‹ La Part de l'Urémie dans les Accès Pernicieux ComateuxChapitre 9 sur 27 · OBSERVATION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIÈRE

Paludisme cn activité. — Accès pernicieux comateux.— Albuminurie. — Mort. — $ Lésions du oo — Néphrite chronique.

ie :

Alphonse Ta... cordonnier, âgé de 45 ans, né à Constantine, entre à l'hôpital militaire de Philippeville, salle 24, lit 17, dans l'aprèsmidi du 22 mars 1888 ; il meurt le même jour, à 10 heures du soir. C’élart un homme venu plusieurs fois à l'hôpital pour des accès de fièvre intermittente rebelle, dont il avait été débarrassé par des injections sous-cutanées de quinine. Les premières atteintes du paludisme remontaient à 1880, époque à laquelle il avait contracté les fièvres à = Aïn-Mokra, sur les bords du lac Fetzara, célèbre par son insalubrité Sa dernière entrée à l'hôpital remonlait au mois d'octobre 4887. Il n’avail jamais eu d'accès pernicieux : mais on avait trouvé de l’albumine à plusieurs reprises dans ses urines.

Dans la journée du 22 mars 1888, il avait été pris dans la matinée de violentes convulsions généralisées, pour lesquelles un médecin avait été appelé. Le médecin constala un violent accés de fièvre et comme le malade élait notoirement paludéen, il diagnostiqua un accès pernicieux à forme convuisive et l'envoya à l'hôpital.

À son entrée, il est dans le coma le plus profond et la résolution

Ja plus complète ; la respiralion est suspirieuse, inégale, sans toute fois avoir le rythme de Cheyne-Stokes.

On pratique le cathétérisme de la vessie avec une sonde molle en caoutchouc rouge et on retire une centaine de grammes d'urine claire contenant quelques pelits flocons nuageux peu abondants. Le pharmacien-major del’hôpital y trouveuneabondante quantité d'albumine. : La température axillaire est de 38°2. Le pouls petit, mou, inégal, dépressible à 144.

On pratique quatre injections de ;chlorhydrate de quinine, deux d’éther et de caféine.

Le malade se refroidit peu à peu ; à 9 heures, le (thermomètre marquait 3604, et une heure après, le malade succombhait sans avoir repris ses sens, ni présenté la moindre améhoration.

L'autopsie est faite le lendemain, à 7 heures du matin.

Poumons. — Adhérences anciennes, lamelleuses, très étendues des

deux côtés, surtout à droite. À gauche, épanchement d’un liquide : incolore évalué à environ 150 grammes dû à un hydrothorax.Conges- *

tion disséminée par places dans les deux organes, surtout vers les ‘bases. Pas de tubercules. Pigmentation noirâtre très intense de la

plèvre viscérale et du parenchyme pulmonaire visible à For nu et surtout à la loupe, Poids : 1,330 grammes, Cœur. — 150 grammes de liquide dans le péricarde en tout sem-

blable à‘celui de la plèvre. Taches laiteuses anciennes ; arborisations |

vasculaires à la surface du cœur, sans dépôt fibrineux. Le cœur, en. diastole, est gorgé de caillots noirs et mous. Le myocarde est rouge, ferme, normal ; l’endocarde ne présente pas de lésion appréciable à l'œil nu. Poids : 325 grammes. Rien à l'aorte. | |

Rate. — La rate est énorme et pèse 2,163 grammes. L'enveloppe

est épaissie: nombreuses plaques cartilagineuses surtout du côté de la face diaphrag matique. La pulpe splénique est molle, très friable,

‘absolument en bouillie, de couleur marron foncé ; les travées.

fibreuses de l'intérieur ont paru plus fragiles qu’à l’état normal. Foie. — Le foie est aussi très volumineux, il pèse 2 ,480 grammes.

La capsule de Glisson est saine. Lescoupes, d'une couleur rouge brun

uniforme, laissent sourdre une grande quantité de sang : les gros

troncs veineux sus-hépatiques sont aussi gorgés de sang noir. À part

cette congestion généralisée, on ne trouve pas de lésion : PDrSRANEe

de |’ organe. :

Reins. — Les reins sont profondément altérés; leur surface est

irrégulièrement granuleuse, et paraît, suivant les points où on l’examine, chagrinée, framboisée où mamelonnée. La capsule s’enlève

difficilement : elle est épaissie et entraine avec elle une couche

continue de sübstance corticale ; privée de sa capsule, la surface du

rein parait encore plus inégale et plus granuleuse. Il devient alors facile de voir que les plus grosses granulations sont formées par des kystes, très nombreux en certains endroits et confluents en quelque sorte ; leur volume varie de la grosseur d'un grain de chénevis à celui d’une petite noisette. Ils sont remplis d’un liquide limpide, d'odeur d'urine. Sur les coupes, on trouve encore des granulations et quelques kystes, ces derniers bien moins nombreux qu'à la périphérie et beaucoup plus petits. Le tissu rénal est gris-rougeàtre et même violacé en certains points ; la teinte est assez peu uniforme.

pe

On remarque, en outre, de nombreuses lignes noires, ainsi que de nombreux points de même couleur, dus, sans doute, à des thromboses vasculaires. La substance corticale est très diminuée d'épaisseur, et, dans certains endroits de la périphérie, elle n’atteint pas 2 millimètres. Entre les pyramides de Malpighi, au contraire, son épaisseur est augmentée. Les pyramides sont rouges, violacées et très congeslionnées. Le rein droit pèse 170 grammes et le gauche 172. La vessie est vide.

