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AVANT-PROPOS
Le lecteur qui, d’un doigt distrait, feuillette les récentes publications biologiques, en quête d’un, aliment pour sa curiosité lassée, ne sera guère tenté parle titre de ce volume.
La Parthénogénèse expérimentale ! Qu’est-ce que cela? Quelque vagué 'problème cactié dans les basfonds de la biologie ou' d’obscurs min.’eurs attaquent à coups de piocHè qiïelquès maigres filons, tandis que là-haut, en pfein ctelj.sè dressent, cimes majestueuses et inaccessibles-^ l’Hérédité'; la Variation, l’Origine des espèces, l’Évolution, l’Adaptation, laissant voir sur leurs premières pentes quelques sentiers hardis et périlleux. Lamarckisme, Darwinisme, théories de Weismann, de Hugo de Vries' et d’autres moins célèbres, ignorés des touristes et connus des guides seuls.
En dépit de cette impression première, ami lecteur, la Parthénogénèse expérimentale est un pro-
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blême non moins fascinant que ceux dont les noms viennent d’être évoqués, et si son programme est moins vaste, si ses visées sont moins hautes, il ne le cède à aucun par la hardiesse de la conception et l’emporte sur presque tous par l’imprévu des résultats.
Qu’est-ce donc que cette Parthénogénèse expérimentale inconnue hier et qu’on vous annonce aujourd’hui avec de pareils sons de trompette?
Pour l’intellectuel nourri surtout de littérature, la Parthénogénèse expérimentale suscite par son origine étymologique (Parthénos, vierge. Génésis, génération) l’idée d’enfantement par une vierge et évoque le souvenir biblique de la Vierge Marie donnant le jour à l’Enfant Jésus sans avoir connu l’homme.
Dans l’espèce humaine, la Parthénogénèse n’a été vue que par les yeux de la foi ; il n’en est pas ainsi dans les rangs inférieurs de l’animalité, et même à ce degré, la chose est si extraordinaire qu’elle a dû, au début, être accueillie par les esprits prudents avec certaines réserves, sinon même avec incrédulité, en dépit des observations les mieux établies et des expériences les plus probantes. N’est-ce pas en elTet une chose bien singulière que, puisqu’il existe des sexes dont la coopération pour la continuation de l’espèce semble une nécessité inéluctable, on trouve de-ci de-là, dans la nature, quelques cas où des femelles vierges pondent des œufs qui se développent sans le concours des mâles, tandis que ces mâles sont là, présents et
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inutiles, tout à côté ou à peu de distance dans le cycle évolutif?
On sait quelque chose des conditions dans lesquelles se produit cette Parthénogénèse naturelle : l’œuf, avant d’être tout à fait mûr pour la fécondation, se présente avec les caractères d’une cellule complète à laquelle il ne manque rien de ce qui est nécessaire à toute cellule pour se diviser et. donner sa lignée de cellules-filles. Or, cette lignée, pour l’œuf, c’est fembryon. Il est donc un stade dans la vie de l’œuf où celui-ci est complet et serait en état de fournir sa descendance sans intervention étrangère, c’est-à-dire sans fécondation, s’il n’était ■ à ce moment pas encore tout à fait mûr. Or, la période où il mûrit s’accompagne de curieux phénomènes par lesquels il se dépouille d’une partie de ses éléments constitutifs les plus indispensables (la moitié de sa chromatine nucléaire et la totalité de son centre énergétique, le centrosome) et se met par là, si j’osais ainsi dire, de propos délibéré, dans l’impossibilité de continuer à se développer seul et dans la nécessité d’avoir recours à la fécondation pour récupérer, par l’apport de l’élément mâle, ces parties indispensables qu’il avait rejetées. Dans la Parthénogénèse naturelle, les phénomènes si spéciaux accompagnant la maturation ne s’accomplissent pas, du moins dans leur intégralité, et l’œuf mûr reste pourvu, ainsi qu’on le verra plus en détail dans le chapitre consacré à cette question, des substances et organes nécessaires à son évolution ultérieure.
