‹ La passante émerveilléeChapitre 21 sur 21 · UT · texte numérisé non relu

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G'esfâinsi q\\e fut donné au)^ Pontifes le condtat d'Avignon. Aujourd'hui, ce gouvernement périt isolé, tant le sens s^ cret de la catholicité présent que l'institution tbéopratique est effacée du milieu de^ peuples. Le changement était opéré dans les esprits avant que sur le terrain. Le Piérapqt n'a pu s'incorporer les ét?its Romains à la f^^5e du monde catholique que, parce que la grande révolution était faite dans l'opinion de l'Europe entière.

Ce qui vient d'être dit répond aux objections de piu^ sieurs qui constatent la logique de mon projet, et avouent que les f^its me donnent raison , mais qui tremblent encore devant la logique prouvée par les faits.

VAmi 4e la religion me dit que j^ nie l'infaillibilité de l'Église, Comment le ferais-je, si je ne m'occupe de l'Église qu'ep tsnt que spciale et politique, non en tant que dogmatique et religieuse; je n'avais point à parler de l'infaillibilité pt ne l'ai pomt fait.

Mais un autre, généralisant l'argument, me reproche d'oser accuser l'Église. Si l'Église a une mission sociale, veut-on qu'elle y soit infaillible? Je ne pense pas que nul ose aller jusque-là, car on sanctifierait tous les abus de

l'Église dans raccomplissement de cette mission, Finquisition, la torture, la permanence du martyre au nom du Dieu qui fait l'homme libre. Disons-le, c'est un éternel jeu de mots que ce terme Église. L'Église est doctrinale, mais elle est aussi la vie de la doctrine dans et par les hommes. L'Église doctrinale, c'est l'àme; la sociale, la politique, la philosophique même sont le corps. Vouloir que l'Église ne soit qu'un être de doctrine, c'est dédoubler l'âme et le corps. Si l'Église est Église dans sa vie doctrinale, elle est Église encore dans sa vie si3ciale, philosophique, politique. Y a-t-il accord entre la vie doctrinale et la vie politique et sociale de l'Église? Non. Je veux que, comme le corps de saint Paul faisait le mal que son âme haïssait, l'Église sociale ait commis le mal que la doctrinale réprouve; il est commis. Vouloir innocenter l'Église sociale et politique, et même philosophique, pour conserver intacte la doctrinale et religieuse, est donc aussi imprudent qu'irrationnel. Ce n'est que compromettre la doctrine et la religion par les erreurs philosophiques, les fautes, les crimes politiques et sociaux, qui s'attachent à la vie sociale de l'Église.

On veut bien que les hommes soient responsables de ces crimes, non l'Église. Quand un écrivain fait une histoire de l'Église, il en raconte le développement social et politique parmi les nations ; Taccuse-t-on d'impiété, lui dit-on qu'il ne peut parler de l'Église, mais des Pontifes,

prélats, évêques, etc., indépeudamment de l'Église? Où est l'Église alors? Dans l'Évangile? dans les décisions des conciles et des Papes acceptées par la catholicité ? C'est l'Église doctrinale, non la sociale et la politique. Il y a solidarité dans l'Église : Vous voulez, en vain, rejeter les théories anti-sociales, les crimes politiques sur les Pontifes, et tenir l'Église dans un isolement impeccable, si ces théories sont la tradition même de l'Église sociale, si ces crimes politiques sont la conséquence naturelle des théories sociales adoptées. Comment l'Église, qui en tant que doctrinale, a été si attentive à se préserver du contact des hérésies, s'est-elle faite, en tant que politique, la complice de toutes les théories politiques et sociales, destructives de la liberté de l'homme et de sa propre doctrine? Veut-on innocenter les fautes sociales au nom de la doctrine? Dans l'ordre moral , l'Église a condamné, avec raison, comme hérésie cette théorie qu'on voudrait, pour la défendre, reporter à l'ordre social et politique, c'est la théorie de l'absorption de l'âme dans une contemplation qui permettrait toutes les monstruosités du corps. C'est la séparation de l'âme et du corps, quand la vie en est le lien, quand la vie haute et vraie est l'inspiration du corps par l'âme. Le corps et l'âme de l'Église sont séparés, qu'on s'étonne encore de son état de langueur et de mort. Et je ne crois pas que le monde puisse présenter un second exemple de contradictions aussi inouï, que la doc-

trjne méthaphysique et religeuse de l'Église en regard de ses traditions politiques et sociales. Lorsqu'on contemple ce fait se perpétuant dans les âges, on se demande com** ment il a pu exister un seul moment. S'il est un spectacle qui donne de Thumanité une idée lamentable, cVst celui^ là. Tous les principes sont là, et ce qui devrait être la con* séquence des principes, en est la violation. Nous chercherons, dans un prochain ouvrage, quelle a pu être la cause première de cette déviation aux principes. Ici, contentons-nous de remarquer que , si l'Église doctrinale avait su faire pénétrer et infondre en la sociale les divines doctrines, nous aurions, ce qui est l'aspiration de notre âge, le christianisme socialement appliqué. Il aurait passé, successivement, de la doctrine dans l'Église, de rÉglise dans les consciences, des consciences dans l'État et le sacerdoce constitués par elles^ dans les mœurs et dans la vie enfin. Ainsi, comme parle Montaigne, l'aimant attire non-seulement uneaiguillOi mais infond en elle la faculté d'en attirer d'autres. Nous savons quelle est Tàme de l'Église, et delà il est aisé de décider quel devrait être le corps.

