LE CHARPENTIER
Hé! ma femme ! sèche tes pleurs! Les enfants mangeront ce soir I On va mettre en croix trois larrons ! Le sergent me fit la commande! Femme! Dieu nous a entendus!
Le rideau de la mansion tombe. Sonnerie de trompes. De diverses parts des serments arrivent, suivis de bourgeois, de gens de métier, de femmes et d'enfants, qui bientôt occupent toute la scène. De place en place, les sergents montent sur des bornes, lisent Tarrêt et annoncent que Texécution aura lieu au mont du Calvaire. Surviennent le capitaine et le tourmenteur.
LE CAPITAINE
Barraquin! Barraquin! Mort Lieu! le maraud ne viendra donc point ! Ah! te voilà! tout est-il prêt? Tous les hommes sont-ils armés, et les chevaux sellés ? c*est
bien. Avez-vous sorti les bannières? Mort Dieu! mais à quoi pensez-vous ? Mais va^ traître^ va donc plus vile f A quelle heure mangerons-nous?
LE TOURMENTEUR (à ses aides)
Marqueta Lambert^ mes doux amis^ avez-vous là bien tout ? voyons. Les pics^ les hoyaux, les marteaux ? Voici les pinces et les clous. Bon, il vous faudra maintenant vous en aller quérir la croix. Elle est lourde, prenez troia hommes.
Les archers se rangent, faisant une haie de Fétache à l'Orient. Le peuple se presse en silence de chaque côté, plus nombreux vers Tétache, dont la mansion se découvre.
On voit Jésus entouré d*archers et de prêtres qui le frappent et Toutragent, mais de mains molles et de voix exténuées.
Paraissent Pilate et Caïphe au milieu des docteurs de la loi et des prêtres. '
PILATE (à Caïphe)
C'est assez moqué, croyez-moi. Ayez pitié de lui, voyez.
CAIPHE
Oui, oui. Voici la croix, du reste, (Criant aux prêtres de l'éuche) Holà, il le faut revêtir !
UN PRÊTRE (de l'étache)
Il faudrait ôter la couronne I
CAIPHE
OteZ'la, (Au prévôt.) La croix est pesante.
Vous voulez que Jésus la porte ?
CAIPHE
N'a^t'il pas offensé César?
PILATE
• Monseigneur^ je vous en supplie^ faisons vite,
UNfe VOIX (de rétache) Et cette couronne? la lui remet on ?
CAIPHE
Mais sans doute.
On amène des chevaux à Caïphe et à Pilate. Jésus, détaché, est conduit jusqu'à la croix. Sa robe blanche, trempée de sang, se colle à son corps.
UN PRÊTRE (près de la croix)
Jésus ! ton lit est bassiné !
CAIPHE
Laissez! Il est t heure! Partons.
Jésus prend la croix et avance entre les archers ; il fléchit sous le poids, tombe et se relève ; des archers marchent à ses côtés, avec le capitaine. Suivent: le bourreau et ses aides ; les gens d'armes à bannières déployées ; Caïphe et Pilate à cheval ; les prêtres ; la foule des bourgeois et gens de métier, dont un groupe, se tenant par les bras, chante. Quand le cortège a disparu par Orient, vient par Occident Simonne laboureur.
SIMON
Je suis maudit! Il faut que faille à la grand place du Marché, Qui sait? f y trouverai besogne,,.
Reparaît, par Occident, Jésus portant la croix. Il tombe en arrivant à Simon. Pilate et Caïphe, entrant en scène, se dressent sur leurs étriers, cherchant à voir.
PILATE
Hé! Qu'est-ce ? On s'arrête? Pourquoi?
LK CAPITAINE (venant à lui)
Jésus n'en peut plus,
CAIPHE
Frappez-le !
LE CAPITAINE
Il est rendu et tremble tout ; il parviendra mort au Calvaire.
CAIPHE
Ah non ! Il ne faut pas !
LE CAPITAINE i
Que faire ?
CAIPHE
Qu'on porte la croix,
LE CAPITAINE
Oui^ mais qui? Vos prêtres?
Seigneur capitaine^ voyez-vous là ce laboureur ?'
LE CAPITAINE
Je le connais. Simon !
SIMON
Seigneur ^
*LE CAPITAINE
Porte la croix jusqu'au Calvaire; tu seras payé. Qu'attends-tu ?
SIMON
Seigneur^ mais je n'ai pas méfait ! Et c'est là une grande honte I
LE CAPITAINE
M'entends-tu, rihaud? Prends la croix, mort Dieu ! ou tu seras battu !
SIMON
Au fait^ Jésus Va bien portée. Donc je peux... Ah mais! elle est lourde! Ne m' aiderez -vous pas? des prêtres! des gens d* armes! ils ne pourraient. A lions ^ courage, et prenons-la.
Le cortège se remet en marche et disparaît par Orient. Quand la scène est vide, la mansion du Calvaire se découvre; des sergents entourent deux larrons liés. Paraît, par Occident, Simon portant la croix. Jésus marche auprès. L'ordre est le môme.
Simon, Jésus, le bourreau et ses aides montent seuls
206 LA PASSION DE MAITBK FB ANÇOIS VILLON
par les rochers. Pilate, Caïphe, hs prêtres el le peuple restent sur le champ. Des hommes ivres dansent el r hantent.
Sur le mont du Calvaire. On ne voit ni Jésus^ ni la croix.
LE BOURREAU (à h^b aides)
fa, ôlez-lui ses vêtements. I(h collent ? Le sang est figé? Je rCy peux rien^ mot, mes enfants. Il le fauK Allons^ faites vite. Marqueta fais ies trous pour les clous. Bien, Tirez sur les bras^ Encore! Tirez sur les pieds. Croisez-les, Et mainieiiani levez la croix. Tene^ bon. Ho ! Halez! Halez !