CHAPITRE III DROIT
de ses actes de l'état civil et, dès lors, il peut se servir du nom qui lui a été concédé.
Cette loi seconde la passion dominante du peuple par qui elle est faite. A ce titre, elle est de celles qui ont eu le plus de succès : violée par les uns, séduite par les autres , utilisée par ceux-ci , respectée par ceux-là, aimée de tous.
Les plus rusés se contentent de faire, dans les trois journaux obligatoires l'annonce qu'ils sont en instance devant le Garde des sceaux pour obtenir une particule ou un nom qui en est précédé. Quelque temps après, sans avoir même adressé la moindre demande au ministère, leur carte de visite porte effrontément « M. de. . . » Le public est indifférent ou dupe, et l'autorité l'ignore à moins qu'ils ne se servent de leur usurpation pour mériter la police correctionnelle .
Il y en a de moins coupables. Ce sont les nombreux malins qui présentent une supplique en addition de nom sans particule et se la font accorder d'une manière légale ; seulement alors ils se livrent à une capitulation
de conscience à la suite de laquelle on les voit mettre un de entre leurs deux noms ou devant le premier. Exemple : M. Mouton, autorisé à s'appeler Mouton Mérinos, signe Mouton de Mérinos ou de Mouton Mérinos.
Enfin les honnêtes gens ont trouvé moyen de se donner plus régulièrement une apparence nobiliaire. C'est d'abord, avec toute sa procédure dans les journaux, au ministère de la Justice et au Conseil d'Etat , une demande en addition de nom mais d'un nom précédé de la préfixe. La Chancellerie la leur accorde sans défiance. Aussitôt ils se débarrassent du premier qui embourgeoise le second. Ainsi beaucoup de Paons, après avoir obtenu de s'appeler MM. Paons des Pyrénées ne se font plus connaître que sous la désignation de MM. des Pyrénées.
Les délicats, aussi adroits que droits, sollicitent la faveur de substituer à leur nom sans particule, leur nom avec particule. Selon eux, elle a été omise dans leurs actes de l'état civil, d'ailleurs brûlés en 1793 ; les tribunaux n'y trouveraient pas les preuves