HÉSULTATS DES APPLICATIONS E LÀ PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES
Toutes les applications de la participation aux béDéfieél n'ont pas réussi : ainsi (jue nous l'avons signalé précèdes ment, le système aurait cessé d'ôtre en vigueur dai 131 cas sur 387.
Au point de vue des enseignements qu'ils apportent, Il échecs méritent peut-être plus encore que les réu&sitfl l'attention de l'observateur : c'est à leur étude que noiM consacrerons le premier des deux paragraphes dont i composera ce chapitre.
Le facteur qu'il importera le plus de moltre en lumière; est la cause des résultats produits dans l'un et l'autre sen? On trouvera donc dans le paragraphe 1 en quelque l'aperiju des inconvénients delà participation, tandis qu le parayraphe 2 sera comme l'exposé de ses avantages.
S 1 . — Les échecs.
11 importe d'aiiord de s'entendre sur ce que l'on est i droit d'appeler des insuccès: ce ne sont pas des projets non parvenus à maturité, des tentatives n'ayant jamais subi l'épreuve de la pratique. Ce ne sont pas non pi des cas où le retrait de la mesure a été manifestemeDi;
amené par des causes étrangères aux principes de la participation : par exemple, la liquidation de l'entreprise, les pertes constantes, la mort du patron, une crise commerciale, etc. Nous ne pouvons considérer comme des échecs que des expériences réellement faites et dont les circonstances défavorables amenèrent l'interruption : celles-là seules pourront d'ailleurs fournir des indications utiles pour la critique du système. MM. Gilman et Katscher font déjà, dans leur étude, cette distinction fort rationnelle ; les renseignements précis recueillis par M. Schloss et mis à jour annuellement par la Labour Gazette^ ainsi que les informations publiées par M. Monroe, nous permettent de compléter leurs données, au moins en ce qui concerne l'Angleterre et les Etats-Unis.
Quelle est la proportion de ces échecs par rapport à ^ l'ensemble des applications réalisées ? SI sur 387, soit 13 0/0.
Si nous essayons de grouper ces divers cas d'après des caractères communs, nous reconnaissons d'abord qu'il n'est pas possible de prendre pour base le genre ou la spécialité de l'entreprise, les insuccès se rencontrant aussi bien dans l'industrie, que dans le commerce et l'agriculture ; d'autre part, il en est survenu dans des entreprises absolument identiques à celles où s'est maintenue la participation (1).
Quant à l'influence qu'aurait pu exercer l'état social ou économique des pays, elle paraît également négligeable.
Enfin, le mode d'application de la participation ne peut davantage nous éclairer : contractuelle ou discrétionnaire,
(1) MM. Gilman et Katscher apportent de ce fait des preuves nombreuses (Cf. pp. 293 et 291).
64 PREMIÈRE PARTIH, CUAUTRE ilt
elle n'est point épargiKÏo, quelles que soient les modalités de l'organisation.
Nous nous bornerons donc à rapprocher les insucti's qui ont été amenés par des causes identiques ou semblables.
Observons cependant que l'on ne peut guère tirer de conclusions probantes, d'applications qui eurent une durée si courte que leurs effets eurent à peine le lemps de sW quisaer. Admettant la nécessité d'une épreuve de quatrç ans au moins, nous réunirons dans une premifere catégo^ ries viufft-huit expériences interrompues au bout d'un lapt de temps moins long, et dans une seconde, les vingt-trois autres, en comprenant parmi celles-ci quatre de duréç' inconnue. C'est sur les derni&res que nous insisterons (• plus longuement.
