‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 58 sur 201 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Lamarck était oublié et où Darwin soulevait la réprobation violente et presque unanime du monde savant ': En attendant que Darwin nous dise que l'évolution est parfaitement conciliable avec les idées religieuses, il n'est pas sans intérêt de constater que celui qui, plus que personne, a contribué à introduire l'évolutionnisme parmi nous, était un admirable croyant.

Si Gaudry, en effet, croit à l'évolution, il sait et il proclame que « les êtres animés ne sauraient avoir eux-mêmes produit leurs forces vitales, car nul ne peut donner ce qu'il n'a pas. Quand nous imaginerions toutes les forces physiques ou chimiques, elles ne feront pas une force vitale et surtout une force pensante. C'est donc la cause première, c'est-à-dire Dieu, qui crée les forces2 ». Il sait et il proclame que le même Dieu, nécessaire au point de départ, se manifeste encore à toutes les étapes de l'évolution ; que « sous la direction du Divin Artiste, tout se coordonne, se pénètre, s'enchaîne à travers les espaces et les âges 3 » ; que a la nature est un pur miroir où se réfléchit la beauté divine 4 ». Et il s'écrie, à la lin d'un de ses

1. Vers 18S0 déjà, c'est-a-dire avant qu'on ne parlât de Darwin, GauJry avait préconisé la doctrine de révolution; voyez Edmond Puirier, France et Allemagne. Paris, Payot, 1915, p. 216.

2. Albert Gaudry, Essai de paléontologie philosophique. Paris, Masson, 1896, pp. 208 sq.

3 Albert Gaudry, Les Enchaînements du monde animal dans les temps géologiques. Fossiles secondaires. Paris, Savy, 1890, p. 300.

4. Albert Gaudry, Les Enchaînements, etc. Fossiles primaires. Paris, Savy, 1883, p. 5.

ouvrages, après avoir montré dans le changement, dans l'universelle mort, la suprême loi de la nature : « L'âme du paléontologiste, fatiguée de tant de mutations, de tant de fragilité, est portée facilement à chercher un point lixe où elle se repose ; elle se complaît dans l'idée d'un Etre infini, qui, au milieu du changement des mondes, ne change point1. »

En résumé, tant que nous restons parmi les grands hommes, dans les sciences de la terre comme dans les sciences exactes, nous ne rencontrons guère, parmi les principaux initiateurs, que des croyants.

Au-dessous des premiers rôles, les athées apparaissent, mais les croyants non plus ne manquent pas.

Citons, à titre d'exemples :

Jean-André Deluc (1727-1807) 2; John Mac Culloch (1773- 1835) ; 'François -Sulpice Boudant (1787-1850) 3; Gédéon-Algernon Mantell (1790-1852) 4; Hugh Miller (1802-1857); Wil-

1. Essai de Pal. phil., 212. Voyez encore une affirmation de sa foi dans Rev. des Deux-Mondes, 2* période, XIX (1859), 836.

2. Voyez Cuviek, Histoire des progrès des sciences naturelles. Paris, MDCCCXXVI, t. I, p. 165; Max. Marie, Histoire des sciences mathématiques et physiques. Paris, Gauthier-Villars, 1883-1888, t. IX, p. 8.

3. Voyez, par exemple, Beudant, Minéralogie et Géologie. Paris, 1872, Conclusions.

4. Voyez, par exemple, une profession de foi très catégorique

liam-Daniel Conybeare (1787-1857) ; André Bumont (1809-1837) l; Auguste-Henri de Bonnard (1 78 1-1 857) 2 ; G.-F.-L. Haussmann ( -1859) ; Gotthiel-Heinrich von Schubert (1780-1860)3; Pierre-Marcel-Toassaint de Serres (1782-1862) 4; Karl von Leonhardt (1779-1862); Heinrich- Georg Bronn,(1800-1862j s; Benjamin Silliman (1779-1864) 6 ; Edward Hitchcok (1793-1864) 7; Karl-Georg von Raumer (1783-1865); Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes (1788-

dans son ouvrage The Wonders of Geology, London, 6* édit. 1848, pp. 27 et 587.

1. La plupart de ces savants mériteraient beaucoup mieux qu'une simple mention, et notamment André Dumont. A lui seul ou aidé par sa femme, il a levé en détail la carte de toute la Belgique (de telle façon que la légion des géologues modernes n'a presque rien trouvé encore à modifier) et, dans les grandes lignes, la carte des pays avoisinants. Or « Dumont a fait autant d'honneur à la religion par sa fidélité qu'à la géologie par ses découvertes ». (Lefébvre, dans Fiev. Quest. Scient., 1901, p. 67.)

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