RÉPUBLIQUE DE
Depuis le i septembre, le blason de Paris n'a été l'objet qu'une seule fois de préoccupations officielles.
Le 31 mai 1879, M. Hovelacque, conseiller municipal, a demandé que la Ville reprît pour ses armoiries le bateau antique de 1200 et supprimât les fleurs de lis. Le 14 février 1 880, M. Ulysse Parent fit contre cette double proposition un rapport où il y a plus d'esprit que de connaissances héraldiques. En voici les principaux passages : « La forme du vais- « seau qui figure sur notre écusson n'a ja- « mais été déterminée ; elle a variée de « siècle en siècle et a même pris plusieurs « fois en un siècle les aspects les plus divers. « On ne saurait s'en plaindre, puisque ainsi
« un champ plus vaste a été laissé à l'imagi- « nation et au goût de l'artiste sculpteur ou « peintre chargé de le reproduire sur la « toile. Quant à la suppression des fleurs de « lys qui surmontent l'écusson, il y a là une « sorte d'anachronisme à voir figurer dans les « armes d'une ville essentiellement républi- « caine un emblème rappelant les traditions « monarchiques. Mais le sens des fleurs de « lys représente l'unification des provinces « françaises soumises à une autorité natio- « nale... »
Après ce rapport, le Conseil municipal de Paris a décidé qu'il n'y avait pas lieu de modifier le blason de la Ville.
Il me reste à dpnner mon avis sur l'origine de ce blason.
Comme on l'a vu, « bien des gens se sont distillé l'esprit à la découvrir. » J'ai, en leur temps, discuté les opinions de presque tous.
Les autres ne valent que la peine d'être cités.
Certains auteurs prétendent79 que notre ville tire ses armoiries de ce que l'île de la Cité est faite comme un grand navire, enfoncée dans la vase et échouée au fil de l'eau vers le milieu de la Seine. Les hérauts d'armes80 ont trouvé que dans la langue du blason le vaisseau signifie « capitale » et que Paris avait pour armoiries un vaisseau, comme capitale de la France.
Les plus classiques81 s'en tiennent à la vieille comparaison entre un vaisseau bien gréé et un état policé. C'est le navire de la république d'Athènes ou celui de Rome.
Je crois que cette origine est plus simple.
Il y a une trentaine82 d'abbayes, villes ou villages en Europe qui ont pour armoiries un vaisseau. Tous sont sur le bord d'une mer, d'un fleuve ou d'une rivière. Du voisinage de l'eau à une barque et de la barque au commerce, la transition est insensible, et l'on sait que l'homme aime à consacrer son gagne-pain. Il me paraît donc que tous les lieux qui ont eu un vaisseau pour armoirie
l'ont tiré de la même idée : leur situation marchande 83.
Celles de Paris sont les plus anciennes, parce que Paris a été le plus tôt civilisé.
Je ne me vante pas d'avoir découvert que telle doit être cette origine. Il me semble qu'elle était facile à trouver, il suffisait de la chercher sans prétention ni prévention, comme c'est le devoir d'un ignorant qui veut apprendre.
Telle est l'histoire des insignes distinctifs de ]a ville de Paris.
Les personnes les plus autorisées, un poète et un roi ont essayé de lui en donner d'autres. Grosnet lui a fait, en 1533, son blason acrostiche ainsi :
« P aisible domaine, A moureux vergier, R époux sans dangier, I ustice certaine, S cience hautaine
C'est Paris entier. »