‹ La Part de l'Urémie dans les Accès Pernicieux ComateuxChapitre 10 sur 27 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Paludisme en activité. — Albuminurie avec signes d'urémie déjà ancienne. —

Accès pernicieux comateux.— Mort.— Lésions du paludisme: — Petit rein granuleux.

Jean-Pierre Léo.…, 37 ans, détenu aux travaux publics, entre. à hôpital militaire de Philippeville le 25 novembre 1890, salle 17, lit 3, dans le service des consignés.

Il a eu de nombreux accès de fièvre intermittente dans les divers postes où il a été envoyé, notamment à Aïn-Mokra, aux mines de Mokta-el-Hadid, en 1888 ; à cette époque, il a été porté, sans connais- . sance, à l’hôpital militaire de Bône, d’où il est sorti au bout de deux mois à peu près guéri de ses fièvres, mais bien affaibli et très anémié. Depuis cet accès pernicieux, il a été sujet à de violentes névral- : gies, notamment dans la tête ; il lui semblait que sa tète allait éclater; il vomissait souvent aussi, Le médecin qui le soignait alors à Bône, à l'infirmerie du corps, croyant à des accès de fièvre larvée, lui administra la quinine à haute dose, mais sans succès.

Pourtant, à la suite de quelques purgatifs, répétés coup sur coup, il fut bien amélioré de ses névralgies et il fut envoyé, en septembre 1890, dans les environs de Philippeville pour y travailler dans les chantiers de destruction du phylloxéra. Mais, il y avait un mois qu'il y était, lorsqu'il fut pris à nouveau de vomissements, de maux de tête; en même temps ses jambes enflèrent à la partie inférieure ; sa

face devint bouffie et il ne put continuer à travailler dans les vignes. Le sergent surveillant l'employa aux écritures ; il put encore tenir quelque lemps, mais son état ne faisait qu’empirer.

Le 20 novembre, il eut un violent accès de fièvre avec vomissements bilieux ; on lui administra, à son chantier, un ipéca et ensuite de la quinine.

Le 23 et le 24, nouvel accès, chaque jour; le 23, on l’évacue sur l'hôpital militaire de Philippeville.

25. — C'est le type du cachectique paludéen ; teint pâle, blafard, jaune-paille, muqueuses exsangues : léger æœdème de la face et des membres inférieurs.

Quelques râles sous- crépitants fins s'entendent dans la région des deux bases pulmonaires ; un souffle doux à la base du cœur.

Le foie et la rate sont énormes et débordent les côtes’ d’un bon travers de main. Ni l'un ni l’autre ne sont douloureux à la pression.

L'urine contient une notable quantité d’albumine. T. axillaire, 36°2. Pouls mou, 96. Pas d’accès dans la journée.

26. — Le malade se plaint d’un violent mal de tête et il vomit tout ce qu'il prend dans la journée.

On donne 20 grammes d’eau de-vie allemande et on prescrit le régime lacté absolu. On pratique deux injections sous-cutanées de chlorhydrate de quinine.

27-29. — Les vomissements et le mal de tête continuent ; le malade attribue ces accidents au régime lacté et se refuse absolument à prendre du lait.

30. — Un léger accès de fièvre. T. 38° 7, matin,et 38° soir. L’albumine esttoujours en grande quantilé dans les urines.

1-4 décembre.— Un accès par jour, accompagné de violents maux de tête et de vomissements.

Décembre 41° Tmatint38%7 soir 40° 1 Le 2 — — 36° —. 399 — 3 — — 36° — 39% 7 — 4 — — 31 — À 6

Dans la nuit du 4 au 5, il est pris de convulsions épileptiques et, à la visite du matin, on le trouve dans le coma absolu.

Il meurt vers 10 heures du matin. La T. était à ce moment de 3698.

L'autopsie est faite le jour même, à 2 heures de l'après-midi.

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Poumons. — Lourds, gorgés d’un liquide spumeux, roussätre, qui suinte abondamment des coupes, et surtout quand on presse le parenchyme pulmonaire. L'œdème est surtout abondant dans la partie des organes qui répond aux gouttières costo-vertébrales. Quelques tubercules en voie de ramollissement aux deux sommets, très espacés. Le poumon droit pèse 4.050 gr., le gauche, 800 gr.

Cœur. — Volumineux, poids 425 grammes. Surchargé de graisse ayant subi la dégénérescence gélatineuse. Les cavités sont gorgées de sang déjà coagulé ; les valvules sont saines, mais le myocirde est pâle, jaunâtre, sans consistance ; le doigt n'a pas de peine à le déchirer. C’est évidemment une dégénérescence graisseuse déjà avancée.

Pate. — La rate est énorme et-atteint le poids de 3.075 grammes. L’enveloppe est épaissie et carlilagineuse en certains endroits. La pulpe est molle, diffluente, marron-foncé ; les travées de l’intérieur difficiles à délimiter. Enunpoint, il y a même une véritable hémorragie du parenchyme, car, encet endroit, on trouve une sorte de cavité remplie par un caillot noirâtre, cruorique ; le cailiot a la grosseur.d'une mandarine. C’est, sans doute, une hémorragie survenue pendant le dernier accès qui a emporté le malade.

Foie. — Le foie est volumineux et pèse 2.990 grammes. La surface est lisse ; mais le parenchyrme est plus dur que normalement ; déjà les espaces portes sont épaissis et les travées fibreuses qui accompagnent les vaisseaux portes et l’artère hépatique sont bien plus visibles que normalement ; il y a certainement de la cirrhose hypertrophique en voie d'évolution. La couleur du foie est uniformément brune, tirant un peu sur le gris, de teinte ardoisée. La vésicule biliaire contient un peu de bile fluide et jaunâtre.

Reins. — Les reins sont profondément altérés et tout petits ; le droit pèse 100 grammes, le gauche 85 grammes. Tous deux présentent les mêmes lésions; ils sont bosselés, granuleux, rougeûtres, très durs. L'enveloppe s’enlève difficilement et la décortication est très laborieuse ; la capsule entraine avec elle une très notable quantité de parenchyme rénal, qui est tout mamelonné et grenu. Ce qui reste de tissu cortical est très aminci, et, par places, n’a pas l'épaisseur de deux millimètres ; c'est une atrophie générale de la substance corticale. Celle-ci est gris rosé, lraversée par des lignes noiràtres qui paraissent être des vaisseaux thrombosés ; les glomérules de Malpighi se voient très facilement sous forme de points gris,moins

rosés que le restant de la substance rénale dans laquelle ils sont situés. Les pyramides sont très pâles,jaunâtres,amincies,atrophiées, mais dans des proportions bien moindres que le labyrinthe. Les bassinets et la vessie ont paru sains.

Cerveau.— La pie-mère est comme lavée et il s'écoule, à l’extraction du cerveau, une plus grande quantité de liquide céphalo-rachidien qu'à l'état normal. - Les sinus crâniens et les grosses veines superficielles sont gorgées de sang noir et fluide. Les coupes montrent un piqueté noirâtre très abondant. Les plexus choroïdes sont œdématiés, Poids : 1.350 grammes.

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