SCÈNE III
On entend vers le fond un bruit de pas et de voix. JUDAS, LE CEN- TURION, MALCHUS et les soldats apparaissent.
LE CENTURION
Lequel est-ce?
JUDAS
Venez.
LA VIERGE, courant vers les disciples.
Pierre! au secours... Il dort.
Mais réveillez-vous donc!
Les soldats tombent à la renverse, en s'approchaut de Jésus. Mais les disciples réveillés se sauvent, a l'exception de Pierre, qui vient vers Jésus, et de Jean qui se cache en un coin.
Les soldats se relèvent. Quelques-uns poursuivent les apôtres. Un d'entre eux saisit par son manteau le jeune Marc, qui s'échappe en laissant son vêtement entre les mains du garde.
JÉSUS, regardant fuir les disciples.
C'est l'heure où tout s'achève :
Car les amis sont là pour la gloire du rêve; Mais, lorsqu'il faut, payer le rêve, ils sont partis. Et voici l'abandon fatal... Adieu, petits...
Pierre marche au-devant des soldats.
PIERRE
Vous êtes des soldats, et les aigles romaines Deviennent des vautours !
LA VIERGE
Toi, Judas, tu les mènes !
JÉSUS
Judas, viens m'embrasser...
JUDAS, s'approchant.
Maître!...
»;t» LA PASSION.
LA VIERGE, se jetant entre eux.
Je ne veux pas !
JÉSUS
Puisque tu l'as promis, viens m'embrasser, Judas.
Judas embrasse Jésus.
LE CENTURION
Est-ce bien celui-ci qu'il nous faut? — Une corde ! Liez ses mains!
LA VIERGE
Laissez mon Fils!... Miséricorde!
Vous vous trompez! Il n'a rien fait! Que lui veut-on? You« n'emmènerez pas mon Fils?
malchus.
Place au bâton !
PIERRE, tirant son épée.
Place au glaive, vous qui menacez la prière ! Nous défendons un juste et la justice.
A Malchus qui s'avance vers Jésus.
Arrière !
Pierre lève son épe'e sur Malchus, et lui coupe l'oreille. MALCHIS.
]l m'a blessé!
JÉSUS
Simon, mets ta lame au fourreau :
Sache être un juge triste, et jamais un bourreau. Vous marcherez au nom du rêve et de l'idée, Forts par votre douceur et non par votre épée.
Il prend le glaire îles mains de Pierre.
Qui frappe par le fer périra par le fer;
Il lève en l'air le glaive qu'il tient par la lame.
Mais ce signe ouvrira les portes de l'enfer,
Et puisque Dieu le veut, vous vaincrez par ce signe.
Il s'approche de Malchus, touche sa plaie, et la guérit.
Relève-toi, Malchus, et retourne à ta vigne ;
Pardonne à celui-ci, car je t'ai pardonné.
Il tend ses mains, pour être lié.
LA VIERGE
Pitié !
JÉSUS
C'est pour mourir demain que je suis né.
EA VIERGE
Ta vie...
JÉSUS
Elle doit être à tous pour être bonne : Personne ne me Pote, et c'est moi qui la donne.
On l'emmène. Pierre suit les soldats.
Tous sont partis; la Vierge reste seule, et muette : elle tourne de tous côtés son regard de suppliant désespoir; elle tend ses bras vers le Fils disparu, et ses bras retombent.
Péniblement, elle marche, comme pour rejoindre son enfant.