‹ La Participation de l'Organisme dans l'ImmunitéChapitre 2 sur 8 · DIR ER ET MEL · texte numérisé non relu

DIR ER ET MEL

AU Fe

Je serais attristé de donner à mes maîtres les plus précieux le remerciement officiel que chacun ‘inscrit devant sa thèse s’ils devaient y voir autre chose que le témoignage nouveau id un dévouement qui reste à leur COIE 2 N? pin ee |

ae M. le P° Bouchard reçoive ici l'expression

de notre Him pour nous avoir Ne dans son

encourager de son do us. ie recherches. Enfin il nous a ut l'honneur de présider notre thèse. : “Un EE PE

M. Charrin, aujourd’hui professeur suppléant au Collège de France, nous a honoré pendant quelques mois d’une bienveillance si élective qu’elle nous donna l'illusion d’être lié par un peu d’amitié à un maitre auquel nous attachait déjà l'admiration.

C'est M. Roger, professeur agrégé, qui nous a fait entrer au Laboratoire dont il était le chef; il nous a. donné les premiers enseignements d’expérimentation,

CS ch É w te 6 a guidé nos premières recherches et nous espérons

qu’il a compris combien étaient sincères nos regrets = lorsqu'il quitta le Laboratoire. |

C’est pour nous un devoir de remercier les chefs qui nous ont accepté comme externe. M. le D' Lan-

ne

drieux, dont nous avons suivi pendant deux années, comme stagiaire, puis, comme externe, le service de maladies générales et de gynécologie, M. le D: Broca

chez qui nous avons appris ce que nous savons de chirurgie infantile, M. le D* Gouguenheim qui a complété notre apprentissage clinique en Y. joignant les notions d’ otologie, de rhinologie et de laryngologie. e Enfin, nous adressons nos remerciements cordiaux Ne

à M. Desgrez, chef du Laboratoire de Pathologie géné- e rale, pour les précieux conseils de sa science che et les marques de son amitié, qu'il nous à prodigués. Il y aurait, de notre part, ingratitude à ne pas adresser pour finir nos meilleurs souvenirs à nos camarades de Laboratoire surtout à MM. Carnot et Josué qui nous ont souvent donné d’utiles renseignements et. communiqué les procédés techniques qui, jusque dans les derniers détails, ont une telle importance pour là:

rigueur de l'expérimentation. | RER ANA

Depuis les travaux — d’une si large envergure que la génération qui vient ne pourra sans doute que les compléter, sans pouvoir en changer les lignes générales — de Pasteur et de M. Bouchard, une conception domine la Médecine : l’Intoxication.

Une maladie purement organique, goitre exophtalmique, chlorose, maladie d’Addison, etc., une maladie infectieuse, sont, l’une et l’autre, sous la dépendance des poisons formés au sein de l'organisme, soit par des tissus fonctionnant d’une facon anormale, soit par des microbes et, dans tous les cas, ce qu’on retrouve à la base de la pathogénie, c’est la Cellule.

Les tissus organiques et les collections microbiennes sont, en effet, comparables à divers points de vue ; sans

s’attarder à la comparaison, plus ingénieuse qu'instruc-

tive, des formes extérieures, à la présence commune

des cils vibratiles, on trouve des analogies, déjà plus nettes, dans les produits de la nutrition, dans les sécrétions, parfois identiques. La vie anaérobie de certains tissus, mise en relief par Armand Gautier et dont l'expérience célèbre de Ehrlich donna une démonstration frappante, d’autre part la vie anaérobie de certains mi-

crobes donnent à cette comparaison plus d'intimité.

LG Enfin, sans insister plus qu’il ne convient sur ce

parallèle entre la cellule de l’organisme et la cellule

bactérienne, seule capable de former une substance

aussi complexe que le protoplasme aux dépens de simples composés minéraux, la greffe de tissus, si souvent employée en physiologie, n'est-elle pas comparable à l’inoculation de colonies bactériennes ? Les microbes inoculés, comme les cellules greffées, continuent à se développer dans l'organisme, à donner naïissance à des composés spécifiques qui se répandent ensuite dans l’économie.

L'organisme physiologique produit des poisons variés ; l'être vivant ne vit, ne maintient sa santé, que par une sorte d'équilibre entre tant de germes de maladie et de mort; il fait d’incessantes tentatives de suicide selon l'expression du fondateur même de la doctrine de l’auto-intoxication. |

Enfin, quelle que soit la cause qui donne naissance aux poisons, que cette cause soit un agent figuré ou un organe fonctionnant d’une facon anormale, le résultat final est toujours une action sur l’organisme ; en dernière analyse, c’est la cellule du corps avec ses altérations biologiques qu'il importe de considérer, aussi bien dans une maladie de la nutrition que dans une maladie infectieuse.