M. l'abbé Cognât veut que je ne soupçonne même pas rexistencedu surnaturel. Cependant il déclare, lui-même, que j'admets la notion du Dieu chrétien. Il va même jusqu'à dire que j'en fais la preuve avec force et solidité. Or, cette notion suppose nécessairement la permanence du surnaturel dans la vie de l'homme et du monde. M. Cognât tombe dans une étrange contradiction.

Il faut ausBi que je dise à M. Cognât que, philosophiquement et en méthode, la fol ou croyance est le terme opposé de la certitude , que cette foi est l'intuition, l'entrévision de l'absolu dont la certitude est la connaissance fixée par la science. J'ai donc le droit de dire que, pour admettre cette foi, il n'est pas nécessaire d'admettre tel ou tel Dieu , puisqu'elle est de l'essence de l'esprit de l'homme. Il faudrait mettre décote les premières notions de la métaphysique , pour ne pas voir que je ne parle pas ici de la foi chrétienne.

Je pourrais aussi demander à M. Cognât: comment un esprit auquel il accorde de la vigueur, de la force, de la solidité quand il est de son avis, perd subitement ces qualités quand il n'en est plus. Mais je ne veux pas le suivre sur le terrain des personnalités, qui ne sont pas des preuves.

VUnim prétend que je nie à l'Église le droit de souveraineté sur elle-même. Mes deux écrits, sur cette matière, tendent au contraire, à le lui sauvegarder. Ce droit est inamissible, et les sacerdoces qui ne l'ont point ne sont pas de véritables sacerdoces, parce qu'ils sqnt incapables de protéger et d'assurer la liberté de la conscience religieuse. Ce droit est, à mes yeux, la véritable cause d'institution sociale de l'Église, puisque le propre de ce sacerdoce, indépendant de tout ce qui n'est pas Dieu et la conscience, est de garantir imprescriptiblement la liberté de la conscience devant Dieu. Mais pour qye ce droit soit réel, non fictif, il ne faut pas qu'il appartienne aux gouvernants de l'Église, à l'exclusion des consciences, ce qui établit une théocratie, un pouvoir qui, au lieu de sauvegarder, détruit la liberté de la conscience. Je veux et je crois établir la liberté de V Église par les consciences, la liberté des consciences par FÉglise (1). Le principe de la souveraineté de communion^ que je pose

(1) Et qu'on le remarque, c'est la vraie loi d'existence de la liberté des consciences et du sacerdoce.

comme la loi sociale du sacerdoce, est, pour qui veut le peser, tout à la fois, la consécration de la souveraineté de toute église, et par conséquent, de PÉglise catholique sur elle-même, en même temps que la garantie que ce droit de souveraineté ne sera pas confisqué, soit par les chefs de l'Église, soit par les gouvernements contre les consciences. L'Église sociale a oubhé que les consciences sont aussi l'Église, qu'elles sont sa base sociale; elle a voulu se passer des consciences, et ce sont aujourd'hui les consciences qui veulent se passer de l'Église. Et l'on s'étonne que l'Europe semble lasse de christianisme. Les consciences ne reviendront sans défiance à un sacerdoce, que lorsqu'elles sentiront qu'il est basé dans un principe social qui les protège aussi bien contre le prêtre que contre l'État. C'est parce que l'Église catholique a seule, de tous les sacerdoces, l'institution nécessaire pour pouvoir être une assurance de liberté aux consciences, sans mettre en hasard la notion de Dieu et le lien de l'homme et de Dieu, qu'elle doit survivre à tous les sacerâô'cëà, si*elte«iUe^ramener au vrai principe social de la souveraineté du sacerdoce sur soi-même : la souveraineté de communion. Je veux le répéter : il n'y a pas d'autre souveraineté sur soi-même pour l'Église sociale, que la souveraineté de communion, et ce principe protège aussi bien la conscience humaine contre les autocraties gouvernementales, que contre les théocraties.

II est donc bien imprudent à M. Laurentie d'avancer contre toutes mes tliéories, que j'établis des organisateurs d'Église d'état. Je nie absolument toute Église d'état, protestante ou catholique, théocratique ou autocratique, et la fin de mon projet, comme la conséquence forcée de mes principes, est d'anéantir, dans un temps donné, toute Église autocratique, comme je m'efforce d'anéantir aujourd'hui la théocratie. C'est à ce but que j'ai visé en m'imposantle devoir de chercher quelle est le vrai principe social constitutif du sacerdoce. J'ai touvé, et j'espère avoir démontré que ce seul principe était la souveraineté de communion, véritable dogme social, parce qu'il est unique pour assurer la vie libre, la marche régulière des nations, surtout des nations chrétiennes. Ce principe évite les oscillations où le monde se traîne depuis des siècles, et où vous le suivez vous, catholiques, qui ne sachant vaincre l'autocratie gouvernementale, retombez à la théocratie ; comme le protestantisme ignorant les moyens d'échapper à la théocratie, se jette dans l'autocratie des empires. Ce sont deux excès, donc deux faussetés.

Mais un autre prend Tidée inverse et me dit au contraire, que je conserve un vestige de gouvernement temporel, en admettant une propriété territoriale consacrée par la catholicité à la papauté. Il prend ombrage de ce que les rois vont sanctionner par leur accord, ce que la cons-

cience catholique considère comme une condition de liberté pour elle-même. Étrange susceptibilité d'un ami de 1 a liberté, et qui tourne contre la liberté mêmel 11 n'y a pas gouvernement, puisqu'il n'y a pas de sujets ; un droit de propriété ne confère ni droit politique, ni droit sur les hommes, mais assure seulement une indépendance légitime. Et, si Ton pense que ce droit de propriété est de la catholicité, non de la papauté, on verra bien alors que c'est la conscience catholique qui, par ce moyen, se fait indépendante contre les empiétements des rois, comme elle se protège par la souveraineté de commimion^ contre les empiétements du sacerdoce. La conscience catholique a donc double garantie de liberté.