A. — Essais d'une durée inférieure à quatre aiu.
Vingt-trois échecs doivent être attribués à ce que les vriers ne témoignaient d'aucune qualité nouvelle, ou à M que, insuffisamment cultivés, ils ne comprenaient pas lï portée de la mesure, de sorte que l'industriel, loin d'en cueillir des avantages, y voyait une source d'inconi nients (Fabrique d'instruments de précision Troughl et Simons, i Londres et Charlton ; — Ateliers de construi tion de charpentes Aitken, Doit and Son fi Edimbourg ; -^ Blancliisseries de linge J. et S. Wood à Londres; — J. Bromhead à Westbury. près Bristol ; — Compagnie tramways de Londres, Deptford etGreenwîch ; — Atelii de construction R. Mushet et G" à Leith : — Brass Hancock à CardifT; — Moulin Peel à Lincoln ; — Fondi rie Hickman h Wolverhampton ; — Atelier de peintu: * décorative Ratclille à Bolton ; — Boulangerïe-épicei
Williams à Didsbury ; — Filature de coton Keller frères, à Fischenthal, Zurich ; — Laminoirs Norton frères, à Chicago ; — Quincaillerie d'Ansonia. Etats-Unis d'Amérique ;
— Magasin Siegel, Cooper et Gie à Chicago ; — Ateliers de construction à Watertown (New-York) ; — Manufacture de chemises Heywood et Cie, à Elisabeth (Etats-Unis d'Amérique) ; — Imprimerie Wright et Potter à Boston ;
— Entreprise forestière, à Malvern (Etats-Unis d'Amérique). Dans deux cas, la reconnaissance du droit à la participation fit même naître chez les ouvriers des exigences outrées et des revendications inadmissibles (Entreprise de constructions Baur et Nabholz, à Seefeld, Zurich ; — Fabrique de cirages Moekel et Kollman, à Rlilzheim, Baden). Dans deux autres, la participation avait été représentée par le patron comme une faveur accordée à certains ouvriers (imprimerie J. Collard à Londres), ou comme une condition de désaffiliation des Trade-Unions (usine métallurgique J. et H. Gwynne à Londres).
Les cinq autres insuccès ont été produits par divers accidents de la vie industrielle : hostilité des socialistes (Fabrique de cigares Keilplug et Cie à Berlin et minoterie Nietz à Berlin) ; — grèves, amenant lo retrait, par mesure de représailles, delà participation discrétionnaire (Fabrique de voitures Brewster et Cie, à New-York ; — Compagnie minière Union Mining Company, à Mount Savage, Etats- Unis d'Amérique) ; enfin, hausse des salaires accordée aux ouvriers avec condition de réduction proportionnelle du dividende de participation, lequel est ainsi devenu nul à la suite d'une année peu favorable (Compagnie d'exploitation du granit à Westerly et Hartford, Etats-Unis d'Amérique).
■REMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE 111
B. — Essais d'une durée supérieure à quatre aiia.
Défalcation faîte d'un » motif inconnu », la cause essentielle parait être l'absence d'effets favorables ou même un résultat défectueux : la participation ayant abouti a statu quo dans les affaires du patron, celui-ci n'y trouve plus aucun avantage el la supprime.
Mais si ce fait général se rencontre à l'origine de nombreux échecs, il n'a pas toujours ^X6. la cause déterminant» du retrait de la réforme : dans beaucoup de cas, il a fallu que les bénéfices de la maison fussent ou devinssent si restreints que la quote-part de chaque participant reprfri sentait une somme absolument trop minime pour étr distribuée. Ces cas formeront un deuxième groupe.
Un troisième, le plus important à divers titres, renfa mera ceux où Tissue défavorable est imputable aux maoi vaises relations existant entre patrons et ouvriers.
I. — Résultats défavorables. — Dans quatre cas, la seuU cause remarquée l'st l'absence de résullats avantageux pour le patron (Youngand son, marchands de cuir àEdimboui^ [1887-1895| ; — Maison d'impression et d'édition Scott à Newcastle 0/T [1889-1894] ; ~ Atelier tle construction ï meston and son, Salford [189Û-189S] ; — Imprimerie « librairie Petty and sons, Leeds [1892-1894]).
Motif analogue, mais mieux spécitié dans le grand ata lier de reliure B. CoUins à Londres (1871-1877), où le p tron n'a pas constaté chez ses ouvriers le surcroit de z^W auquel il s'attendait,et s'est plaint de ce qu'ils n'étaient p attachés à la maison ; et pour la boulangerie Hill and s de Londres ( 1 872 — ?), oi!i << les bons sont restés aussi bom et les mauvais aussi mniivais qu'avant l'introduction d la mesure ». Dans une soûle application, les ouvrie^
eux-mêmes ont décrété Tabaiidon de la participation (Maison Lenoir, à Paris, peinture en bâtiments, 1870-1887). Mais il faut noter que le système introduit par M. Lenoir père avait produit, d'après ses propres dires, en 1883, d'excellents résultats. D'autre part, il avait été mis en vigueur à la suite d'une longue période de grèves et il n'avait vraisemblablement pas suffi à éteindre les animosités. Enfin, les ouvriers trouvaient un appui inattendu chez M. Lenoir fils, qui, succédant à son père^ était loin de partager les idées de celui-ci en matière de rémunération du travail.
