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La participation de la Bretagne à la conquête de la l'Angleterre par les Normands

Si l'on recherche les causes de l'animosité violente qui mit si souvent aux prises, dans le courant du onzième siècle, les Bretons et les Normands, on est en droit, nous semble t-il, d'en faire remonter l'origine à une alliance contractée vers 1028 par le duc Alain III, de la maison de Chartres et de Blois. On sait c^ue, pendant une expédition dans le Maine et l'Anjou, Alain, tils de Geffroy P"", s'éprit soudainement et passionnément d'une jeune princesse, Berthe, fille du comte de Blois. L'amoureux, évincé par le père, réussit à faire enlever par Alain Canhiat, comte de Cornouailles, la dame de ses pensées et comme celle-ci répondait à l'amour du galant et valeureux duc, le mariage fut célébré à Rennes d'une façon joyeuse et solennelle. '

Cet événement, commencé par une idylle, dramatisé par un coup de force et consacré par une superbe cérémonie, indisposa contre la Bretagne, le duc de Normandie, appelé quelquefois Robert le Diable, non pas qu'il fût question

1. — Chronic, Kemperleg. dans Bai-uzi;:, Miscel, t. I. p. 151,

d'une mesquine jalousie, mais parce que cette union avait pour conséquence politique d'accroître la puissance du duché de Bretagne, en alliant à celui-ci une maison hostile d'habitude aux ducs de Normandie. Robert I''^ s'appuyant sur les fables extraordinaires de Dudon de Saint Quentin, réclama Ihommage d'Alain 111 et, sur le refus très légitime de ce dernier, ravagea, avec une forte armée, le pays' de Dol. 11 construisit même, entre les deux duchés, une forteresse importante, celle de Charruel. Elle s'élevait dans la paroisse de Sacey et sa position stratégique était fort bien choisie.

La première- mention que nous ayons de Charruel se trouve dans Guillaume de Jumièges II dit : « Alanus, « Britannorum comes, a Roberti Ducis servicio se surri- « père pertinaticiter est agressus. Dux igitur adversus « eum, innumerabilem exercitum movit et non longé a « fluvio Coisnon, castrum quod vocatur Charruel seu « Carrucas ad munimem scilicet Normannici limitis et « domandam tumidi arrogantiam prœsumptoris. ». '

Dès que ce château fut édifié, le duc Robert en confia la garde à Auvray le Géant. Ce fut ce dernier qui, aidé par le capitaine de Pontorson, tailla en pièces les Bretons envahisseurs. L'engagement eut lieu à un kilomètre du bourg de la Croix Avranchin près Saint-James, dans une petite plaine nommée, aujourd'hui encore, les Tombettes.

Remarquons, en passant que le nom de Charruel a été très souvent altéré ; de là sont nées quelques confusions. C'est ainsi que l'auteur de la Chronique de Normandie ne difïérencie pas Charruel de Pontorson :

Od le conseil de siiz baniage Ferma sor Coisnon un chastel, Qui mult fut gent et fort è be! ; Cherrues fut |)rimes nommez Ez Pontorson rest ap|)elez. 2

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