Cerveau. — Les sinus de la dure-mère sont gorgés de Sang noir et fluide. Il s'écoule, de l’espace arachnoïdien, une plus grande quantité de liquide qu'à l'état normal, et l'ædème du cerveau ne paraît pas douteux. La pie-mère est comme lavée : les veines de la convexité du cerveau sont turgides ; quelques capillaires de la surface paraissent aussi plus dessinés qu'à l’état normal, mais il n'y a pas trace de méningite. La substance grise corticaleetcelle des noyaux intra-céphaliques présente une teinte brune, ardoisce, bien plus foncée qu’à l’état normal. Les ventricules contiennent de la sérosité

“incolore; leurs parois sont un peu ramollies, sans doute par imbi-

bition. Les plexus choroïdes sont légèrement œdématiés. Le poids

total de l’encéphale est de 1190 grammes.

, OBsErvarTionN fl

Paludisme en activité, — Albuminurie.: — Accès pernicieux comateux. — Mort. Lésions du paludisme.— Gros rein blanc. J

Marins Bar., terrassier, 31 ans, né dans les Bouches-du-Rhône, entre à l’hôpital militaire de Philippeville le 28 janvier 1889, à 9 heures du matin ; il meurt dans la soirée du même jour.

C'est sa seconde entrée à l'hôpital pour des fièvres intermittentes qu'il a contractées dans la région de Bône, où il travaillait à des travaux de terrassement. Les premiers accès de fièvre intermittente remontent à 1884, et il ne s'est guère passé de mois que Bar... n'ait eu quelque accès plus ou moins violent.

. Cette fois-ci, en pleine santé, il a été pris, la veille du jour où il entre à l'hôpital, d'un violent accès de fièvre, avec un long frisson et claquement des dents ; de toute la nuit, il n'a pu se réchauffer ;

32 — 2 il avait, en outre, ee les reins, des douleurs lafieinantes très violentes.

Le 98 janvier, vers 8 heures, il se présente à la visite des indi-. gents, et le médecin l'envoie d'urgence à l'hôpital, où il entre à. 9 heures, au moment de la visite.

Le malade est comme hébété et répond très difficilement aux questions qu'on lui pose ; à peine dans son lit, il entre dans un état subcomaleux, d'où on ne le lire qu'avec beaucoup de peine. il peut, néanmoins, uriner facilement ; l’urine émise contient une énorme. quantité d'albumine. ire

La température axillaire est de 39°7. Le pouls A à 198. La respiration irrégulière à 36.

On pratique deux injections sous-cutanées de quinine et une injection d’éther toutes les heures.

À midi, le coma est profond, et le malade perd complètement connaissance ; il meurt à 7 heures du soir, dans le coma, sans convulsions.

L'autopsie est faite le lendemain à 8 heures du matin.

Le cadavre est celui d'un jeune homme robuste et fortement M clé: il n’y a nulle part trace d'œdème sous-cutané.

Poumons. — Le gauche pèse 710 grammes, le droit 850 grammes. Tous deux sont fortement congestionnés et remplis de sang et de: sérosité, que la pression fait sourdre en abondance. Pas traces d’inflammation quelconque ; pas de tubercules ; les fragments nagent facilement en dehors de l’eau. A la coupe, de même que sur la périphérie des organes, on voit de grosses taches pigmentaires plus ou moins confluenties, suivant les points où on les examine. C’est surtout vers le hile que le pigment est abondant.

Cœur. — Poids 265 grammes, absolument normal, de même que le péricarde et l'aorte. S

Rate. — Poids 1.610 grammes, très volumineuse, l'enveloppe est cartilagineuse du côté du diaphragme et a jusqu'à 4 millimètres d'épaisseur de ce côté. La pulpe splénique est presque partout très ferme, de couleur rose pâle et striée de raies blanchâtres, constituées par les travées fibreuses de l'intérieur singulièrement épaissies. Mais, au milieu de ce lissu ferme, on trouve des noyaux ramollis, beaucoup plus sombres, où les travées sont très difficiles à voir et où la pulpe estréduite en bouillie. Ces noyaux de ramollissement,

DS

sont très nombreux vers le hile, là où l'enveloppe de la rate est le moins épaisse, tandis que la pulpe, fibreuse pour ainsi dire, se voit surtout vers la face supérieure de l'organe.

