‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 157 sur 201 · Ouv. cité · texte numérisé non relu

Ouv. cité

3. Ibid., 60. La biographie de M. Sivan, très émue et très émouvante, lait bien ressortir cette physionomie de grand chrétien, et nous sommes en mesure d'en garantir l'exactitude, l'âme d Edouard Delanglade étant une de celles que nous avons le mieux connues.

Mais pour montrer qu'en dehors même des quatre découvertes fondamentales, les croyants ont eu leur magnifique part dans les progrès de la chirurgie, il suffirait, après avoir rappelé les noms de Bell, de Récamier, de Dupuytren et de Cruveilhier, d'ajouter celui de Louis-Xavier-Edouard- Léopold Ollier (1830-1900).

Ce fut « un physiologiste perspicace et précis, un expérimentateur habile et judicieux, un clinicien prudent et sûr, un chirurgien complet, un savant hors ligne1 ». Mais il restera surtout dans l'histoire comme le rénovateur de la chirurgie des os, comme le créateur d'une doctrine et d'une école chirurgicales auxquelles une multitude innombrable de malades doivent ou devront d'avoir pu conserver des membres que l'ancienne chirurgie condamnait à l'amputation pure et simple2.

Duhamel et Flourens avaient démontré le rôle important du périoste dans la croissance des os et dans la réparation des fractures; Hein de Wurzbourg, et Larghi de Verceil avaient songé à faire, de ces doctrines, l'application à la chirurgie humaine; mais l'opération ne fut pas tentée sur le vivant. C'est alors qu'intervint Ollier avec son Traité de la régénération des os (1857-1858).

1. Eue Vincent, Eloge et biographie du professeur Léopold Ollier. Lyon, Imprimerie du Salut Public, 1911, p. 47.

2. Ollier « a pratiqué à lui seul 827 résections des grandes articulations. On ne saurait compter ses autres opérations » (Vincent, Discours, prononcé à l'inauguration du monument élevé à la mémoire du Professeur Léopold Ollier en sa ville natale des Vans. Lyon, Alex. Rey, 1906, p. 11). Pour le succès de ces opérations, voir Vincent, Eloge et biogr., 37 sq.

« Il démontra définitivement, par des expériences admirablement conduites, que le périoste est actif par lui-même et que rien ne peut le remplacer dans le processus de la régénération des os. Il montra en outre comment les articulations peuvent se reconstituer... Sur cette base de physiologie expérimentale, il a édifié la méthode des résections sous-périostées, qui est une des plus magnifiques conquêtes de la chirurgie moderne *. 11 a passé sa vie laborieuse à édifier ce monument scientifique avec une honnêteté absolue, avec l'unique souci de la vérité, souci porté jusqu'au scrupule. Ollier aimait la gloire, non pour ellemême, mais parce qu'elle est l'auréole de la vérité. — Cet amour de la vérité scientifique l'aurait certainement conduit à la vérité religieuse, si la mort ne l'avait pas foudroyé. Il était depuis longtemps converti in petto. Jamais je ne l'ai entendu dire un mot contre la religion. Il respectait les croyances de son entourage et favorisait leurs pratiques religieuses 2. »

Mais si Ollier n'est pas arrivé jusqu'à la pratique du catholicisme, il « croyait en cette vie future où l'ont précédé tant de bonnes actions...

1. « Aujourd'hui, ses travaux, ceux qu'il a inspirés à ses élèves, forment un ensemble parfait tant au point de vue doctrinal qu'au point de vue technique. Leur valeur s'est imposée à l'attention des chirurgiens du monde entier » (Lyon médical, XCV, 2 décembre 1900, p. 470). Le D' Vincent analyse l'ensemble des travaux scientifiques d'Ollier dans Le Professeur Ollier, Paris, Institut internat, de bibliog. scient.

2. Lettre que le D' Eug. Vincent a bien voulu nous écrire à la date du 29 sept. 1913.

Il ne pensait pas s'humilier en admettant l'existence d'un Etre suprême. Son génie se trouvait à l'aise avec l'idée de Dieu l. »

En résumé, si l'on veut bien se souvenir que nous avons pu revendiquer Cuvier, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, R. Owen, Van Beneden, J. Mûller, Mendel, Bichat, tous les plus grands noms; si l'on veut bien se rappeler le nombre et la qualité des croyants que nous avons nommés, à leur suite, dans ce dernier chapitre; si l'on veut bien prendre garde qu'ils occupent tous les premiers rangs, qu'on leur doit presque toutes les idées fécondes, presque toutes les découvertes importantes, presque toutes les voies nouvelles ouvertes au progrès : il faudra bien convenir que, jusque dans ce domaine où, de loin, semblaient dominer les incroyants, les croyants ont été, et de beaucoup, les meilleurs ouvriers de la science.

Et il nous reste, parmi les ouvriers des sciences de la vie, à nommer encore et à réclamer les deux plus grands : Cl. Bernard et Pasteur.

1. Vincent, Eloge et biog., 58. « Ancien élève et chef de cliniquo du professeur Ollier, plus tard son ami et souvent son collaborateur, M. Vincent a suivi jour par jour, pour ainsi dire, l'œuvre prodigieuse du maître. Il était donc tout naturellement désigné pour rendre au monde scientifique l'immense service de recueillir et de groupir, sans exception aucune, tous les travaux de l'il lustre chirurgien lyonnais » (Dr Artaud, rendant compte du Professeur Ollier par Vinci ni . M. Vincent était bien placé aussi pour témoigner des sentiments de son illustre ami.

Page 1