‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 167 sur 201 · Bovillaud, C. R. Acad. Se, LXXXVI (1878, i · texte numérisé non relu

Bovillaud, C. R. Acad. Se, LXXXVI (1878, i

4. Gkasset, Les Limites de la biologie. Paris, Alcan, 3" l d i t . , 1906, pp. 1(5 sq.

5. Cité par René Vallerï-Radot, La vie de Pasteur. Paris, Hachette, 13° édit., 1911, p. 173.

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demeurera dans l'avenir, un des principaux ouvriers1. »

On a bien souvent abusé de son nom et de son œuvre. Le sectarisme qui, maître de la Presse, était à l'affût de toutes les influences et de toutes les gloires pour les accaparer à son proiit, ne pouvait pas négliger cette proie, et il n'a que trop réussi à présenter Claude Bernard comme un tenant des idées matérialistes. Il a surtout, dans le même but, falsifié ses doctrines les plus populaires. Mais ce ne fut point la faute de la victime, sauf dans les débuts. Elève de Magendie, il parut d'abord accepter son héritage; mais il es répudia la philosophie au fur et à mesure qu'il se mit davantage au contact des faits et qu'il les domina mieux par ses réflexions personnelles. Sans doute il ne devint pas philosophe de métier, et il n'apporte pas toujours, à l'expression de sa pensée, même ou surtout dans les plus hautes questions philosophiques, toute la précision désirable2. Parfois aussi la pensée elle-même hésite, ou se laisse ballotter en des directions contradictoires 8.

1. Urinetière, Discours prononcé à l'inauguration de la statue de Claude Bernard, reproduit dans Discours académiques. Paris, Perrin, 1901, p. 80.

2. Par exemple, son étude sur les Fonctions du cerveau, dans La Se. expérim., 367-403, renferme des expressions critiquables, faute de certaines définitions ou précisions nécessaires.

3 Pourquoi et comment, c'est une quegtion de psychologie individuelle que le R. P Hahn a touchée à plusieurs reprises dans son article de la Hev. Quest. se, VII (1880), 443-491.

D'ailleurs, s'il s'est dégagé de l'héritage de Magendie, on pense bien que ce ne fut pas sans tâtonnements, et même dans « les œuvres dernières... la trace des préjugés vaincus subsiste et reparaît1 ». Enfin, il a écrit bien souvent de façon hâtive, et il s'en rend compte : « Je désire qu'on sache, écrivait-il en 1867, que les obscurités, les imperfections et l'incohérence apparente qu'on peut trouver dans mes divers travaux," ne sont que les conséquences du manque de temps, des difficultés d'exécution et des embarras multiples que j'ai rencontrés dans le cours de mon évolution scientifique. Depuis plusieurs années, je suis préoccupé de l'idée de reprendre tous mes travaux épars, de les exposer dans leur ensemble, afin de faire ressortir les idées générales qu'ils renferment. J'espère maintenant qu'il me sera possible d'accomplir cette deuxième période de ma carrière scientilique 2. »

Cet espoir a été déçu. Mais à ce grand honnête homme, dont « la bonne foi fut la qualité maîtresse3 », et qui a d'ailleurs pris à tâche de répéter sa pensée sous toutes les formes pour la mettre en pleine évidence, on doitdeprendresa pensée comme il la livre, sans le chicaner sur les mots. Or, à quiconque l'a lu d'un peu près, il est impossible de se méprendre sur certaines doctrines essentielles.

i. Chauffard, La vie, 112.

2. De la Physiologie générale. Paris, Hachette, 1872, pp. 338 sq.

3. Paul Bert, loc. cit., 29. « Sa sincérité était absolue », dit de son côté Vacherot, article sur Claude Bernard, sa vie et ses o?uv?-es, dans Hev. des Deux-Mondes, XXX (1878), 27(3.

Comme savant, il est déterministe, pour la bonne raison qu'un savant doit faire de la science et que « la science n'est que le déterminisme des conditions des phénomènes1 ». Elle n'existe en effet que dans la mesure où l'on « est arrivé à prévoir exactement les phénomènes de la nature et à les maîtriser 2 » ; mais on ne les prévoit et on ne les maîtrise que dans la mesure où ils sont rattachés à leurs conditions prochaines, et par là déterminables et déterminés 3.

Seulement, ce déterminisme n'exclut pas la liberté. « Lorsque j'employai pour la première fois le mot de déterminisme... je ne pensais pas qu'il pût être confondu avec le déterminisme philosophique de Leibnitz... Lorsque Leibnitz disait : « L'àme humaine est un automate spirituel », il formulait le déterminisme philosophique. Cette doctrine soutient que les phénomènes de l'âme, comme tous les phénomènes de l'univers, sont rigoureusement déterminés par la série des phénomènes antécédents, inclinations, jugements, pensées, désirs, prévalence du plus fort motif, par lesquels l'âme est entraînée. C'est la négation de la liberté humaine, l'affirmation du fatalisme. Tout autre est le déterminisme physiologique...

1. Introduction à V étude de la médecine expérimentale. Paris, Delagrave, 2* édit. , 1903, p. 319. « Le rôle du savant est de chercher à définir et à déterminer, pour chaque phénomène, les conditions matérielles qui produisent sa manifestation ». (Ibid., 124.)*

2. Ibid., 228 sq. Voyez aussi, 91, 105, 124, 137,347, sq. etc., Se. Expér., 55, 58, 127, 133, etc.

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