Chez M. Gélestin Martin, constructeur de navires (Verviers,Belgique [1866-1870]), les ouvriers mécontents d'une proposition d'association avec leur patron, la rejetèrent et mirent tout à la fois fin à la participation.
A l'imprimerie Schindler (Mollis, Suisse [1867-1872]), les participants faisaient un si mauvais emploi de leur bonification que l'on se vit forcé de les en priver.
I bis, — Résultats défavorables et bénéfices restreints. — Les ouvriers de MM. Geilinger frères, fabricants de calicot (Winterthur, Suisse [1867-1877]), ne parvenaient pas àcomprendre que la négligence d'un seul d'entre eux leur causât à tous un dommage. Ils étaient d'ailleurs travaillés par les agitateurs socialistes. On conçoit qu'ils n'aient pu, en de pareilles dispositions, accroître les bénéfices qui ne permettaient, en général, que des répartitions de 1 à2 0/0 du montant des salaires. Ceux-ci avaient d'ailleurs augmenté pendant l'espace de'dix ans de 20 à 30 0/0. Les circonstances sont analogues, compliquées ici de mauvais emploi des sommes distribuées, là, de débâcles financières, pour les entreprises suivantes : le tissage de soie von Bruck, de Grefeld (1867-1877) ; une fabrique de chaussures à
PREMIÈRE I-ARLIE. — CHAPITRU III
Worcester, Etals-Unis (1867-1873); une iilaturc de cotoa à Kaufbeuern (1871-1879) ; la corroierieReymond à Morges, Suisse (1871-1877) ; la maison d'électricité Gaiffe, de Paris (1880-188S) ; une fabrique d'engrais chimiques k Newark (18S2 ^ ?) ; la manufacture d'objets en laiton Borchert, de Berlin (1868-1872) ; la maison d'éditions musi- I cales J. Curwen à Ptaislow et Londres (1866-1872) ; la] filature de coton J, Thoraasson and Son à Bolton (1873-1 1877).
II. — Mauvaises relations entre patrons et ouvriers. — 1 lîcartant le cas de la fabrique de papier de Tiiode, àHains-^l berg, Allemagne (1873 — ?), oii il faut mettre en causef les socialistes, nous noua arrêterons quelque peu sur celui des forges de MM. Fox, Head et Cie, de Middeshorongh (1866-1874), pour terminer par des diîiails plus complets sur celui des Houillferes Briggs, de Whitwood (1865-I87i) auquel se rattache celui des niiuos Briggs de Middlosbo- | rough(1870 — ?)
Dans l'un comme dans l'antre cas, la cause essentielle \ de l'avortement glt dans l'hostilité des patrons contre le» | organisations ouvrières : refusant de reconnaître non seulement l'autorité, mais l'existence des Trade-Unions, ilaj ont voulu ruiner leur inHuence en leur enlevant leur| principal moyen d'action : l'agitation en faveur de l'aug- i mentation des salaires- Dans l'un comme dans l'autral aussi, la participation a été introduilc au milieu d'une Ion- J guc période de grèves et de conflits de toutes sortes. Dana J l'un comme dans l'autre enfin, dès l'instant où lesouvrieral furent retournés ft leurs unions professionnelles, et eurentq manifesté quelque velléité d'autonomie, la réforme s'esi^ trouvée condamnée.
Il est bien vrai qu'en 1872, M. Head écrivait : « Il nous^
faut, quoiqu'à regret, avouer que des ouvriers comme les nôtres sont, en général, trop ignorants pour comprendre les améliorations que nous réalisons et pour pouvoir s'en montrer dignes. » Mais Tétude attentive des événements qui se succédèrent de 1866 à 1874, et de ceux qui les avaient précédés, met cette affirmation à sa véritable place, l^es débuts avaient été fort difficiles : pendant les deux premières années, il n'y avait pas eu de bénéfices à partager ; néanmoins, les ouvriers n'avaient pas élevé de protestations ; tout au contraire, leur attitude était devenue si conciliante que les patrons, encouragés, prorogèrent pendant cinq nouvelles années l'institution de la participation. Si celle-ci ne put se maintenir, c'est qu'elle était accompagnée de conditions qui la viciaient dans son principe même : les participants devaient s'engager à quitter leurs Unions, à rester attachés à l'établissement et à accepter toutes les décisions de la direction relativement aux salaires. De son côté, celle-ci prélevait, avant toute répartition, un intérêt de 10 0/0 au profit du capital.
