La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle
A. de la Rive, après avoir dit que, dans les sciences physiques, le nombre des athées « est fort petit y>, ajoute immédiatement : « Quant aux sciences naturelles, y compris la physiologie et tout ce qui touche à la vie, il en est malheureusement autrement1 ». — M. G. Sorel écrit de son côté : « Ce sont les naturalistes2 qui acceptent le plus difficilement le miracle, et ce sont les
1. Lettre du 10 avril 1822 à E. Naville, reproduite par E. Naville dan# sa Physique moderne. Paris, Alcan, 2* édit., 1890, Préface, p. 7.
2. On entend ici par naturalistes les savants qui s'occupent des sciences naturelles.
sciences naturelles qui possèdent au moindre degré la notion de loi ' ». Ce qui revient à dire : ce sont celles qui sont, au moindre degré, de la science. La science, en effet, n'existe que dans la mesure où elle peut s'élever à la notion et à la formule de la loi. « La simple constatation des faits ne pourra jamais parvenir à constituer une science- ». « Toutes veulent arriver à la connaissance de la loi des phénomènes, de manière à pouvoir prévoir, faire varier ou maîtriser ces phénomènes3 ». Et c'est à quoi les sciences naturelles n'aboutissent qu'en partie et à grand'peine. L'expérimentation — surtout dans les sciences de la terre — y est souvent impossible : on ne peut pas produire à volonté des fossiles ni des volcans. L'observation — surtout dans les sciences de la vie — se heurte à une complexité presque inextricable. Il en résulte que les raisonnements ne trouvent pas toujours une base assez solide pour permettre des conclusions fermes, dignes d'être érigées en formules de lois; ou, ce qui revient au même, il en résulte que les lois qu'on formule sont plus hésitantes souvent, plus vagues, plus éphémères que dans les sciences exactes".
1. Revue de métaphysique et de morale, septembre 1902, p. 536. L'expression prêterait à la critique, prise à la lettre. L'auteur veut dire sans doute que les sciences naturelles arrivent moins aisément a formuler de vraies lois.
2. Cl. Beicsard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. Paris, J.-B. Baillière, 5* édit., p. 28.