‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 71 sur 201 · Sachs · texte numérisé non relu

Sachs

3 Voyez son affirmation de la « Cause surnaturelle » dans l'origine des êtres, dans Hev. des cours scient., VII (1870,, 563.

4. Sachs, 220, 221. Il ajoute que la Selecta fungorum carpologia des deux frères Tulasne eut « la plus grande influence sur la réforme de la Mycologie ». Or cet ouvrage, magnifique in folio en 3 volumes, édité à Paris par l'Imprimerie impériale, 1861-1865, est rempli de cris de foi. Par exemple, dans le tome I, au verso du titre cette parole de Y Imitation : « De omni re et in omni scientia, utilitatis fructum alque Dei laudem et honorem quœrere ». Au verso de la Dédicace, une citation de Linné, rappelant encore que la fin de l'homme est d'honorer Dieu. En épigraphe du titre de la Préface : deux versets de la Bible (Eccl., XXXIX, 19 et 20). La préface elle-

encore dire que, s'il y a une philosophie botanique, c'est à un croyant qu'on la doit : Friedrich- Traugott Kûtzing (1807-1893) ».

Signalons encore Alexis Jordan (1814-1897) dont l'œuvre et l'influence, sans être absolument comparables, ne sont pas sans analogie avec celles de Mendel.

Lui aussi, a été, sa vie durant, ignoré ou critiqué. Il a même connu un pire destin : ses rares admirateurs, exagérant sa méthode, la rendaient ridicule, et le terme de jordanisme était presque une injure scientifique. Il tend à désigner aujourd'hui une branche de la science.

Si Jordan s'est fait tort par sa manière farouche et a priori de combattre tout transformisme; si même il est allé jusqu'à écrire que lorsque « certains faits paraissent contredire les conceptions nécessaires et évidentes de la raison, ils devront être toujours rejetés2 » ; on s'est aperçu qu'en

même (pages ix-xx) est tissée, pour ainsi dire, de textes scripturaires, et on y déclare avoir écrit l'ouvrage <t ad summi Opificis celebrandas laudes ». Ces mêmes sentiments trouvent leur expression à travers le texte et surtout dans la conclusion des Prolegomena (185 sq). La description des Erysiphii est encore précédée de ce verset des Macch., II, i, 24 : « Domine Deus, omnium creator, licet sis magnus in magnis, mirabilia tamen gloriosius operaris in minimis. »

1. Au sujet des sentiments religieux, pour les noms sans référence, voyez Kneller, 357 et 378, Dennert, 41, 49, 50.

2. Il est vrai que la phrase dans son contexte ne se présente pas avec cette brutalité : « Il faut remarquer, dit-il [De l'origine des diverses variétés ou espèces d'arbres fruitiers. Paris, J.-B. Baillière, 1853, p. 12), que, comme les lois des êtres ne peuvent être contraires à celles de la pensée, et que l'expérience ne donne jamais de résultats d'une valeur absolue, puisqu'elle est limitée dans son champ d'étude, s'il arrive que certains

102 les CHOYANTS ET LES PROGRÈS DE LA SCIENCE

paraissant faire fi de l'observation, il en faisait admirablement usage. « La faculté d'observation atteignait chez lui une finesse et une subtilité merveilleuses : il excellait à découvrir les plus minimes différences que pouvaient présenter les plantes considérées par ses devanciers, jusques et y compris Linné, comme appartenant à une même espèce. Et ce fut bien là le point de départ de son œuvre personnelle. Pour Jordan, eu effet, le critérium de l'espèce, c'est la consternée héréditaire de ses caractères, même les plus infimes, et cette constance, il faut la rechercher et la contrôler à la fois par une culture prolongée et méthodique. Et il est bien le premier botaniste qui ait exigé cette précision dans la délinition et dans la diagnose des espèces1. »

11 a de la sorte introduit dans la science la notion de V espèce jordanienne, — qu'on appelle encore petite espèce, ou espèce critique, ou espèce affine, — et qui a joué, ces derniers temps, un rôle considérable dans les discussions suscitées par les expériences de Hugo de Vries.

Jordan est mort « presque subitement, en revenant de la messe». Il y allait donc. Et on nous

faits paraissent contredire les concepts nécessaires et évidents de la raison, ils devront toujours être rejetés, et l'on pourra très bien conclure que, sur ces points, l'expérience est incomplète ou fausse, par conséquent en appel r à une expérience nouvelle, faite dans de meilleures conditions ». Et il résume dans cette phrase onze pages de raisonnements On pourrait trouver des phrases analogues dans Cl. Bernard, par exemple, dans inlrod. à méd. exp., 85.

i. CtAUDlus Horx. Les récentes applications du Jordanisme à la notion de l'es cce ri à l'agriculture. Lyon, Rey, 1909, p. 8.

le donne d'ailleurs comme un savant chrétien*. Et il faudrait encore nommer parmi les croyants : Adrien de Jussieu (1797-1853), le fils d'Antoine Laurent et qui ajouta encore à l'honneur de cette famille2; — Michel-Félix Dunal (1777-1836), l'un des plus brillants élèves d'Aug. de Candolle 3 ;

— Alphonse de Candolle (1806-1893), le fils d'Augustin et qui « a égalé la gloire de son père 4; »

— Benjamin Delessert (1773-1847), Karl-Adolf Agardh (1783-1839), John Lindley (1799-1865), Karl-Friedrich-Philipp von Martius (1794-1868), Heinrich-Theophilus- Ludwig Reichenbach (f 1879), Asa Gray (1810-1888) 5, Albert Wigand (1821-1886), Ferdinand von Millier (1825-1896) 6, décédé et combien d'autres!

Le Dr Dennert, qui a voulu nommer tous les grands botanistes, en a trouvé 45 7. Sur ce nombre, il y en a 10 dont les croyances lui sont inconnues.

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