Contre les rois :

1° Elle se fait concéder par eux un droit imprescriptible de propriété, dont l'usufruit, donné à la papauté, assure sa libre action ;

2'> Elle constitue, sans et malgré les rois au besoin» l'indépendance financière et réelle de son sacerdoce.

Contre le sacerdoce :

1« Parce que, lui assurant son indépendancCi elle le fait être socialement, et que le sacerdoce ne pouvant être sans elle, ne la peut plus opprimer ;

2*» Parce que n'ayant plus de gouvernement, le sacerdoce ne peut se croire un droit divin sur les hommes, parce qu'au contraire, n'ayant que la jouissance des pro-

priétés catholiques, il sentira qu'il ne peut être socialement que par les hommes.

Et une fois ce mécanisme compris par la conscience moderne, il est impossible que les rois y portent atteinte, ce serait pour eux un danger qu'il est facile d'apprécier.

Tout homme qui, dans cette grave question, ne partira pas avant tout de la liberté de conscience^ ne trouvera pas rinstitulion vraie qui la fait libre et solidement libre, mais il l'exposera aux hasards des ambitions gouvernementales ou sacerdotales. C'est ce qu'il faut également redouter et fuir. La séparation absolue du sacerdoce et de l'État, sans garanties pour la liberté de la conscience, l'expose à jamais, vis-à-vis de l'État. Il ne faut pas que la guerre juste contre un sacerdoce théocratique, aveugle les amis de la liberté, jusqu'à les faire agir contre la liberté de conscience, croyant qu'ils n'agissent que contre le sacerdoce. Le sacerdoce est le représentant officiel et social de la liberté de la conscience, si l'on sait l'amener à une institution qui fasse lui Ubre des rois, la conscience libre de lui. Il faut donc arracher au sacerdoce les prérogatives qui lui permettent de peser sur la conscience, mais lui conserver, avec la jalousie de l'amour de la liberté, celles qui le mettent à même de la protéger contre l'État. Tant qu'on ne comprendra pas ce balancement nécessaire, je dis qu'on n'aura pas compris ce que c*est que la liberté de la conscience, ce

que c'est que le sacerdoce, ce que c'est que la mission sociale du sacerdoce, ce que c'est que le rapport vrai de Ja conscience, du sacerdoce et de l'État. Socialement con • sidéré, le sacerdoce, encore un coup, est la représentation de la liberté de conscience; garantissons-le donc jusque-là qu'il puisse rendre la conscience libre, mais rien au-delà, parce qu'ayant évité l'ambition des rois, la conscience se replongerait sous le joug du sacerdoce exalté. Le sacerdoce est fait pour la conscience libre, et non la conscience libre pour le sacerdoce, par une loi plus stricte encore, que celle qui fait les rois pour les nations et non les nations pour les rois. Vous êtes les serviteurs des serviteurs de Dieu a dit le Christ.

Mais V Union reprend et m'accuse de faire peser exclusivement sur les Papes et les gouvernants de l'Église ridée précopçue de la théocratie. Or, c'est le contraire que j'établis, car je les innocente en partie, en montrant comment les Barbares furent naturellement portés à créer à la Papauté un pouvoir temporel. Mais il faut bien dire que si l'Église n'avait pas été préparée par certaines doctrines, que j'examinerai en leurlieu,àraccep-

tation (}e cette puissance, jamais elle ne l'aurait accueillie, jamais non plus elle n'aurait adopté la théorie social^ du droit divin, la théocratie; jamais elle n'aurait donné sa faveur marquée à l'absolutisme, et n'aurait fait, de tous ces errements, la tradition même de son gouvernement jusqu'à nos jours.

Je n'iniagine donc pas que le moyen 4ge soit sorti tout armé du cerveau des Pontifes, et ceci répond en même temps à MM. Cognât et Laurentie; mais je dis, avec tout ce qu'il y a de critique historique, que le moyen âge a été le résultat de la double force de la barbarie et de la théocratie. Et j'ajoute que les sociétés modernes, se dégageant par degré des entraves de l'une et de l'autre, au moyen des principes du christianisme et de la loi naturelle, promettent au christianisme, cette sublimation de la loi naturelle, une application qu'il n'a jamais eue.

Non, ce n'est pas l'Église qui a constitué historiquement l'absolutisme royal, c'est la barbarie, et c'est elle encore qui y a ajouté l'absolutisme de l'Église. Mais l'Église a sanctionné l'une et l'autre par la théorie du droit divine l)ar la théocratie spirituelle et matérielle; et si la barbarie a été cause d'absolutisme dans le fait, l'Église s'en est constituée et en reste la cause morale par la sanction que sa philosophie et sa doctrine sociale ont donnée au fait barbare.