Le cas des Houillères Briggs est hautement intéressant : ce fut la première application industrielle en Angleterre : son importance était considérable, car elle s'étendait à un personnel de plus de mille ouvriers: et cela ne fit qu'accroître le retentissement d'un échec survenu après neuf années, pendant lesquelles l'attention du monde entier avait été appelée sur cette pacifique révolution. « Révolution » n'est pas excessif, quand on songe qu'à la guerre industrielle dévastant depuis dix ans les exploitations de Whitwood, avait succédé en quelques mois une paix sociale que Ton croyait durable et assurée. Et le brusque écroulement émut d'autant plus vivement l'opinion pu?
70 l'BEJilfllE l'ARTlK. CHAPITRE HI
bliquc qu'il resta sept aiis inexpliqué : ce n'est qu'en 1881 que M. A. Briggs publia un mémoire qui constituait une précieuse contribution à l'histoire économique de l'Angleterre(l). C'est au sujet de ce document que M. Sedley- Taylor, et après lui MM. Gilman et Katscher, ont développé de fort intéressantes considérations auxquelles se mêle un vivant récit de ce qu'on a appelé le cas Briggs. Nous devons nous limiter à leur emprunter quelques traits pour une rapide esquisse.
Nous avons déjà, dans les deux cbapitres précédents, signalé le motif qui poussa MM. Briggs à inaugurer la participation (Voir page 18), le mode de répartition du dividende de participation (Voir p. 37) et les modifications administratives introduites (Voir p. o9).
En 1865, les bouilleurs de Whitwood n'avaient pas de haine plus profonde que celle de leur patron : n Tous li propriétaires des mines sont des démons et Briggs est leur roi », disait l'un, h Si Briggs avait des cornes, ce serait le diable en personne », ripostait l'autre. La Direction avait ouvertement déclaré la guerre aux Trade-Unions de charbonniers ; pendant une grève sanglant<>, elle avait expulsa les ouvriers de leurs demeures, au milieu des rigueurs de l'hiver. L'exploitation se soldait en pertes et les pourparlers étaient engagés pour vendre la concession, au prix de grands saurifices.
Le 1" juillet 1865, M. Henri Briggs introduit la participation, n Voilà une bonne affaire, disent les houilleurs, mais elle vient de Briggs : méfions-nous et abstenonsnous ! »
|1) Ce Uéuioiru ml rcpruduU en anaeie dunâ te livre de M. -Scilley TaTlor, Pi-a/it Shar-inn betuieen Ca/iilal and Luhow. Traduction daos le flullélin de ta Participation, t. VIII, p. 43.
RÉSULTATS DES APPLICATIONS 7i
Le i®' juillet 1866, les participants — le quart à peine de la population ouvrière — reçoivent 1800 livres sterling en partage.
Le 1®' juillet 1867, les quatre cinquièmes des ouvriers ont adhéré et touchent 2,700 livres sterling. L'intérêt du capital est élevé de 5 à 10 0/0 ; un dividende de 3 1/2 0/0 est distribué ; les bénéfices ont triplé. La paix est rétablie ; les contestations sont vidées sur le champ par la voie de la conciliation ; la solidarité des intérêts a tué tous les antagonismes ; le même mineur qui maudissait « le démon » Briggs, déclare « la participation une institution qu'il faut bénir, parce qu'elle bannit du monde tant de mauvais sentiments ».
En 1869, la Direction appelle dans les conseils de la Compagnie un délégué des ouvriers possesseurs d'actions. La renommée acquise est bientôt si étendue que de toutes parts accourent les travailleurs venant grossir l'armée industrielle de MM. Briggs.
En 1871-1872 s'ouvre pour les charbonnages une période d'énorme prospérité : le dividende s'élève à 10 1/2 0/0. En même temps, dans tous les districts houillers, les salaires haussent de près de 30 0/0. Whitwood suit, car il a été stipulé que les ouvriers ne pourraient pas toucher un salaire inférieur à celui de la région. Mais^en même temps la Direction juge équitable d'augmenter dans la même proportion l'intérêt du capital (Voir chap. Il, § 1, p. 25).
