Moreux, lac. cit
i. Voyez dans la Revue pratique d'Apologétique, 15 avril 1915, notre article sur L'esprit religieux et l'esprit scientifique.
DANS L ASTRONOMIK
C'est assez dire que sa foi était profonde. « Puissiez-vous, nous écrivait-il — à propos de cette enquête où nous ne pensions pas que nous aurions à le nommer — ouvrir les yeux de ceux qui considèrent encore la foi comme un obstacle au progrès des sciences. »
Rapprochons des astronomes le « vrai créateur de la météorologie nautique », le « fondateur de l'océanographie », Mathieu-Fontaine Maury (1806-1873). Après avoir lu ses publications, un capitaine lui écrivait cette lettre qu'il prend plaisir à rapporter lui-même : « Vos découvertes ne nous apprennent pas seulement à suivre les routes les plus sûres et les plus rapides sur l'Océan, mais encore à connaître les meilleures manifestations de la sagesse et de la bonté du Tout-Puissant... Jusqu'au jour où j'ai connu vos travaux, je traversais l'Océan comme un aveugle ; je ne voyais pas, je ne concevais pas la magnifique harmonie de Celui que vous appelez si justement la grande Pensée première ^. »
Quelqu'un qui n'est pas des nôtres, G. Sorel, disait des mathématiciens et l'on peut en dire autant des
1. Cité par D.-L. de Saint-Ellier, L'ordre du monde physique et sa cause première, d'après la science moderne. Paris, Bonne Presse [sans date], p. 20. — Le biographe de Maury, Félix Julien (Harmonies de la mer. Courants et Révolutions, Paris, Pion, 1861) accumule les témoignages du « saint enthousiasme » que son héros manifeste pour le Créateur contemplé dans son œuvre. Voyez, par exemple, pp. 37, 45, 167, 218.
astronomes, qui d'ailleurs sont aussi des mathématiciens : « De tous les savants, ce sont ceux qui acceptent le plus facilement le dogme catholique ; Renan avait remarqué ce fait déjà, mais il ne l'a pas expliqué 1. »
Peut-être serait-il possible de l'expliquer en notant que les mathématiciens et les astronomes sont, de tous les savants, ceux qui font au raisonnement la plus large place et qui sont le mieux habitués à la confiance envers la raison. Mais nous n'avons pas à expliquer le fait; nous avons seulement aie constater. Même nous avons annoncé une ambition plus modeste : celle de constater que les croyants, catholiques ou non, ne sont pas rares parmi les meilleurs représentants de la science.
Pour les mathématiques et pour l'astronomie, cette constatation est faite. Pouvant revendiquer, parmi les mathématiciens, tous les grands initiateurs, à l'exception de trois, dont deux se désintéressent et l'autre se récuse ; parmi les astronomes, les deux plus grands, Laplace et Le Verrier ; à côté de ces géants, un tel cortège de savants de haute taille : nous avons le droit de conclure que, dans ces deux sciences, l'accord n'est pas impossible entre le savant et le croyant.
1. Revue de Métaphysique et de Morale, seplembi'e 1902, p. 532.