UN VIEILLARD
Je suis vieux et souffrant. Mère du nouveau Roi, J'ai fait pour le rejoindre une bien longue course, Et voici que j'ai faim.
LA VIERGE
Judas, ouvre ta bourse, El ilonne au bon vieillard ce qu'il demandera.
JUDAS
Nous n'avons plus d'argent.
LA VIERGE
Mon fils y pourvoira.
JUDAS
Toujours donner, jamais recevoir.
Que t'importe ?
JUDAS
Soit! Donnons tout ! Les gens nous fermeront leur porte Quand nous demanderons un gîte.
LA VIERGE
Le bon Dieu Laisse-t-il sans abri les oiseaux du ciel bleu?
JUDAS
Il faut manger!
LA VIERGE
Mon Fils y pourvoira, te dis-je.
AiNNE.
Son fils y pourvoira. Judas...
CAÏPHE
Par un prodige !
LE PHARISIEN, à Judas.
Donne un talent, je vais l'en rendre la moitié.
JUDAS
Pharisien, merci.
LE PHARISIEN, prcnanl Judas par lu liras.
Judas, c'est grand' pitié,
N'est-ce pas. quand le maître est plein de négligence...
JUDAS
Parle mieux de Jésus. Sans la maudite engeance Des mendiants qu'il trouve à travers son chemin, On pourrait vivre encor, mais...
LE PHARISIEN
Donne-moi ta main, Judas, un cœur loyal habile ma poitrine : Instruis-moi, je voudrais connaître sa doctrine.
Il entraîne Judas dans un coin ; ils causem .;i voix basse, UNE FEMME, à la Vierge.
Daigne prendre un instant ma fille entre tes bras, Car ma fille est mourante et tu la guériras.
LA VIERGE
Je n'ai d'autre pouvoir, femme, que ma prière : Pour prier avec moi, viens dans le temple.
CAll'HE, arrêtant la Vierge qui se dirige vers le temple.
Arrière !
LA VIERGE
Je ne peux pas entrer dans la maison de Dieu?
CÀÏPHE.
Ta présence y serait une insulte au Saint Lieu !
LA VIERGE
Comment puis-je insulter le Très-Haut, quand je prie ?
CAÏPHE
Abjure tes erreurs et ton idolâtrie ; Lave ton âme, avant de présenter l'ola; Publiquement, abjure, ou n'entre jamais là !
LA VIERGE
Le Saint n'exige pas qu'on l'adore en son temple, Mais qu'on l'adore. Il nous écoute, il nous contemple, Et nous sommes chez lui partout, chez lui toujours. Qu'on parle vers le Voile ou dans les carrefours, Dieu ne distingue pas où l'on est, quand on l'aime; Car le monde est l'autel qu'il s'est bâti lui-même : Les lampes de soleil y brûlent dans l'azur, Et pourvu que nos vœux s'élèvent d'un cœur pur, Dieu les laisse monter au ciel et les accueille. Nous resterons ici. Prions.
La Vierge s'agenouille au bas des marches. Derrière elle, Marthe et M adcleine, Lazare, Judas et le peuple s'agenouillent.
ANNE, bas, au Pharisien qui vient de quitter Judas.
Crois-tu qu'il veuille?
LA VIERGE
0 Père, Créateur de la terre et du ciel, Dieu de miséricorde et de sagesse immense, Regarde avec pitié les chagrins d'Israël, Et juge-nous dans ta clémence.
Guide nos pas errants vers la route du bien Pour épargner à tous ta colère et ton blâme; Donne-nous aujourd'hui le pain quotidien, Le pain du corps, le pain de l'âme.
Prête un peu de ta force à mon cœur abattu, Aide notre faiblesse à supporter la peine Qu'il faudra pour ta gloire et pour notre vertu, Et garde-les de la géhenne.
Ote-les de l'erreur, ôte-moi du tourment : Mais les jours de douleur seront des jours de fête, S'il te plait de me voir souffrir amèrement Pour que ta volonté soit faite.
A Béthanie : chez Lazare.
La salle p rincipale d'une maison juive. Par une large porte ouverte au fond, On aperçoit les collines qui entourent Jérusalem. Le soleil se couche.
MARTHE dispose les apprêts du festin sur une vaste table entourée d'escabelles.
MADELEINE est assise, et la regarde : elle tient un vase sur ses genoux.