En 1874, la réaction commence : les salaires baissent partout ; une grève générale éclate. A Whitwood, on annonce la réduction des salaires, mais on maintient le taux de l'intérêt: aussitôt, associés et participants reprennent le chemin de la Trade-Union et chôment avec ensemble pendant quatre semaines.
72 PRESIIÈHE i'AHilE. — tllAPlTKE III
Six mois après, rassemblée générale des actionnaires se réunit et déclare qu'en présence de rinefficacilé de la participation à empêcher les grèves et à arracher les ouvriers à la direction des syndicats, cette mesure est rapportée.
Ce fut la fin de la participation aux houilli^rE MM. Uriggs à Whitwood.
En 18S1, mourut celui qui s'en était fait l'apûtre et leé houilleursqai, en 1865, avaient adressé à M, Henry Brig une lettre le menaçant de mort, envoyèrent à sa veuv&j seize ans apr&s, un hommage ému, comme « un souvenij cordial pour celui qui n'est plus et dont ils conservesl avec piété l'image dans leurs chambres et leurs salles dfl réunions, en mémoire du bien immense qu'il a fait >
Il ressort visiblement de cet aperçu que, abstractio faite de la mesure discutable du maintien du taux de l'ii térôt fixe au moment de la réduction des salaires, les c^pi talistes de Whitwood n'étaient pas pénétrés de la véritabl portée de la participation : ils voulaient y voir une pani cée qui les eût mis h l'aLiri des conllits industriels et an leur eût permis d'imposer à leur personnel des condition autres que dans les exploitations concurrentes. Us oq bliaieat non seulement la situation troublée qui av( précédé l'établissement delà participation, mais surtom l'influence prédominante du milieu social, qui devait reil dre les ouvriers solidaires des tendances et de lapolitiqu générale de leurs compagnons, En somme, il semble h\m que, dans le « cas Briggs >i, c'étaient plutôt les patron que les ouvriers, qui n'étaient pas préparés à la réform*
Les circonstances qui accompagn^^ent la suppressioj
de la parlicipalion aux mines de Middlesbiirough{/Vo/'fA
UÉSDLTATS DES APPLICATIONS 73
Ënffland fndusirial Coal and Iron Co),où le fils de M.Henry Briggs Tavait introduite, sont identiques à celles qui viennent d'être relatées : lorsqu'il y avait des menaces de grève, les ouvriers n'en faisaient pas moins cause commune avec lesTrade-Unionistes.
Avant de clore les observations que suggère Texamen des insuccès de la participation, il peut être utile de noter que, dans un assez grand nombre d'exemples, ce mode de rémunération du travail a succédé au paiement des salaires à la pièce et que, dans d'autres, il a été remplacé par le système des primes ou de Téchelle mobile.
§ 2. — l^s réussites.
C'est ici véritablement que trouvera place Texposé des avantages de la participatio7i. Nous les signalerons sans commentaires tels que les fait apparaître Tétude des applications.
Le fait dominant est celui-ci : la majorité des maisojis ayant introduit la participation ont vu s'accroître la productivité du travail des ouvriers. C'est ce que M. de Courcy, administrateur de la Compagnie des Assurances générales, exprimait en disant : « 11 n'y a plus de mérite pour la compagnie à appliquer ce système, parce qu'elle en retire réellement des avantages. » Le taux d'accroissement est très variable suivant les industries et les établissements : d'après certains patrons, le surplus des bénéfices créé par le rendement supérieur du travail couvrirait et au delà, la part accordée aux ouvriers; d'après le plus grand nombre, la compensation ne serait que partielle.
74 PHEMU^iBE PAKHE.
Un autre résultat d'ensemble se dégage avec netteté cost que l'i7nporlance de /' accroissement de productivité dépend de la pari du prix de la main-d'œuvre dans le pri de revient du produit, — en d'autres termes : de di entreprises ayant, suivant la pittoresque expression M. Srtimoller(l), leur centre de gravité l'une dans l'outillage mécanique, l'autre dans un travail manuel supposant un certain apprentissage, la seconde procurera un boni plus élevé que la première.
orix^
A des pointa de vue plus spéciaux, lu grande majorît des industriels participationnistes constatent que leurs lations avec leur personnel se sont notablement amétit rées, au point même de rendre les grèves absolument a ceptionnelles ; que les ouvriers font preuve de plus t zèle et d'application au travail, et qu'ils montrent dai une foule de circonstances un réel intérêt, voire de l'attw chement, pour l'entreprise qui les emploie. On ne se ttjà guère une idée, de l'ingéniosité dont est capable dans I défense des intérêts d'une firme, un ouvrier participant ses profits. M. Gilmun en a recueilli de nombreu traits.
