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La passante émerveillée

Je suis resté à Rome durant les trois hivers qui viennent de s'écouler. Je m'y suis convaincu de l'impossibilité de maintenir, dans les Etats Pontificaux, un gouvernement clérical, soit constitutionnel, soit absolu. Et pourtant j'étudiais ce pays avec une certaine défiance des populations.

En face des événements qui s'accomplissaient^ je pensai d'abord qu'on pourrait neutraliser le territoire de Saint- Pierre et y conserver le pouvoir du Saint-Siège.

Il fallut renoncer à cette idée, l'attitude de Rome m'y forçait. Je ne pouvais d'ailleurs soupçonner que la ville des Papes fût soudoyée par la cour de Turin, à moins

d'admettre la complicité sans noblesse de toute une armée française, et la cécité volontaire du gouvernement pontifical qui, chaque jour, augmentait ses troupes et sa police et dont chaque défiance se traduisait par un exil. De plus j'avais vu par moi-même, quelques années auparavant, l'aversion dei floraàins poUr le gouVerflement clérical.

Au lieu de trouver les esprits plus excités, je les trouvai plus calmes qu'avant les grands événements de la Haute-Italie. De 1852 à 1857 une révolution ne se serait pas opérée à Rome sans de terribles représailles ; depuis la guerre, les populations ont oublié la vengeance pour ne penser qu'à la liberté. Ce qui les a conduites à cet oubli de leurs anciennes passions, c'est la résolution, la certitude de l'affranchissement, le ralliement aux principes constitutionnels, et le sentiment que leur modération assure leur indépendance et sa durée. Si Tespérance des Romains ne se réalisait pas, je ne crains pas d'afDrmer que la haine se réveillerait plus terrible de toutes les déceptions, et je pressens déjà que la longue attente opère en secret ce changement.

Je me demandai ensuite si l'on ne pourrait pas octroyer à Rome neutralisée, une constitution municipale, laissant aux Papes une situation à peu près semblable à celleii dont ils jouissaient dans le siècle qui a précédé rétablissement définitif du gouvernement temporel.

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Mais k répugnance 4e Rome me poursuivait toujours : «0» vogUamo Papa^ c'est-à-dire pas de gouvernement clérical de près ou de loin. La déclaration était clsûre.

Bien que je ne sois pas de ceux qui croient à la nécessité du choix de Rome pour capitale du nouveau royaume^ j'étais également empêché de m'arrêter à ce projet, par la graode cause de Tunité italienne, à laquelle on affecte de ne pas croire même après coup, même après qu'elle est reconnue par les plus puissants gouvernements de l'Europe. C'était pis encore, si je me tournais du côté des principes évangéliques sur l'institution sacerdcrtale, des principes modernes sur l'institution gouvernementale.

Ainsi les circonstances politiques, les principes philosophiques, religieux et sociaux, me poussaient également hors des projets moyens où je voulais me reposer.

La question grandissait d'ailleurs à mesure qu'elle se concentrait à Rome. En vain on voulait ea foire «ne pure question de droit des gens. Ceux qui, comme l'éminent M. Guizot, tentent de ramener la polémique à ce point de vue déjà épuisé et jugé dans tous les partis, reculent de six mois et sans avantage pour leur thèse. La question de principe est posée depuis ce temps, Tensemible des publicistes paraît aujourd'hui le comprendre.

J'ai cherché ailleurs à formuler la véritable question :

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c'est la nécessité pour notre époque de découvrir les bases légitimes du sacerdoce dans les sociétés, comme elle a déterminé les véritables bases constitutives de l'État.

Le problème posé J'ai tenté de le résoudre, et je crois avoir démontré que les bases que je propose étaient respectables pour les catholiques, puisqu'elles ont leurs appuis dans l'Évangile et les livres saints ; pour les libéraux puisqu'elles sont les institutions modernes ellesmêmes s'appliquant au sacerdoce. Enfin au jour de ces principes, j'ai cherché une solution à la cause universelle qui se débat à Rome.

Il est à craindre que l'Église ne consente à aucune concussion; il fallait donc trouver le moyen de l'amener, sans la violenter et sans qu'elle pût avoir le droit de se dire violentée, à se constituer sur un principe libéral. Je l'ai tenté, je le tente de nouveau par des moyens divers, mais dont l'esprit est le même.

A la fin de février dernier, je communiquai à Monsieur le comte de Cavour mon travail sur la Canstitution libre de VEglise libre ; il en calqua la formule, mais il en altéra et rapetissa l'esprit, comme on verra plus loin. L'adhésion raisonnée que Monsieur le baron Ricasoli nous a fait l'honneur de nous adresser, pour les principes exposés dans le livre d'où ce travail est extrait, le

Dogme social, montre dans cet homme d'état une largeur de vues que ne pouvait avoir Monsieur de Cavour, tou^ jours préoccupé du secret et impolitique espoir, de mettre aux mains du roi d'Italie toute Tinfluence du catholicisme.

Nous sommes heureux de pouvoir publier en tête du présent écrit ce précieux document, qui laisse peut-être entrevoir la possibiUté d'un dénouement.

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