Wace. Ro/n. Row
Guy d'Amiens dit encore, à propos des Bretons et des Manceaux : (iensque Britannorum quorum decus extat in arniis
Tellus ni fugiat est fuga nuUa quibus;
Viribus illustres Cenomaani, gloï'ia quorum
Bello monstrantur per probitatis opem.
WiD. Amb., 255,
Nous n'avons pas à enuméror ici les diverses phases de la terrible bataille, mais à 3' rechercher seulement la place occupée par les Bretons et le rôle qu'ils \' jouèrent, le premier point étant déterminé, voyons maintenant comment le contingent armoricain se comporta devant l'ennemi. La première attaque de Guillaume avait été repoussée sur toute la ligne: malgré la furie des envahisseurs, l'armée de Harold était restée in-^branlable derrière ses palissades ; ce fut l'aile gauche de Guillaume, les Bretons, par conséquent, qui perdit courage la première. Cavaliers et fantassins tournèrent, en désordre, le dos à l'ennemi ; un corps de troupes saxonnes, malgré les ordres de fiarold, sortit alors des palissades et se précipita sur les Bretons; ceux-ci prirent la fuite et la confusion régna aussitôt dans toute l'armée.
Mais Guillaume et son frère, l'évéque Odon, ayant réussi à rallier les fu3"ards et à rétablir l'ordre par ni leurs troupes, les Bretons se retournèrent contre ceux qui les poursuivaient et les taillèrent en pièces. Cependant une seconde attaque de l'armée normande contre les saxons retranchés à nouveau a^'ant échoué, Guillaume employa une ruse de guerre II venait de remarquer la défaite partielle des saxons qui s'étaient aventurés hors de leurs palissades; aussi ordonna-t-il à ses troupes de feindre une fuite. La ruse, on le sait, réussit à merveille et fit obtenir la victoire au duc de Normandie ; cettemanœuvre, d'après un auteur, était familière aux Bretops '.
Après Senlac, nous ne trouvons plus aucune mention des Bretons dans l'expédition qui se poursuivit, jusqu'au couronnement de Guillaume, le jour de Noël 1066, dans l'église de Westminster : plus tard, au cours des événements qui achevèrent de rendre définitive l'cEuvre de Guillaume, nous verrons apparaître certains personnages dont l'histoire se rattache plus ou moins étroitement à la Bretagne, plusieurs d'entre eux figurent aussi dans le Domesday; nous
1. — C/ironicon Fontanellen'^e . x'û . I'khiz. II. .503. Voir aussi Kai.ckstf.in, Robert der Tnpfere, p. 14.
étudierons leurs personnes et leurs actes ainsi que leurs établissements, d'après les chartes anglaises et surtout dans le Survey, mais il convient tout d'abord d'éclaircir quelques points assez confus, notamment sur l'identité des Alain de Bretagne, cités dans les textes du onzième siècle.
Trois Alain, seigneurs bretons, ont pris part, en effet, d'une façon plus ou moins directe, à la conquête de l'Angleterre, savoir : 1" Alain Fergant, 2" Alain le Roux, 3° Alain le Noir. Tous trois portaient le titre de Comte, tous trois furent dotés par Guillaume soit immédiatement après l'invasion, soit après la répression des révoltes partielles des seigneurs anglais et anglo-saxons. Les généalogistes Dugdale, Ellis, Nicolas Harris, Sinopsis (1823) et après eux tous ceux qui se sont occupés de cette question ont commis, ainsi que la plupart des auteurs français des erreurs ou des confusions qu'il faut signaler ou rectifier.
Il importe tout d'abord de diviser les Alain en deux sections ' :
Première section.
Alain Fergant, comte de Bretagne, duc en 1084 (10 avril), moine à l'abbaye de Redon en 111?, mort le 13 octobre 1119. 11 était fils d'Houël V, duc de Bretagne et de Havoise de Bretagne, sœur et héritière du duc Conan II ; Dugdale et Harris le font mourir en 1089; ils le confondent avec Alain F' dit le Roux, mort celte année là. C'est à tort aussi que Harris donne à Alain Fergant le titre de comte de Richemond qui appartient à Alain le Roux.
Deuxième section.
Elle est formée par Alain le Roux et Alain le Noir. Geoffroy F'' comte de Bretagne, épouse Hadwige de Normandie, deuxième fille du duc Richard. De ce mariage nait
1. — Cf. Lfchaudé d'Anisy, Rec/ierc/ies ,«a/' le Doinefiday, Caen, Lesaulnier. 1842. Tome I, seul i)i:,ni, p. 70 et suiv.