Peut-on, d'ailleurs, aller jusqu'à dire que la théocra-

tie de PÉglise n^ait pas eu son utilité dans les âges qu'elle a traversés? Si je pense à Tutililé qu'aurait eue l'Église socialement et poétiquement fWèle à Tesprit du Chrisl, je trouve que c'est une balance difficile à felre que celle des maux qu^ causés la théocratie, des progrès chrétiens qu'elle a ralentis ou empêchés ou détruits une fois opérés, tout cela mis en regard du bien qu'elle a pu engendrer chez des peuples ignorants. Du reste, nier les bienfaits de la théocratie, ne serait en aucune façon nier les services rendus par l'Église. L'immortelle doctrine du Christ qu'elle a partout et toujours portée aussitôt qu'elle était affranchie des préoccupations de la théocratie spirituelle et temporelle, de la politique et de la puissance, a pu parfois parler haut par l'influence même que cette puissance, cette politique, cette théocratie spirituelle et temporelle donnaient à l'Église. Mais suit-il de là que la théocratie soit la seule et la véritable voix qui doive prononcer dans le monde le nom du Christ ? Non, elle est éteinte à jamais, cette théocratie, non pas forme, mais représentation mensongère, momentanée, et qui n'aurait jamais dû être, d'une doctrine qui, par ses principes la niait, loin de la nécessiter. Cherchons donc, et trouvons ensemble, au lieu de disputer, la véritable forme qui moule, philosophiquement et socialement, l'esprit religieux et moral du Christ. Et n'oublions jamais, dans cette tentative, que l'abandon absolu de toute théocratie par l'É-

glîse, est une condition preniière pour que le monde moderne consente seulement à discuter avec le catholicisme.

Quanta cette société modeiDe, que vous affectez de ne pas connaître, que vous ne savez où prendre, elle est née de Tesprit du christianisme, infiltré par TÉglise durant les générations. En sorte qu'on peut dire que c'est l'Église elle-même qui a vaincu sa propre théocratie, en inoculant dans les peuples l'esprit du Christ, qui la contredit et devait la vaincre. Cette société moderne est née le jour où les principes du christianisme sont devenus un code social; ce jour-là, vous le connaissez ; n'osez- vous donc le nommer? c'est 89.

Non, ce n'est pas parce que la société moderne ne supporte pas le pouvoir temporel que j'en veux la destruction. C'en est l'occasion, non la cause. Je ne saurais avoir de complaisance pour qui que ce soit dans des ques- . tions de principes. Une seule chose doity animer l'homme, la vérité. Les raisons de ma réprobation sont plus haut placées, je les trouve dans la loi naturelle, dans l'équilibre des empires, dans le développement de l'humanité, dans les principes métaphysiques, dans les dogmes chrétiens et catholiques, dans les paroles de Moïse et du Christ.

Toute l'argumentation du parti prétendu catholique roule sur cette funeste impiété : le sacerdoce catholique et la société moderne ne peuvent pas vivre ensemble.; Il

semble qu'on onttmde les t^xcessifs de la desirpctioû- DéimîsoDs la société modeniej diseiU les uns; détruisons le sacerdoce et le Christian isme^ disent les autres. Je sais f]u'il y a des catholiquÉ^s qui veulent tenir un langafrephis radouci; mais tajjt qu'on pourra ramener leur doctrine h la llièocratîe, ils seront entraînés dans la raêmecûnséquence- La vérité est là ; La société moderne, fruit du christianisme, ne peut vivre avec la théocratie, fruit de la barbarie. C'est parce que la société moderne est fruit du christianisme, qu'elle fait aujourd'hui la guerre à la théocratie de rÉglise. Que si le sacerdoce catholique laisse la lliéocratie et tire enfin les conséquences philosophiques et sociales du christianisme, comme la société moderne tonte, en se trompant parfois, de le faire, il pourra donc vivre avec la société moderne, puisque tons deux seront chrétiens. Mais le parti prétetidu catholique repousse le christianisme de la société moderne, pour défendre la théocratie de rÉglise; il oublie le christianisme de l'Église pour imposer les institutions barhares k la société moderne chrétienne. Ces catholiques renient le, Christ, son esprit et ses conséquences^ pour défendre à jamais le pouvoir usurpé du sncerdoce; qu'ils se juyentdonc euxmêmes.

On affecte de redouter les excès de la souveraineté de îiiUion, de la souveraineté de communion; redoute4-ou

les excès de l'absolutisme ? Non , on les aime. Mais d'ailleurs quels excès peuvent commettre les souverainetés de nation et de communion? La souveraineté de communion, instinctivement respectée par Moïse, posée par le Christ, ne s'arroge pas le droit de créer un Dieu à sa fantaisie, mais elle s'attribue le droit, qui doit être désormais imprescriptible chez les peuples, de constituer socialement son sacerdoce, et d'assurer Tindépendance de la conscience religieuse contre l'Etat et contre le prêtre. Vous proclamez tous la liberté de ^conscience, qu'est -elle sans cette garantie, qui n'est que son exercice même? La souveraineté de nation consacrée instinctivement par Moïse, rationnellement par les docteurs chrétiens, ne s'arroge pas le droit de faire les lois absolues de la morale, de la justice , mais elle s'attribue le juste droit de modeler la société sur la connaissance que les époques diverses ont de ces lois^ absolues, et de proportionner la somme de liberté au respect même que les hommes sont capables de leur porter.