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Si la Parthénogenèse expérimentale consistait à obliger l’œuf à se conformer à ce second mode de maturation, c’est-à-dire à mûrir sans se priver des parties nécessaires à son évolution ultérieure spontanée, ce serait déjà une chose bien extraordinaire qu’on ait pu l’y contraindre. Mais il n’en est pas ainsi : dans la Parthénogénèse expérimentale, l’œuf parcourt librement toutes les phases de la maturation naturelle et se met dans cette condition où il ne saurait plus se développer seul sans le secours de l’élément fécondateur. Eh bien, c’est là qu’on le prend et qu’on le force à se développer seul sans fécondation, en remplaçant l’intervention de l’élément mâle par celle de simples ingrédients chimiques et même des plus simples, mais appliqués, il est vrai, et dosés avec une précision rigoureuse, condition indispensable de la réussite des expériences.
Les œufs des diverses espèces animales ne se prêtent pas tous à cette évolution artificielle, mais fort grand est le nombre de ceux que l’on a pu y contraindre; et si la plupart jusqu’ici n’ont pu dans ces conditions fournir que des larves ou même des débuts plus ou moins avancés de segmentation, il est un cas au moins, celui de l’oursin vulgaire, où l’un des auteurs de cet ouvrage a pu conduire cette évolution jusqu’à la forme adulte pourvue de produits sexuels et fermer ainsi le cycle évolutif de la Parthénogénèse expérimentale.
Était-il donc exagéré de dire que cette question de la Parthénogénèse expérimentale n’a pas de
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rivale dans la Biologie par la hardiesse presque invraisemblable de ses ambitions et par l’étrangeté stupéfiante de ses résultats. Et cela d’autant plus que toute son évolution s’est faite dans le cours de quelques années : il n’y a pas vingt ans que la chose et le nom étaient lettre morte dans le vocabulaire de la Biologie Générale.
Après ces généralités sur la parthénogénèse expérimentale, donnons quelques explications sommaires sur le plan suivi dans cet ouvrage. Notre but a été moins de faire un exposé chronologique complet, moins de rendre à chacun ce qui lui est dû, en distinguant avec soin sa part dans le résultat final, que de montrer d’un point de vue élevé l’évolution graduelle des idées des biologistes dans la question de la Parthénogénèse expérimentale, les phases par lesquelles elle a passé, le terme atteint. Et si nous avons fait ainsi, c’est parce que cela nous a paru plus intéressant pour le lecteur que de savoir d’une façon particulièrement précise quelle part revient à chaque auteur.
Une de nos préoccupations principales a été de ne rien laisser d’obscur dans l’esprit du lecteur et pour cela, au lieu de supposer connues nombre de notions très spéciales nécessaires à la parfaite compréhension des théories, nous avons consacré quelques chapitres à un exposé aussi clair que possible de ces différentes notions. C’est ainsi que l’on trouvera tout au début un chapitre relatif aux phénomènes cytologiques de la maturation de l’œuf et
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des particularités qu’ils présentent dans la Parthénogénèse naturelle. Nous nous sommes documentés à ce sujet auprès d’un homme particulièrement compétent en ces matières, M. le Professeur Henneguy, du Collège de France, qui a bien voulu nous fournir nombre d’indications très précieuses. Nous lui en exprimons ici toute notre reconnaissance.
On y trouvera aussi un chapitre sur le développement de l’œuf et des formes larvaires des animaux dont il est le plus souvent question dans ce livre. Comment comprendre en effet les passages où il est parlé à chaque instant de blastules, de Pluteus, de Brachiolaria et de leurs métamorphoses si l’on ne sait rien de l’embryogénie de ces êtres ? Nous avons emprunté la plus grande partie de ces données, avec les figures correspondantes, au Traité de Zoologie Concrète^ de Delage et Hérouard.
Enfin, nous avons cru tout à fait nécessaire, et c’est là à notre avis un des traits les plus originaux et les plus utiles de ce livre, d’entremêler l’exposé biologique de petits chapitres de physicochimie où se trouvent expliquées, au fur et à mesure que le besoin s’en fait sentir, de façon aussi claire que possible et aussi complète qu’il est nécessaire, les données physico-chimiques sans lesquelles il est impossible d’avoir une idée nette de la façon dont les facteurs invoqués exercent leur action. Pour cette partie de l’ouvrage, nous avons fait de larges emprunts à un travail publié par l’un
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de nous, il y a quelques années, dans la Rivistà di Scienza et spécialement consacré à cet ordre de questions.
Tel est notre programme. Nous le croyons sincèrement bien compris. Au lecteur de dire si nous avons été aussi heureux dans la façon dont nous l’avons rempli.