Môme ces heureux elfets se traduisent dans la vie pri vée du travailleur ; ainsi, le représentant de la maiso Leclaire déclarait à l'enquête fran(;aise de 1884-87 : " L'oi vrier se tient mieux; il ne fait jamais le lundi; il s« qu'il remplit une mission et qu'il doit, par sa tenue, ^ politesse envers les clients, représenter une maison kl prospérité de laquelle il a tout intérêt. »
M. Gilman a montré aussi combien la participation di minue la nécessité et la difficulté de la surveillance :
(1! Revue dVcanomie puiitique, Uïrer 1B91, p. 190.
patron déclare qu'il peut s'éloigner pendant plusieurs semaines sans aucun risque.
D'autre part, il résulte de la récente enquête de M.Scliloss en Angleterre que les ouvriers participants suggèrent des économies et des améliorations, qu'ils indiquent à leur patron les irrégularités qui viennent à se produire, qu'ils dénoncent les paresseux ou les contraignent à travailler davantage : un système de fraude très compliqué imaginé par un contremaître est découvert et dévoilé par ses subordonnés ; une irritation violente se manifeste contre un caissier coupable de détournement (1). L'ensemble des informations recueillies par le consciencieux rapporteur anglais tend, en somme, à montrer quHntroditite dans des conditions favorables^ la participation amène une amélioration générale du travail fourni {an ail-round improvement in the work donc).
On pourrait se demander quel a été l'effet de la participation ^ur^ le taux des salaires.
A cet égard, les opinions, sans être absolument unanimes, sont cependant fortement en faveur du maintien du taux normal. On trouvera aux annexes (n** V), un tableau (extrait du liyre de M. Villey, La Question des Salaires)^ qui fournit pour un établissement suisse des constatations précises.
Nous rapportons également deux cas de maintien du taux des salaires (Voir pages 66 et 70).
Par contre, on a communiqué en 1894 au congrès coopératif d'Angleterre , un tableau duquel il résulterait que les salaires sont inférieurs dans les sociétés coopératives pratiquant la participation que dans les autres ; seulement la comparaison a porté d'abord sur un nombre
(1) Cf. M. Ansiaiix, Heures de travail et salaires^ p. 195-196^
PREMIÈRE PAHTIE. ^ CLIAPITOE 111
insignifiant de sociétés et, en outre, sur des sociétés dont !es conditions d'exploitation étaient tout à fait diil'érenles, de sorte que le journal Labour Co-parlnership dénie toulp valeur à la dite communication {!).
Le témoignage suivant est plus probant, notamment en ce qui concerne l'Angleterre : M. Schloss a recueilli auprts des Trade-Unions elles-mêmes des renseignements relativement à la moitié des applications existant en Angleterre en 1 893 ; de ces 50 cas, il faut en défalquer d'abord 15, ofi l'absence de Trade-Uuîonsn'a pas permis d'obtenir les informations demandées ; parmi les 35 autres, il n'yen a que 8 où l'on ne paie pas le taux courant ou le taux établi par les syndicats. Les trois quarts des entreprises parti ci pationnistes étudiées payaient donc le tarif ordinaire des salaires.
La conclusion que MM. Gilman et Katscher mettent à leur consciencieuse enquête est également très significative : u Les entreprises participationnistes, écrivent-ils, paient des salaires au moins aussi élevés que n'importe quelle autre, et le taux des salaires y hausse quand il hausse ailleurs " (2).
D'ailleurs, le seul fait de la subsistance de 230 applications parle assez haut : en général, les ouvriers consen*' tiraient difficilement, notamment en Angleterre, à toucher un salaire moindre que leurs compagnons d'un établissfr^ ment similaire, mais non participationnlste. Dans les cattrès rares, comme celui de la New-England Granité Workl^ (Voir p. 65), oïl les patrons ont voulu arguer de l'instiltt-.' tion de la participation pour refuser une augmentation de' ' salaire, les ouvriers se sont soulevés et ont provoqué la suppression de la mesure.
(1) Numéro do mnrs iWi.
(ï) Ouvrage citi', p. 32;).