Tels sont les beaux principes et la belle marche de la société, vraiment chrétienne, que nous appelons la société moderne. Renoncez à jamais à lui ôler ce double droit divin, ou vous serez écrasés dans le tourbillon de justice que Dieu souffle sans cesse sur le monde par les vérités religieuse, phisolophique et éociale. Vous prétendez modérer la révolution par te théocratie, prétention qui in-

dique peu de vues pratiques et que les faits condamnent. L'avez-vous modérée en 89? Vous l'avez causée et, l'ayant causée, vous l'avez exaspérée, comme vous l'exaspérez

('ncore Htijounriiui et comme vous lui caustirez encore^ jp le crains, de nouvetles folies el de nouveaux délires. Si votis saviez ce qu^l y a d\ispi râlions vraimeiil. cl i ré Lien nos dans celte révolu lion tant maudite , vous la regnrderiez avec des yeux d'indulgence et de justice. Mais, que dis-je, que peut voir Texcôs, que son excès même ! Si encore vous n'empêchiez pas la révolution de voir combien elle-int'îme est ctirélienne , si vous n'empêchiez pas les hommes ffuVdle enthoTisiasme de le sentir, et si par là, vous ne les entraîniez pas à nier le chrîstiansme pour conserver la liberté! Mais vous vous appliquez à cacber les principes sociaux du Clnist pour riverj ouvertement ou en secret, lachaîue théocralique au mu des peuples abusés. Ils sont aveugles ou conducteurs d'aveugles^ tuus ces liummes religieux qui tentent encore de laire durer^ malgré la lumière qui veut éclater à tous les yeux^ e* long tiuiproquoqui a fait confondre |iar presque toutes les mlolligences et dans tous les partis, la religion avec la Ihéucratie. Qu'ils retombent sur le cœur do ces tristes défenseurs de la théocratie, les remords des maux que la religion, la morale, la société et Dieu même ont souflerts, sùulïrent et souffriront encore dans cette lutte, la plus déplorable de rhistoire peut-étrej ciïr on y v<ût les défen-

seurs de Tàme et de l'esprit, ne croire ni à rame ni à l'esprit, puisqu'ils ne leur veulent de force que par la matière.

Tout homme qui tente l'union de la théocratie, fût ce dans son ombre, avec la liberté, tente une œuvre impossible, insensée, sacrilège. Vous affirmez aux sociétés que vous voulez la liberté de conscience, la liberté civile et politique; vomissez donc loin de vous cette théocratie qui les viole toutes, sinon, soyez cyniquement vrais, et, dites tout haut : Peuples, nous voulons tuer vos libertés que le Christ a enseignées, dont le Dieu du catholicisme est le principe, nous oublions Dieu et le Christ pour la théocratie et l'absolutisme ; peuples, soye^ les esclaves du droit divin.

Et vous dites, que les passions perverses sont en révolte contre rÉghse, mais les justes aspirations, les droits sacrés des hommes, sont aussi en révolte contre ses théories sociales. Qui soulève les passions perverses, sinon ceux qui violent les droits sacrés? Que l'Église abandonne des théories sociales où elle blesse la justice de son Dieu et des hommes, et ses vertus intimideront plus les passions perverses que son sceptre, son trône, ses soldats et ses armes. Où étaient les armes, le sceptre, le trône, les soldats du Christ, des martyrs? L'histoire que l'Église propose à notre admiration, à notre imitation, nous montre que c'est sans armes, sans soldats, sans

trône, que TÉglise à opéré et est appelée â opérer, sans cesse, la régénération du monde. Quels chrétiens êtesvous donc, si vous doutez autant de la force de la vertu chrétienne, que de l'histoire même du Christ et du christianisme ? Êtes-vous des clirétiens? Vous êtes ces demipolitiques dont le Christ a raillé la sagesse courte, en appelant folie son éternelle sagesse.

Mais un autre affecte Thomme pratique et le jugeur d'hommes, il me dit : l'espèce humaine est amie des jouissances, vous voulez des héros, vous n'aurez plus de prêtres si vous exigez trop d'eux.

Celui-là craint que je n'appauvrisse l'Eglise par mon projet; qu'il se rassure : Je sais qu'on ne veut plus de martyres; je ne fais pas de la pauvreté une règle, mais une perfection. Je n'appauvris pas l'Église, je l'enrichis, mais je mets les gouvernants do l'Église dans la nécessité de sentir qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes par droit divin, qu'ils ne sont rien socialement, et n'ont rien sans la catholicité, et que, par conséquent, ils doivent à la catholicité l'emploi et le compte de l'emploi de la richesse catholique.

Et maintenant, vous qui voulez accepter l'humanité telle qu'elle est, et ne la voulez voir que basse à votre gré, vous commettez deux fautes, l'une contre le christianisme, l'autre contre l'homme.

Pourquoi le christianisme tente -t-il l'élévation de

riiomme par l'inoculation de la vie du Dieu toujours présent et toujours agissant ? accepte-t-il Thomme tel qu'il est? Non, il l'entraîne à Dieu. Le suppose-t-il si bas qu'il soit, incapable d'y monter ? Non, il lui assure qu'il a toute force communiquée par l'infini pour y arriver. Votre mot est donc anti-évangélique, ce n'est pas tout, c'est une calomnie contre rbumanité.

L'homme a ses vices, mais il a sa grandeur, sa grandeur est sa nature, aussi bien que sa défaillance et sa bassesse. Quoi que vous disiez et fassiez, calomniateurs de l'homme, qui l'entretenez dans sa bassesse, au lieu de l'en sortir, l'homme aura toujours l'appétit du vrai, du beau, delà justice, il aura donc toujours la faim inassouvie de Dieu par les lois absolues qui le font toucher à rhomme dans la vie. L'homme est double, il a toujours du héros, toujours du bas. Vous qui ne voyez que le bas, vous m'apparaissez comme ces peintres menteurs de réalité, qui ne veulent voir le réel que dans le laid. La beauté est plus réelle que la laideur, en principe et en fait; la beauté, la vérité, le bien sont inhérents à l'esprit, à la chair et au cœur de l'homme, et ce supernaturel, lui est aussi naturel, que son naturel même.