Ainsi, par dessus les découvertes de la bactériologie

et cette théorie microbienne qui nous offre peut-être

(x) Le Renouveau de la Pathologie cellulaire. Revue générale des Sciences, 28 février 1897.

l’ensemble doctrinaire le plus complet qui ait été concu par le cerveau d’un savant, les conceptions médicales

modernes se relient aux anciennes. En effet, à moins de

circonstances exceptionnelles, comme la rupture des

iéguments ou des muqueuses, à moins d’une déchéance organique momentanée, un microbe ne se développe que chez les individus prédisposés ; c'est une constatation, banale aujourd’hui, que la présence, au seuil de l’économie, de quelques-uns des microbes pathogènes les plus fréquents.

Un homme prédisposé à contracter la tuberculose offrira asile aux bacilles de Koch qui sont la condition nécessaire, mais non suffisante de la phtisie pulmonaire; ce qui est nécessaire, outre le microbe, c’est le terrain : la nutrition antérieure de cet homme, devenu phtisique, montre déjà en lui un être prédisposé. ‘En ‘quoi, en vertu de quelles modifications humorales, de quel vice nerveux, cel organisme est-il voué à cette infection ? Nous savons du moins que, depuis longtemps, la chaux et la magnésie se rencontraient dans ses urines en quantités anormales (Gaube du Gers) ainsi que l'acide

phosphorique.

Ainsi, par cette considération du terrain la nouvelle .

pathogénie se rapproche de l’ancienne croyance aux tempéraments. Certes, les idées évoquées aujourd’hui dans l'esprit du médecin par les mots de prédisposition, d’imminence morbide diffèrent essentiellement de tout cé qui pouvait venir à l'esprit d’un praticien avant les découvertes modernes de la chimie biologique, de la

physiologie de la nutrition, avant, surtout, cette pé-

NON riode des quinze ou vingt dernières années qui a vu se développer et se préciser la théorie microbienne.

Pour constituer une maladie infectieuse, l'organisme, comme le microbe doivent intervenir comme causes nécessaires et même entrer en lutte ; l’immunité, dans ses modalités diverses, vaccinale ou thérapeutique, représente la défense la plus profonde de l’organisme, celle qu’il met en jeu lorsque l’ennemi est entré dans l'intimité des tissus.

C'est la participation vitale de l'organisme dans la création de l’immunité, c’est la part active prise par chaque cellule que nous voudrions mettre en relief, Il semble en effet résulter d'expériences diverses que, même dans les secours qu'apporte à, l'organisme infecté un sérum thérapeutique élaboré par un organisme étranger, il ne s’agit pas d’un phénomène purement chimique, mais de réactions vitales qui mettent en jeu le système nerveux.

© L'immunité en général résulte de l’ensemble de circonstances qui font que tel organisme est, dans une mesure quelconque, à l'abri de tel microorganisme,

moins sensible aux toxines qu'il élabore. Dans le pre-

mier cas, le microbe lui-même subit une sorte d’atté-

nuation secrète des toxines, d’une quantité et, peut-être, d’une virulence moindres ; dans le second cas, ces toxines, au lieu de constituer, pour l'organisme au sein duquel elles se répandent, un poison violent, n’ontsur lui qu’une action atténuée ou nulle.

L’immunité est de deux ordres: naturelle, comme

celle que présentent pour le charbon, les vieux rats

RIT X î

\ RES blancs, d'après Roux et Metschnikoff; artificielle, comme celle que l’on parvient à conférer aux cobayes contre le tétanos auquel ils sont très sensibles naturellement.

On ne peut presque parler d’immunité sans évoquer cette fameuse théorie phagocytaire de Metschnikoff, tour à tour ardemment soutenue et violemment combattue.

L'un des phénomènes frappants dans cette réaction de l'organisme est l'augmentation rapide du nombre des leucocytes ; les travaux de Metschnikoff et de Pfeiffer ont montré que l'introduction d’un virus, de toxines, provoque un afflux de leucocytes, en vertu d’un phénomène d'attraction spécial, la chimiotaxie.

J. Massart (1) a analysé de plus près ces faits fondamentaux: enfermant ces toxines dans des tubes capillaires plongés dans les tissus, il a vu les leucocytes attirés par elles ; si les produits microbiens sont doués

d’une virulence excessive, on observe au contraire une

répulsion, une chimiotaxie négative.

Une des jolies expériences qui mettent en relief le rôle de l’organisme dans cette lutte phagocytaire est décrite dans une communication de MM. Charrin et Duclert à l'Académie des sciences (2) ; elle montre à quel point diminue lafflux des leucocytes autour des microbes inoculés, lorsque l'organisme est affaibli par une intoxication.

