CRIS DES ARCHERS
Gardez-vous ! gardez ! prenez garde!
LE CAPITAINE
Mort Dieu! ces sergents vont céder. Archers! A Varme! A Varme! A,Varme!
Au-dessus des têtes mouvantes qui se hissent dans la ruée avec des abois féroces, apparaît le buste de Jésus : de la couronne posée de travers le sang ruis-
290 LA PASSIOr^ DE MAITRE FRANÇOIS VILLON
selle sur le visage et la barbe ; un manteau de pourpre, noué au cou, s'entrouvre sur la poitrine earrottée ; un roseau fiché dans les cordes s'incline vers l'épaule droite.' Clameurs redoublées de rage et de terreur. Cris de femmes écrasées. Parmi les nuques et les chevelures qui font comme un pelage duveté, çà et là des lâches livides, visages d'hommes et de femmes tentant de se dégager ; des enfants sont dressés à bras tendus. Les sergents et les archers ont peine à résister ; le capitaine, se tenant d'un poing à l'étache, fait des gestes furieux et crie des ordres. Une violente poussée des archers détermine dans la foule un courant nouveau, de la gauche vers la droite : long hurlement de douleur des gens froissés; leur masse, refoulée, montre en son mouvement tournant des visages convulsés. Peu à peu les archers, que commande le capitaine, gagnent du terrain. La place, devant l'étache, se déblaie : on voit tout le corps de Jésus"; ses jambes liées sont tachées de sang; près de lui, sur le soi, des verges, des épines, des rotins rougis laissés par les archers. Le peuple est repoussé, la scène désertée, la mansion de l'étache se ferme.
La mansion du charpentier se découvre. Arrive un sergent.
LE SERGENT
Charpentier^ aurais-tu des croix ? .
LE CHARPENTIER (sur le pas de sa porte)
Ah! VOUS êtes le bienvenu ! Les temps sont durs, Je ne vends rien, Sifai des croix! En voici deux,
LE SERGENT
// m'en faut troit.
Voyons un peu. J'ai une poutre de vieux bois^ longue de quinze pieds au moins. . .
LE SERGENT
Parfait^ voilà bien mon affaire,