Hommes amollis, vous ne voulez pas qu'ils soient des héros, les prêtres du Christ, ces exceptions des exceptions dans l'humanité I Quittez tout et me suivez, c'est la vocation du prêtre. Mais, à prendre moins haut, les na-

tiens ont-elles des armées pour avoir des lâches? Pourquoi la catholicité aurait-elle des prêtres pour avoir des jouisseurs? Le prêtre est le représentant vivant de l'idée du sacrifice dans Thumanité, et de la souffrance du Christ dans la religion; c'est sa gloire, sa force, sa prédication, sa sainteté. La France a un million d'hommes qui deviennent les héros de la nation au jour de la bataille. Que leur faut-il pour cela? Savoir mourir. Nous voulons des prêtres qui soient les héros de l'humanité. Quq leur faut-il? Savoir souffrir. Je dis que si l'armée ne sait pas mourrir pour la patrie, il n'y a pas d'armée. Je dis que si le sacerdoce ne sait pas souffrir, il n'y a pas de sacerdoce. Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Avons-nous ce sacerdoce? Église, trembla donc de laisser la catholicité sans sacerdoce.

Toute la question est donc là, entre ce que veut le parti prétendu catholique, et ce que je propose : L'indépendance de la conscience catholique et de l'Église a-t-elle Ijesoin, pour être garantie, d'un droit politique attribué à la papauté, ou bien Test-elle suffisamment par un droit de propriété territoriale reconnu à la catholicité, et qui, joint aux autres conditions de hberté que j'ai énumérées, assure à la papauté sa libre action, son accord avec la catholicité étant, d'ailleurs, assuré par l'indépendance hnancière constituée par le suffrage de communion.

Avec le droit dé souveraineté politique, l'indépendance

de l'Eglise se perd, je l'ai prouvé; sa dignité, dans nos sociétés, s'abaisse, je l'ai prouvé; les principes du catholicisme sont violés, je l'ai prouvé; la marche de la société moderne entravée, je l'ai prouvé. Avec le droit de propriété garanti, l'indépendance matérielle est sauvegardée, l'Église se relève, parce que, spirituelle et libre, elle devient l'alliée nécessaire des sages libertés modernes ; les principes du catholicisme sont respectés, et l'esprit de liberté qui anime les dogmes, passe enfin dans les faits. Ainsi, le Pape est souverain pour que la conscience catholique ait la souveraineté de soi-même; il est souverain sans sujets pour que nulle conscience dans la catholicité ne puisse porter le poids de sa souveraineté; il est souverain pour4)rotéger la liberté de la conscience, il ne l'est plus pour l'anéantir. Le voilà, ce roi sans sujets, sans royaume de ce monde, vous dites vrai en croyant railler : Son sceptre est un roseau, ce roseau porté par les mains saintes du Christ, qui ne s'est jamais rompu dans ses doigts sacrés, et que nulle tempête ne pourra jamais arracher ou briser. C'est bien là le juste sceptre de l'humilité, comme ses seules armes sont-la croix; et le Christ, en le recevant de la main des tourmenteurs, l'a consacré à jamais. Quand donc sentirez-vous, pseudo-catholiques et pseudo-chrétiens, que la force matérielle de l'Église et de tout c^ qui est de l'Église, fait que la société matérialisée ne considère l'Église que comme une acheteuse et

une vendeuse, une coureuse de richesses comme ellemême. Savez-vous deux moyens de vaincre le matérialisme de cette société, qui vit de jouissances, de convoitises, qui ne sait rien de la vie de l'esprit, qui est tout entière aux grossièretés du sensualisme? savez-vous deux moyens de lui faire sacrifier ses instincts de débauche et ses besoins d'indiscipline? Pour moi, je n'en connais qu'un seul, et Christ affirmait ce que je crois : C'est que rÉglise soit la représentation vivante, philosophique et sociale de la doctrine ; c'est que, pour mettre d'accord la société moderne avec le christianisme, elle commence elle-même à se mettre d'accord avec lui ; c'est qu'elle enseigne le détachement, la vertu, la vie de l'esprit, la vie de l'âme, la pureté, le respect de la morale et des principes évangéliques par l'exemple, par l'exemple, entendez-le bien ; et qu'elle complète cet exemple par l'appel de toute science, de tout effort en toute science, et par la preuve sans cesse renouvelée que, comme le Dieu chrétien, elle ne veut l'homme que de sa propre liberté.

Le parti ultramontain m'accuse d'utopie; le libéralisme modéré lui répond que mon travail est le plus vaste et le plus solide qui ait été fait sur la question romaine. Il ne m'appartient pas de le soutenir. Mais, des deux opinions, l'une est certainement fausse. Le paragraphe suivant finira de montrer, par les faits, où est la vérité pratique.

L'Union termine ses quatre articles de réfutation par ces mots : fiOula violence, telle que la poursuit le héros Garibaldi, ou bien l'utopie telle que la rêve le penseur Slrada, c'est-à-dire, ou bien l'extermination pure et simple de la papauté, ou bien l'établissement d'une papauté nominale. >

Le héros Garibaldi, épris de l'amour de sa patrie, ému de la voir privée, parmi les nations modernes, d'une place qu'elle ne peut acquérir que par l'unité, cherche à détruire le gouvernement temporel qui en est l'éternel obstacle. Il a l'arme des héros, son épée.

