SCÈNE IV
LAZARE apparaît sur le seuil. — Précipitamment; JUDAS se retourna vers lui.
JUDAS
Lazare, parle-moi, qu'as-tu vu chez les morts?
LAZARE
J'ai vu la solitude et la force du Maître.
JUDAS
Dans l'enfer?
LAZARE
Un espoir du Fils qui devait naître, L'immensité d'attendre et de craindre : l'ennui.
JUDAS
Dieu, sais-tu ce qu'il est?
LAZARE
Aimer, savoir, c'est Lui; Tout aimer, tout savoir, le diptyque suprême : Mais aimer lorsqu'on sait et savoir lorsqu'on aime, C'est souffrir. Plaignez Dieu, car vos cœurs sont tachés : Dieu souffre par son œuvre alors que vous péchez, Il souffre par lui-même a force de trop vivre... Plaignez Dieu! Le Futur est ouvert comme un livre, Et l'infini des jours n'est qu'un moment divin ! — Regarder le connu naître et mourir sans fin, Posséder l'avenir comme un présent qui dure, N'attendre rien de soi ni de l'heure future, Être et veiller, d'un bout des temps à l'autre bout, Et ne rien désirer parce qu'on connaît tout : Plaignez Dieu ! vous plaindrez la souffrance éternelle !
Lazare, et les damnés?
LAZARE
Regarde ma prunelle Et l'éblouissement de mes yeux qui sont morts : Je n'examine plus. Je ne vois plus. Je dors.
JUDAS
Moi?