Pektz. IX
6. — Henri Sée : Etudes sui' les clauses rurales au Moi/en-Af/e.
ainsi en j(H)4. Gautier Hai. seigneur de la Guerche et de Pouancé. reconnaît que les hommes du prieuré de Marmoutiers sont astreints au service militaire, seulement en cas d'invasion de la seigneurie par l'ennemi, Dom Morice ' rapporte un autre exemple. Aux termes d'un accord entre Oilivier. sire de Dinan et l'abbaye de Saint-Florent de Saumur. les hommes du prieuré de la Madeleine devaient suivre le sire de Dinan et lui faire le service militaire pour concourir à la défense de la seigneurie, mais non pas pour envahir ou piller une seigneurie étrangère : « Si vew dictas Ollivenis rcjuisieril priovem ipsius donius quod millot homines suos cum eo ad defensionem terrx sux, non ad allerius terrx depredalioneni, prior millei eos sine contradictione. »
Le plou de Bretagne était, au dixième et au onzième siècles, beaucoup moins une institution religieuse qu'une institution civile. C'était une sorte de tribu gouvernée par un chef descendant du fondateur de cette tribu et dont tous les membres étaient tenus de reconnaître l'autorité héréditaire.
Les hommes du plou devaient-ils au mactiern le service militaire ? « Le fait est peu probable dit M. de La Borderie ' ; nulle part, au neuvième siècle, on ne voit le mactiern investi du droit de guerre privée : nulle part il n'a l'aspect d'un chef de guerre : le chef de guerre, c'est le comte, l'héritier des petits princes de l'époque mérovingienne, maintenant soumis au chef de la Bretagne. Quand le roi publie le ban de guerre, chacun des comtes somme ses mactierns de lui envoyer leurs contingents et chaque mactiern doit lui amener les guerriers de son plou : mais ce service militaire n'est pas rendu à la nation et n'a pas un caractère public. Toutefois, menacé d'un péril ou d'une agression quelconque, le mactiern avait, évidemment, le droit de réclamer l'assistance des hommes du plou et ils la lui devaient aussi en cas de besoin dans l'exercice légitime de son autorité, surtout pour assurer l'exécution des jugements de son tribunal )).
1. — Do.M MoiiicE : Hi'^t. de Bret. Preuves I. 1731. i. — Dk i.a BoiiDEHin:, H(,*t. de Bret. II. p. 161.
Or rappel de Guillaume n'avait point pour les Bretons ce caractère obligatoire ; l'expédition n'avait pas non plus pour eux, quoiqu'on dise, un caractère politique ou religieux. On a prétendu, en effet, que cette guerre contre les Saozons avait été populaire parmi les descendants des émigrés de la Grande Ile '. Il faut en rabattre. La Bretagne, assez pauvre, d'une population clairsemée, était, dès le milieu du onzième siècle, déjà lasse de ses guerres intérieures que les plus petits seigneurs entretenaient entre eux. Elle ne se souciait pas de se lancer dans une pareille aventure pour la seule gloire des armes et par haine des Saxons. La vérité est que le Breton s'enrôla assez facilement sous la bannière de celui qui lui promettait monts et merveilles et surtout solde et butins ; l'appât du gain seul détermina les Bretons, comme d'ailleurs les neuf dixièmes de l'armée de Guillaume, à franchir la mer et à s'expatrier.
Qu'on n'objecte pas que cette expédition ait laissé des traces dans la littérature bretonne. Augustin Thierry rapporte bien dans les pièces justificatives de sa conquête de l'Angleterre, un chant composé en Basse Bretagne sur le départ d'un jeune breton auxiliaire des Normands, chant publié par M. de la Villemarqué'^ et dont le titre est : Di»troz euz vro Zaoz.
1. — « But tlie eountry from which next to his own Duchy, William drew most support in enterprise, was undoubtedly the neighbouring, the nominally vassal land of Britanny. Wlieu we remeniber the internai dissensions of that eountry and the way in which a party among the Bretons had supported William against their own sovereing, this is in no way wonderful. And though loyalty to a Norman over lord is not likely to hâve counted for much, another motive may will hâve worked to fin the Norman host with Breton recruits. The Celtic race has a long memory and the prospect of waging was in the insular Britain against the .Saxon intrudcr may not havc becn without charms for the descendants of the Armorican exiles. Certain it is that the Breton auxiliaries, under Alan Fcrgant, a cousin of the reigning Count Conan, one of the many sons of his uncle Odo, played an important part in the Conquest of England. Even Dinan , so lately bcsieged by William, now sents its lord to swell William's muster. » Freeman. Nor/n. Conq. III. p. 314, 315.
2. — . Théodore de la Villemarqué, C/iants Populaires de la Bre-
Cette poésie est tort belle; elle établissait que, jusqu'aux confins de la Bretagne, (Pouldregat et Plouaret sont deux communes du Finistère), les mactierns, émus par le ban de guerre, excitaient contre les odieux Saozons Jes jeunes bretons I Mais, hélas, Augustin Thierry a été mystifié par son collègue de l'InstituL Sans pitié, non pas peut-être sans malice, de la Villemarqué fabriqua de toutes pièces le Retour d'Angleterre, s'inspirant très heureusement d'ailleurs d'un autre morceau de ce genre rapporté par Luzel et qui date tout au plus du dix-septième siècle '.
Il est donc bien certain que la littérature bretonne, sayante ou populaire, n'a aucun point de commun ayec la fameuse expédition normande ; Guillaume n'a inspiré aucun barde armoricain : ni dans les sônes, ni même dans le folklore breton, on ne saurait découvrir la moindre trace de la conquête. Est-ce à dire que le rôle des Bretons fut effacé au cours de cette prodigieuse aventure ? Non certes ; ce que nous allons dire des seigneurs bretons qui y prirent part démontrera précisément le contraire.
Mais il n'est pas douteux qu'un assez gros contingent breton vint se mettre, à Dives, lieu du premier embarquement, à la disposition du duc de Normandie. Sa présence ne donne lieu à aucune remarque par Wace ni les autres historiens, en ce qui concerne le voyage côtier de Dives à Saint-Valéry, le stationnement de l'armée dans cet endroit, la traversée de la Manche, le débarquement à Pevensey et la marche de ffastings à Senlac ; mais au cours de la célèbre bataille, le poète chroniqueur et les historiens nous parlent des troupes bretonnes; pour bien comprendre leur rôle, il est nécessaire de connaître un peu la disposition des lieux et la situation des armées en présence.
Harold, à la nouvelle du débarquement de Guillaume, était, par une marche rapide, vraiment admirable, accouru du Nord, après avoir triomphé à Stamfordbridge. Son
ta;inc. 3* éJ. Tome I. p. 233 et dans Aug. Thierry, Hist. de la Conij. Ed. citée p. 423-425.