CONCLUSION
Voilà le tableau exact de la situation de la République , présenté avec franchise et avec impartialité aux regards du peuple.
Y a-t-il à désespérer d'une telle situation?
Y a-t-il à se décourager de la République et de la démocratie organisée ?
Y a-t-il à se précipiter de nouveau, tète baissée, dans ces aventures rétrogrades de monarchies tant de fois écroulées sur le peuple, et à demander la préservation de la société et la stabilité des institutions à ce qui n'a pas pu se préserver soi-même et à ce qui n'a pu exister en moyenne sept ans de suite sur le sol révolutionné de notre nation ?
Non ! il y a à achever avec persévérance l'œuvre téméraire peut-être, mais nécessaire, que la nation a commencée en 1789, poursuivie en 1814-, et consommée en 1848: le gouvernement de la nation par sa propre main ; l'organisation imparfaite d'abord, progressive toujours, conservatrice à la fois de la démocratie régulière.
L'unité du peuple!
La république de tout le monde !
Il y a infiniment moins de dangers et d'efforts à
marcher désormais en avant, qu'à marcher en arrière.
Sans compter que la route en arrière vers la monarchie est coupée par le suffrage universel ;
Sans compter qu'il faudrait de plus refaire, avant dix ans, tout le chemin vers la démocratie et vers la République, que nous abandonnerions par notre inconstance !
Et qui sait si la révolution que nous préparerions ainsi à nous ou à nos enfants trouverait dans un peuple aussi magnanime un enthousiasme aussi généreux, une modération aussi méritoire que dans le peuple si calomnié de février? Qui sait s'il y aurait des mains assez douces et assez fortes pour gouverner une seconde fois ces tempêtes ? Les miracles ne se répètent jamais. Ne tentons pas le dieu de la démocratie, qui en a une fois abrégé les épreuves en assurant son triomphe.
Il y va cette fois, non-seulement de la sécurité, mais il y va de l'honneur de la France. Cette inconsistance dans ses actes et dans ses volontés porterait dans l'Europe et dans l'histoire le dernier coup à sa renommée de nation sérieuse , et le mot de César deviendrait, après cette abdication, l'injure des siècles.
« Nation incapable de supporter la monarchie, 3> nation incapable d'exercer la république. »
Quoi donc ? peuple sans définition !