Les auteurs ont utilisé Le sublimé ; mais d’une façon

(1) Semaine médicale, 1889.

(2) 30 juillet 1894.

4 NSCRAUE

AT ES M UC A UP DR à 1f Rs PR ME ENTIER ATEN TAr AEES AE W T# 4 9 Net 2 # 1" ET RE 2h F:

générale, avec tous les poisons, on voit les leucocytes se

présenter en armée moins compacte contre les bacilles. ‘4 Pourtant, nous n’insisterons pas sur ce mécanisme | Le

5 a Ù d FURORN

de la défense; non pas qu'il soit dans nos intentions +120

d'élever la moindre contestation à son importance, mais

Ve PERS re

EMI

mn

simplement parce qu'il ne rentre pas dans le cadre res-

treint que nous nous sommes tracé et que nous n'avons FN

Ps

pas porté nos recherches sur ce sujet.

JL

Du reste, la phagocytose ne peut que corroborer la conception vitaliste de l’immunité, que des expériences

de toute nature semblent imposer et que nous soute-

nons ici. En effet, il s’agit dans ce cas d’une lutte par excellence entre des cellules: aucun des mécanismes »

de l’immunité n’a été mieux étudié que celui-là et ce &4

n’est pas ici le lieu de revenir sur les ingénieuses ana- “A lyses qui en ont été faites.

Si les leucocytes englobent les bactéries et les digè- 5 rent, c'est certes au moyen de sucs digestifs. M. Metsch- Ne

nikoff a admis par la suite que les leucocytes se mon-

traient parfois capables d'accomplir cette digestion à distance, ce qui suppose que leurs sucs diffusent dans le sang. On a vu là un retour à une théorie humorale de l'immunité. Mais il est bien certain qu'une cellule n'agit sur une autre que par ses produits solubles, et 3 M. Metshnikoff n’a sans doute jamais pensé à restreindre AE Sa Conception à un pur mécanisme. . ;

Des considérations, d'ordre purement physique,

avaient été mises en avant pour expliquer certains cas: d’immunité; la température, en particulier, avait été ALES

invoquée. Ainsi, la poule et la grenouille sont réfrac-

RAUNTIT et

taires au virus charbonneux. Pasteur, dans son expérience célèbre, a pu rendre charbonneuse une poule dont les pattes plongeaient dans l’eau fraîche ; Courmont et Doyon, au sujet d'une théorie qui n’est point encore certaine, ont montré que l’on peut tuèr la grenouille au moyen de la bactéridie si on la met dans une enceinte de température suffisamment élevée.

Des lors, on conclut que, si l'immunité disparait chez la poule refroidie comme chez la grenouille chauf-

fée, c'est que la température ‘de leur corps est trop

haute dans le premier cas, trop basse dans le second,

pour permettre l'évolution de la bactéridie.

Ce raisonnement ne peut pourtant pas subsister devant les faits; ainsi le pigeon, dont la température égale celle de la poule, prend facilement le charbon. Quant à la grenouille, même sortie de l’étuve et remise à la température normale, elle reste pendant plusieurs jours en état de réceptivité.

D'ailleurs, à la température de l'été, la bactéridie pullule facilement, de sorte que de simples considérations thermiques se montrent, en définitive, insuflisantes à expliquer l’état réfractaire.

De même bien des points secondaires doivent être résolus avant de savoir, par exemple, si le pouvoir bactéricide est le facteur dé l'immunité naturelle.

« Siles propriétés bactéricides des humeurs jouent véritablement un rôle dans le mécanisme de l’immunité, elles doivent être d’autant plus marquées que l'animal est plus résistant. Or, les auteurs qui ont étudié l'im-

munité naturelle ont observé quelquefois des résultats

Pre das contraires à ce que la logique la plus élémentaire faisait prévoir (1) ».

Si le vieux rat blanc, par exemple, est relativement réfractaire au-charbon et son sérum bactéricide, en revanche, les jèunes individus, tout en présentant la même propriété humorale, ne jouissent pas de cette immunité. |

Nuttal constata que le sérum de lapin exerce sur la

bactéridie charbonneuse une action destructive plus marquée qu'avec le sérum du chien. M. Roger a montré de même que le bacille du charbon symptomatique se développe plus facilement dans le sérum du lapin, animal réfractaire à la maladie, que dans le sérum du cobaye De qui y est très sensible (2). 310

Mais il ne suffit pas d'étudier le développement Ë 23 numérique des microbes, il faut chercher ‘ce que de- #2 viennent leurs propriétés, comme l’a fait M. Roger pour

le bacille charbonneux cultivé dans le sérum de cobaye,

Page 1