Le penseur Strada, ému des maux que souffrent la société et l'Église, par Tabandon du christianisme, en cherche la cause et le remède. La cause, c'est la théocratie ; le remède, c'est la découverte du véritable principe social constitutif du sacerdoce. Et il tente, sur ces bases, l'union du monde moderne et du sacerdoce, afin que le christianisme puisse, par là, répandre et compléter ses bienfaits.

Le penseur Strada ne poursuivra pas cette tâche avec moins d'ardeur que le héros Garibaldi n'accomplit là sienne. Pour vous, frappez tous, chaque plaie que vous me ferez sera comme une bouche nouvelle par qui parlera et s'épanchera la vérité.

LE STATU OUO ttOWAiN

Avant de terminer, arrêtons-nous donc à considérer létat actuel de TÉglise. Quand je le pénètre jusqu'au fond, je vois, dans le statu qm romain, la solution que je propose, mise en activité par la force même des événements. Elle est incomplète, sans doute, mais elle a déjà ses éléments de perfection.

Qu'est-ce, en effet, que le statu quo? il est double.

Vu d'une face, c'est l'armée d'occupation française à Rome, c'est l'Italie arrêtée dans sa complète organisation, c'est la conspiration en permanence sous l'égide de la papauté, c'est Tappel continu à l'Autriche, c'est la menace toujours présente d'une conflagration européenne.

Ces conséquences, chargées d'anxiétés et de désastres, frappent tous les yeux, et les patriotes italiens, les amis

de la liberté, ont tout droit d'en gémir, aussi bien que ceux qui veulent sincèrement la paix de l'Europe et l'affranchissement de la papauté et de la religion.

Mais il ne faut pas se borner à considérer dans le statu qm, ces seuls effets les plus extérieurs, non les plus actifs. Si l'on approfondit, on ira jusqu'à voir que l'état des choses ruine et détruit bien plus réellement le gouvernement temporel de la théocratie, qu'il n'atteint la liberté ; il retarde l'une, il anéantit l'autre.

Quelle est, en effet, l'autre face du statu quo : lo c'est lapapauté réduite au territoire de saint Pierre, c'est-àdire sans budget suflBsant a ses besoins, sans les riches bénéfices italiens qui la soutenaient. C'est donc la papauté sans finances produites par un gouvernement temporel depuis deux années environ ; 2" c'est la papauté refusant des subventions des gouvernements ; 3« c'est la papauté demandant à la catholicité son indépendance fi* nancière. C'est donc la papauté réalisant dans les faits, depuis deux ans, sans en comprendre la portée ni la formidable conséquence, que la sagesse pratique de notre temps saura en tirer, c'est, dis-je, la papauté réalisant le projet même que j'ose proposer, VEglise vivant et se constituant depuis deux ans par la catholicité.

Entre mon projet et la réalité mise en œuvre dans le statu quo romain, quelle est la différence? Dans le statu quo la solution est instinctive; on ne la veut pas avouer

solution, bien que les faits, comme les principes, la fassent telle; on veut qu'elle soit une situation anormale et

iniimssible, quand il n'y a d'aiiornial et d*i ni possible que les exigences de Rome. On veut donc rompre avec Xesiaki iiuo ei rejeter le dénouement qu'il couLienl.

Dans mon projet, la solution n'est plus instinctive, elle est analysée, faite rationnelle et pratique; elle est appuyée sur des principes que sanctionnent d'un quadruple si'eaujles faits, la métaphysique catholiques la sagesse des nations modernes, la conduite même du Pontife qui, par ses refus, a amené la situation actuelle.

De mon projet, au statu quo^ considéré dans son essence, il n'y a donc que Tacceptation ou le refus de la solution.

Mais les dénouements (pie les faits amènent, sont in* dépendanls des acceptations ou des refus; ils sont. Mon prujet est donc déjà en soîutioii vivantes Rome, quoique la politique romaine fasse tout pour s'y soustraire. La pai>auléj réduite à un royaume qui. ne lui donnant rien^ n'est plus un royaume, prouve qu'elle peul^ subsister sans gouvernement temporel, et la preuve se lait à chaque jour et k chaque heure,.

Déplorons donc le slalu quo pour Tltalie, qu'il entrave, mais réjouissons- nous pour- la catholicité qu'il éclaire. L^ltalie aura Home, et, quand elle l'aura, la conscience catholique connaîtra S43S droits sur son sacer-

doce. Elle saura par Texpérience qu'elle peut le faire vivre, comme elle saura que le sacerdoce catholique n'a droit de subsister que par elle et pour elle, parce que seule elle a le droit de le constituer socialement par la souveraineté de communion.

Nous sommes donc heureux qu'aucun projet n'ait pu aboutir, parce que le statu quo est plus en avant dans la liberté que tous les projets. Si l'un d'eux eût été adopté, nous serions tombés dans quelque nouveau concordat entre les rois et le sacerdoce, où la conscience aurait couru de nouveaux dangers, ou bien nous serions tombés dans quelque déguisement de sacerdoce d'État. Étrange contradiction' f La politique romaine veut l'absolutisme, et le principe de la liberté de la conscience catholique que l'Église est forcée de défendre sous peine de s'anéantir elle-même, la pousse malgré elle dans la liberté, et elle crée, malgré les gouvernements, une situation telle, que la souveraineté de commuvion en sort de toute nécessité.