Eudon ou Eudes, comte de Penthièvre et d'Avaugour. Du mariage d'Eudon avec Agnès, fille d'Alain Canhiard. comte de Cornouailles, naissent plusieurs enfants, dont 1° Alain I*"" dit le Roux, mort en 1089 et !1° : Alain 11, dit le Noir, frère par conséquent du précédent et non pas frère d'Alain Fergant, comme le prétendent Dugdale et Harris ; Alain Fergent n'eut qu'un frère, IMathias, comte de Nantes et deux sœurs. Cette division posée et ce groupement établi, il importe de préciser les donations qui furent faites à chacun des trois Alain et qui sont réunies par erreur dans l'inquisitio Eliensis, folios 116, 122.
Donations a Alain Fergent, comte de Bretagne. Guillaume lui donna, probablement avant son mariage avec sa fille Constance, vers 1076 ou 1077 *, tous les domaines saisis sur le rebelle Morkère, qu'il tenait en chef et en baronnie savoir : 1" Dans l'Hertfordshire, 3 maisons à Hertford; il tenait, in capite, les manoirs de Watone et de Mundene et dix seigneuries dans les centenies d'Odesey d'Ed\vin-Stre^v et de Hertford 2" : Dans le Cambridgeshire, cinq bourgs à Cambridge : il tenait en chef, dans le même comté, Fuleberne, Hintone, Teviesham et soixante-sept seigneuries dans les centenies de Cildeford, Witteleslord, Norestow, Chavelay, Stanie et Radefelle. 3" Dans le Northamptonshire. il tenait en chef la seigneurie de Warafeld ; 4° Dans le Deibj'shire, il tenait en chef la seigneurie d'EInod ; b" Dans le Nottinghamshire, il tenait en chef cinq seigneuries et 6" dan s le Lin coin shi replu sde quatre- vingt seigneuries qui avaient appartenu à Morkère et dans lesquelles il avait le droit de Soca, enfin il réclamait les domaines et le droit de Socti, à Fredung, dans les terres de l'évêque de Durham et dans celles de Robertus Dispensator etc., etc. Il obtint aussi du Conquérant les titres et les droits de comte
1. — Co furent, peut-être les fiançailles qui curent lieu à cette date. Les hi.storicns Bretons fixent le mariage à 1086 ou 1087. Moiuci:. I. 103; BouQUF.T XII. .WJ. OnDK.Ric ^'^r.vI, qui rapporte la date de 1076, a dû confondre les deux cérémonies. Née en 1061. Constance mourut en 1094.
palatin, Enfin il soustenait dans les comtés cVHertford (127), d'Essex (4) et de Norfolk 110. b. 115.
Donation a Alain le Roux, dit aussi le Rebré,
DEUXIÈME FILS d'EuDON DePeNTHIÈVRE, COMTE EN BrETAGNE.
Il tenait en chef et en baronnie le domaine d'Edwin, fils d'Olgar, que celui-ci possédait dans le comté d'York et dont Guillaume s'empara après la prise de cette ville, Alain le Roux y jouissait de trois charruées de terre. Il tenait en chef le domaine de Ghellinges et huit autres seigneuries, dont se composaient surtout les possessions du comte Edwin et dont se forma ensuite le château de Richmond, On y ajouta Apleby, seize autres localités de ses dépendances et au moins cent soixante seigneuries, dont six dans le West Riding et une dans l'East Riding. Cent quatrevingt-dix-neuf manoirs dépendaient de sa chatellenie; mais, par suite de Teff'royable répression que Guillaume exerça après la révolte d'York \ cent huit étaient dévastés -. Ce fut Alain qui, avec les comtes Hughes et Robert reçut le plus de biens dans le Yorkshire ; ils étaient même plus considérables que ceux de ces derniers ^ Ce fut Alain qui fonda en 1078 sur l'emplacement où s'élevait à Galmanho l'église du comte Siward, la grande abbaye de Sainte-Marie hors les murs d'York \
M. Gough '■' dans ses additions à Camden considère latour
1. __ D'après le manuscrit dit Life ot Arcltbls^lwp Oswald, cité par M. Raine [Fastl Eboracenses I. 123), York était une des cités les plus llorissantes de Northumberland. Sur la dévastation ordonnée par Guillaume, voir touti's les Clironiiiues et Sini. Dun. Gest. Regg. 1079. p. 8.'3. Hinde.
2. — Le Domesday pour cette contrée est rempli île la sinistre mention Vastata (terra).