‹ La participation aux bénéfices: contribution à l'étude des modes de rémunération du travailChapitre 33 sur 53 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Nous pouvons, à présent, formuler en connaissance de cause les conclusions qui se dégagent de cet examen de la participation au triple point de vue des faits, de la science économique et du droit.

La participation aux bénéfices, représentée par les patrons comme une libéralité, par les ouvriers comme une restitution et par les idéalistes comme une association, n'est autre chose qu'un mode de "rémunération du travail.

Comme telle, elle ne constitue pas, dans le domaine économique, une institution d'exception : elle accentue simplement avec plus d'évidence la tendance d'évolution des modes de rémunération du travail, qui pousse, conformément à la nature des choses, le capital à reconnaître dans le travail la personnalité du travailleur, et à lui faire partager les chances de l'entreprise commune.

Comme telle encore, elle apparaît sous une forme qui, sans se trouver susceptible d'application générale, ni arbitraire, doit être regardée, au point de vue théorique, comme économiquement, moralement et socialement supérieure aux systèmes de rémunération connus jusqu'à ce jour. Economiquement, parce que, d'une part, pouvant compléter chacun de ces modes de rétribution, elle ajoute à leurs avantages propres celui d'embrasser tous les élément^ de la productivité du travail, et que, d'autre part.

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parmi les diverses méthodes qui visent à intéresser le salarié aux résultats commerciaux des entreprises, elle contribue plus que toute autre à Tamélioration de sa prestation en travail ; — moralement : parce qu'elle dégage la responsabilité de l'ouvrier, et affirme sa dignité d'homme; — socialement, parcequ'elle exerce la fonction conciliatrice de rapprocher les co-partageants des richesses produites.

Comme telle, enfin, elle reste un régime d'avenir, exigeant pour son plein développement un ensemble de conditions spéciales, qui tendent d'ailleurs, de plus en plus, à former les éléments constitutifs du milieu industriel.

Néanmoins, il est probable que, dans la pratique, les employeurs tarderont longtemps encore à apercevoir l'intérêt qu'ils auraient à faire l'essai loyal de ce régime, parce que, dans leur généralité, ils ne reconnaissent pas les titres que peuvent faire valoir les salariés à prendre une part des bénéfices. Quant aux ouvriers ils préféreront, plus longtemps encore sans doute, s'en tenir aune rémunération certaine, tout en s'efrorçant,par d'autres moyens, de proportionner le revenu qu'ils tirent de leur travail, à celui que les employeurs tirent de leur capital.

En somme, comme « le droit ne se forme qu'au prix des luttes (1) », il semble que le régime de la participation aux bénéfices, qui, par sa nature même, ne saurait dépouiller entièrement le caractère de tutelle patronale, ne contribuera pas notablement à favoriser l'accroissement de la part du travail dans le produit des industries, accroissement qui constitue le principe directeur de l'évolution économique des démocraties modernes.

De plus, les esprits ne sont pas préparés à Tapplication de ce régime, parce qu'ils n'en aperçoivent pas la portée :

{\) Von Ihering, La lutte pour le droit.

les zélateurs de la participation doivent donc avant tout: la présenter sous son véritable aspect, la rattacher aux modes de rémunération du travail qui s'en rapprochent le plus, et montrer qu'elle ne diffère môme pas, dans son principe, de la forme actuelle du salariat pur et simple. Sur ce terrain, ils doivent se montrer irréductibles et sç garder d'accepter, par impatience du succès, des compromissions quelconques avec des théories bâtardes.

C'est assurément un haut et rare patronage que celui de la philanthropie, et ce n'est point un des moindres mérites de la participation que de pouvoir s'en autoriser : le caractère élevé de son principe est par là puissamment affirmé, car ce qui vient du cœur des hommes ne peut être qu'excellent.

Mais la participation peut se recommander aussi de la science et de la pratique, et peut-être son pouvoir d'expansion serait-il augmenté, si elle était ouvertement revendiquée par Tune et par l'autre. Les patrons qui l'introduiraient dans routillage économique de leur entreprise, sauraient alors que, pour que les institutions consacrant les relations entre employeurs et salariés ne soient point caduques par essence et exposées aux chocs de l'évolution, elles doivent être fondées sur l'autonomie des individus et tendre à leur émancipation.

Les pouvoirs publics et les grands corps constitués peuvent, dans le même sens, jouer un rôle important, en multipliant les encouragements et en favorisant les initiatives. Plus fécond encore serait le concours militant de cette puissance souveraine des temps modernes : l'Opinion publique, qui, seule, parfois, décide du sort des réformes.

Mais l'avenir de la participation est surtout aux mains

des ouvriers : il est visible que, s'ils lui apportaient le puissant concours de leurs organisations, un pas immense serait franchi. Ils restent évidemment seuls juges du moment où leurs intérêts leur dicteront ce ralliement: encore no serait il pas inutile de tenter sur ce point leur éducation préparatoire.

Education de Topinion, éducation de l'employeur et des salariés : dans cette voie, tout est à faire. La pensée qui est à la base de la participation des ouvriers aux bénéfices est celle même qui domine le développement économique de ces temps-ci; aucun des dévouements qui lui seront consacrés ne sera perdu pour le progrès et la paix sociale.

APPENDICE

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