Les faits sont là; tendez les mains, touchez-les. Le sacerdoce sent^l enfin qu'il n'est rien sans la conscience catholique? S'il ne le sent pas aujourd'hui, qu'il ne vil que par elle, quand le sentira-t-il? S'il le sent, qu'il se tourne résolument vers elle, et qu'il dise : Constitue-moi sans les rois, et soyons l'un à l'autre notre liberté.

Rome, en cet instant, voudrait pousser aux extrémi-

lés ; esUe seulement parce qu'elle se lasse du statu qfio'f Rome est patiente. N'est-ce pas plutôt parce que sou singulier tiict politique commence â lui l'aire apercevoir que ]e statu qtio Si bien plus de dangers pour le droit divin ijUL^ pour les souverainetés de nation et de communion, ponr l'absolu tJsme que pour la liberté, pour la ihéocr:*lieque pour l'Italie? Elle voudrait hâter une soluiinn aOn dVmpBcher qu'on ne s' aperçût qu'elle peut vivre sans goïivernement temporel, puisqu'elle vît*

On raconle que le roi Plûlippe, entendant Alexandre le Grandj disputer le prix du rliant à des musiciens, s'écria : N'as-tu pas de hante de chanter si bien? Et moi, ]p m'écrie : Eglise, n'as-tu pas de honte d'être si fine politique, toij la fille de cçlui qui a tant méprisé toute polilique^ -

Home analyse bien la position. On a réuni environ vingt millions par le dernier de Saint Pierre depuis un an et ilemi. C'est plus que la Papauté ne retirait dans le même tenq^s des Étals Romains, si Ton défalque les charges de TEtat; qui a donné? La catholicité? Non, nous Tavons dit, mais un parti qui s'obstine à s'appeler catholique, et dont toutes les doctrines philosophiques et sociales , sont la destruction du catholicisme.

Cependant l'^'lglise vil, elle vit d'une |)artie de la catholicité. C'est un fait. Combien plus facilement vivrait-elle (le la calholicité même ! Cette petite part du monde catho-

lique, suflQt déjà à son existence, et l'Église, donne elle, même la preuve de sa vie spiritualisée et détemporalisée en vivant. Sa possibilité de vivre est prouvée par sa vie. Pourquoi, dit-elle, qu'elle ne peut vivre que par le temporel ? Elle est sans temporel et elle vit. Pourquoi, ditelle, qu'elle ne peut être libre que par le temporel? Elle est sans temporel et elle est libre, libre contre les rois et contre le monde entier, qu'elle tient en suspens depuis des années. Elle prouve sa liberté du même coup que sa vie.

Elle vit, elle est libre, et dans quelles conditions ? Elle vit avec des charges qu'elle n'a jamais connues au temps de son gouvernement temporel. Elle vit en alimentant la guerre civile dans les États voisins, elle vit avec toutes les dépenses désespérées qu'entraînent les positions et les efforts désespérés. Elle est libre, quand elle est assiégée par ses protecteurs, par ses sujets, par ses voisins. D'où lui vient donc celte inamissible liberté, sinon du principe de la liberté de conscience qu'elle défend. D'où lui vient donc sa vie , sinon de la conscience faite libre.

Combien donc, l'Église serait-elle vraiment libre et forte à vivre, si elle était délivrée de toutes ces circonstances aggravantes de sa situation? Si Spirituelle, elle attirait, non-seulement les dons d'un parti plus politique que religieux, mais, de tous ceux qui voudraient constituer incessamment un sacerdoce, que sa position nouvelle

ferait rallié nécessaire des libertés modernes, comme la morale qu'il enseigiiCj Ten constituerait un des plus sûrs gardiens, La moralité est la base de la liberté; que TÉglise soit ralliée de la liberté, et la liberté lui demaudra la moralité pour se sauvegarder elle-même.

Oui, Rome sent qu'elle est enfin acculée dans un épouvantable dilemme. C'est sur cette terrible alternative, que le concile de Mai ira briser ou grandir la religion et la moralité du monde. Ou l'abandon de la théocratie et la paix avec les nations modernes et avec Tespril du Christ, ou la guerre sociale de TÉglise contre le monde moderne, et contre le catholicisme lui-même, au nom de la théocratie.

Le statu qm, étale a tous les yeux la possibilité pour l'Église d'être sans théocratie matérielle, c*est un fait irréfragable qui a déjà assez duré pour qu'on le comprenne et qui précipitera à lui seul et à jamais le gouvernement temporel. En vain Rome veut y échapper en hâtant la solution par des violences suscitées. Au poinr où nous sommes arrivés, on n'en peut sortir par la reconstruction des État Romains, on n'en peut sortir par la neutralisation du territoire de Saint-Pierre, car cet Etat nouveau aurait, il est vrai, rinconvéuient de conserver le principe théocratique, mais, n'aurait pas l'avantage de faire vivre la Papauté, puisqu'il est, dès aujourd'hui, certain qu'il est insuBisant à sa vie. La Papauté serait donc

toujours obligée de faire coostituer son indépendance financière par la catholicité. La neutralisation du territoire de Saint-Pierre serait le statu qtw continué, et deviendrait le complément surabondant de la preuve que la Papaaté peut vivre sans gouvernement temporel, comme aussi, qu'elle ne peut vivre qu'en se faisant constituer par la catholicité. Or, cette preuve n'est plus à faire, elle est faite.

Ainsi Rome, les rois, les faits, les dogmes catholiques, tout pousse avec une égale et invincible puissance à ce principe social, désormais sacré : constitution de Tindépendance finandère de TÉglise par la catholicité, c'est-àdire : Constitution du Sacerdoce Catholique par la someraimté de communion.

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