ; on devra donc se borner à faire tous ses efforts pour constater l’accès pendant lequel survient le coma, ou, si le malade n’a plus de fièvre et qu’on soit appelé après l'accès, on devra faire la preuve que, tout récemment, le malade a eu des manifestations de paludisme fébrile.
Quant à l’urémie, la seule présence de l’albumine dans les urines nous paraît devoir autoriser son diagnostic dès que paraissent chez l’albuminurique un ou plusieurs des phénomènes morbides connus sous le nom d’accidents urémiques. L'albuminurie est, en-effet, pour nous, en clinique courante, le signe d’une néphropathie, inflammation ou congestion, aiguë ou chronique, et, dans toute néphropathie, il y a imminence d'urémie.
Toutes les fois donc qu’on trouvera, dans un accès pernicieux comateux, de l’albumine dans les urines, on sera autorisé, par cette seule constatation de l'albuminurie, à porter le diagnostie d'accès urémique.
On voit donc quelle importance nous attachons à l’analyse des urines chez tous les paludéens : en dehors des accès, pour dépister les néphropathies ; au moment de l'accès, pour parer à l'éventualité de complications urémiques.
Mais, quand, pour une raison quelconque, il est impossible d'analyser les urines pendant un accès pernicieux comateux, quand il y a, par exemple, anurie ou incontinence d'urine et que