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GAULE INDEPENDANTE

C'est une idée primitive qui se retrouve encore chez les sauvages du nouveau monde

et chez les ouvriers de l'ancien; les peuples qui ont colonisé l'Europe, vivant à peu près nus, avaient, pour se reconnaître de tribu à tribu ou de profession à profession, inventé la peinture et le tatouage.

Les auteurs 2 nous ont transmis les noms des bandes qui préféraient telle ou telle méthode. Les Gaulois se teignaient le corps avec une substance bleue extraite du pastel : se inficiunt vitro, quod caeruleum efficit colorera 3. Chaque tribu avait sans doute un dessin spécial, mais on ignore lequel.

Dès qu'ils s'habillèrent, il leur fallut un signe différent. Yint le tour des enseignes qui furent d'abord en bois, puis en métal; ce fut assez tard qu'ils les portèrent en étoffe4. Ils choisissaient avec soin les emblèmes qu'ils mettaient dessus, les vénéraient même, les confiant aux prêtres pendant la paix et les portant devant eux durant la guerre, enfin les prenant à témoin dans leurs ligues et dans leurs traités. L'arc de triomphe d'Orange paraît contenir des enseignes gauloises sur lesquelles sont repré-

sentes un lion, un ours, un taureau, un cheval, une alouette : marques des diverses tribus de nos ancêtres. C'est le seul document de ce genre qui subsiste ; car le temps et les hommes en enlèvent chaque jour quelqu'un, avec cette différence que le temps use, tandis que les hommes détruisent. Le monument le plus regrettable pour nous (puisqu'il touche à notre sujet), est l'autel élevé à Lyon en l'honneur d'Auguste par les Gaulois qu'il avait vaincus ; on y voyait les statues de chaque peuplade au nombre de soixante. Là, sans doute, devait se trouver celles des Parises, avec le symbole qui les caractérisait avant les Romains : triste lacune de l'archéologie.

Plusieurs écrivains5, qui jouissent d'une grande autorité en héraldique, ont avancé que les Gaulois, ou du moins les Parises, avaient pour attribut un navire. Mais il n'y a pas lieu de discuter leurs assertions parce qu'elles sont accompagnées de preuves qui les détruisent. Ainsi, les uns nous présentent ce navire comme l'origine du blason actuel

de Paris, et les autres voudraient nous faire croire qu'il a été donné à Lutèce par les druides en souvenir de l'arche de Noé, dont les Gaulois sont descendus par Gomer ou Gallus, fils de Japhet.

Je ne veux cependant pas désespérer de connaître le signe des Parises, puisqu'il reste à interroger leur monnaie. D'ailleurs, ce témoignage est le plus précieux de tous, puisqu'il est inaltérable et qu'il reflète la civilisation, ou du moins les aptitudes principales du peuple qui l'a produit.

Voici le type des Parises : il estapénigraphe, mais un fait a servi à le déterminer. Tous les exemplaires recueillis ont été exclusivement trouvés dans leur territoire, soit à Bougival et Versailles avec le flan intact, soit à l'embouchure de la Seine et de la Marne avec une entaille transversale sur le revers, à titre de consécration religieuse ou de démonétisation. M. de Saulcy6etM. Ed. Lambert7 attribuent ces pièces aux Parises pour cette raison, car le gisement habituel d'une monnaie indique le lieu où elle était employée.

Ce sont des médailles en or, les unes de la dimension des statères, les autres de celle des quarts de statère. Elles sont frappées au marteau, selon la méthode grecque. On y sent l'imitation des Philippes de Macédoine sur la face.

Parmi les dessins autochtones que représente le revers, le plus remarquable se compose de traits entrecroisés formant un filet triangulaire dont chaque maille renferme un petit globule.

Les savants ont fait beaucoup de suppositions sur cette figure, qui se trouve à l'état rudimentaire sur des médailles appartenant à d'autres pays. Ils ne paraissent d'accord que sur un point, l'amour de nos ancêtres de tous les temps pour les symboles en général, et dans le monnayage en particulier.

L'école mythologique n'a trouvé dans ce dessin aucun sens religieux ni guerrier. J'ose donc proposer, de même qu'on admet dans Y épi, qui est sur le type des Eduens un indice de leur principale occupation, de voir dans ces signes l'emblème d'une profession paci-

iique, créée naturellement par l'excellence du produit indigène.

Or, le voisinage d'un fleuve avait dû rendre les Parises essentiellement pêcheurs, par nécessité et par industrie.

Les preuves ne manquent pas, on en a plusieurs à l'époque préhistorique : les débris calcinés de coquilles de mulettes, unio, trouvés à Choisy-le-Roi , montrent que les habitants des bords de la Seine mangeaient du poisson8, et les hameçons monstres9 recueillis dans le même fleuve, à Paris, prouvent que la pêche était déjà arrivée à un degré très avancé de perfectionnement.

Cette réputation de la Seine et de ses affluents s'est perpétuée. Les monuments qui l'attestent ne sont pas contemporains de l'époque dont je parle, mais ils la donnent comme une tradition que les faits actuels semblent attester encore.

En effet, Hilduin 10 qui rédigea, au ixe siècle de notre ère, la Vie de saint Denis sur des mémoires fort anciens (antiquorum dicta de abditis admodum tomis eruimus), dit que

« Lutèce, en 200, tirait de ses marais et de son fleuve une quantité de poissons qui nourrissait ses habitants. »

Le biographe de saint Agoald ll nous apprend aussi que de son temps on péchait beaucoup dans la Marne, àCréteil.

Le titre 42 de la loi des Ripuaires prévoit le vol du filet à anguilles.

La renommée de la pêche s'est si bien transmise à travers les âges que le Livre des Métiers, d'Et. Boileau, en fait mention ainsi : « Nus ne puet estre poissonniers de eaue douce à Paris, se il nachate le mestier du roi. » Or les statuts de cette corporation ont été rédigés sous saint Louis en 1254 et confirmés sous Charles VIII en 1484.

M. Forgeais n a fait connaître un plomb du xive siècle, représentant deux poissons, et l'a donné comme l'enseigne de la corporation des poissonniers.

Perceforest 13 dit qu' « il vit un poissonnier qui peschoit en une nacelle. »

Enfin Paris possède encore des voies de

communication qui ont conservé le nom de cette industrie, telles que le boulevard, la rue et la poterne des Poissonniers, la rue, le faubourg et le boulevard Poissonnière.

Les Parises n'auraient-ils pas voulu par cette figure représenter sur leur monnaie leur gagne-pain, un filet à pêcher ?

Dans tous les cas, Lelewel u place la création de ce type l'an 125 avant Jésus-Christ, et dit qu'il dura jusqu'à la soumission de la Gaule à Rome.

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