Foie. — Volumineux, 3.150 grammes. La surface est lisse et la capsule de Glisson, saine. La surface des coupes, d’un rouge brun uniforme, laisse sourdre une notable quantité de sang. Pas d'autre altération appréciable à l'œil nu, à part cette ou La vésicule biliaire est remplie de bile noirâtre.

Reins. — Ils sont très gros. Poids, le droit 350 grammes, legauche 323 grammes. Ils sont lisses et blancs à la surface et se décortiquent facilement. Sur le fond blanc jaunâtre de la substance corticale, se détachent de nombreuses étoiles de Verheyen, congestionnées et gorgées de sang. Les pyramides de Malpighi sont aussi plus foncées et plus congestionnées que le restant du labyrinthe rénal.

Cerveau. — Poids 1.255 grammes. Congestionné à la superficie ; dans la profondeur, pas d'œdème, pas de lésion inflaramatoire quelconque.

Ogservarion III

Paludisme en activité. — Accès pernicieux comateux. — Albuminurie.— Mort.— Lésions du paludisme. — Néphrite chronique.

Alfred Nic..., cultivateur, 25 ans, né dans le Loiret, est apporté sans connaissance dans la salle de médecine de l'hôpital militaire de Philippeville, le 30 octobre 1889, dans l'après-midi. 11 meurt dans la nuit sans avoir repris connaissance.

Les renseignements qu'ont donnés ses parents ont AE de reconstituer les grandes lignes de son histoire pathologique.

Nice, qui habitait en France les environs de Salbris, dans la Sologne, est venu en Algérie, à l’âge de 23 ans. au village de Saint-Charles, près de Philippeville, où il s'était placé comme garçon de ferme. 5

A Salbris, il avait eu de nombreux accès de fièvre intermittente, qu'il avait soignés par la quinine, et avait puse rétablir au point de pouvoir s’engager comme volontaire dans un régiment de Paris! Son temps de service terminé, il vint en Algérie et se fixa à Saint-Charles. 11 ne tarda pas d'y contracter de nouveaux accès de fièvre

ser ur

intermittente, mais plus violents que ceux qu'il avait eus en Sologne. |

L'accès dont il vint mourir à l'hôpital était le quatrième d'une série d'accès tierces, caractérisés par de violents frissons, une très haute température, pendant l’acmé de laquelle, le malade perdait complètement connaissance et semblait dormir. Quelquefois, on parvenait à le réveiller et à lui arracher quelques paroles, mais, la ma: jeure partie du temps, pendant les accès, il restait Dre privé de tout sentiment.

Dans la journée du 30 octobre, quand il fut porté à l'hôpital, le coma était profond ; nulle sensibilité, réflexes abolis; il n'était que trop évident qu’il ne passerait pas la journée. Et de fait, il mourut la nuit suivante.

L’autopsie est faite le lendemain matin à 8 a

Cerveau.— La substance grise corticale et celle des noyaux ie encéphaliques est très foncée, d'une nuance ardoisée manifeste. La pie-mère est gorgée de sang et les coupes font voir un piqueté. hémorragique noir très intense. Pas de traces d'inflammation.

Poids, 1.110 gr.

Poumons.— Quelques tubercules plus ou moins crétifés au sornmet du poumon gauche. Congestion intense des deux bases ; pas d’inflammation. Poids : poumon gauche, 495 gr., droit, 500 gr.

Cœur.— Le cœur est gros, affaissé, mou, jaunâtre, et le myocarde est manifestement dégénéré. De gros caillots distendent les oreillettes, maisles ventricules sont à peu près vides. Ée péricarde est sain. Poids : 365 gr.

Rate. — La rate est énorme et pèse 2.220 grammes. L'enveloppe est très tendue et comme près d'éclater. L’organe est globuleux ; la pulpe est molle, friable, en bouillie, semblable à du sang coagulé, plutôt qu’à dela véritable pulpe splénique.

Foie. — Le foie est congestionné, sans lésion appréciable. Poids : 1.910 grammes. La vésicule est énorme et distendue par une grande quantité de bile.

Reins.— Les reins sont gros, avec des lobes bien dessinés ; on les dépouille facilement de leur enveloppe. Sur les coupes, on note les. lésions suivantes : rein droit, poids : 370 grammes ; les pyramides, fortement congestionnées, ressortent sur le fond très pâle du parenchyme presque exsangue. La substance corticale n’est pas hyper-

ia

trophiée; elle a une teinte jaune pâle qui paraît indiquer une dégénérescence graisseuse avancée. Cette apparence est plus marquée sur les colonnes de Bertin. On ne trouve les traces d'aucun vaisseau ; mais la muqueuse des bassinels est couverte de fines arborisations. — Rein gauche, 365 grammes; l’altération est plus avancée et la substance corticale s'est développée aux dépens de la substance médullaire, surtout dans les colonnes de Bertin, qui paraissent avoir absorbé une partie des pyramides : celles-ci sont plus petites et plus écartées qu'à droite. °

La vessie contient quelques dizaines de grammes d'un liquide

clair, qui se prend presque en masse par la chaleur; c'est de l’albumine presque pure.

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