C. — V'ARIATIONS DE LA VIRULENCE
La virulence de la pasteurella du bœuf et du buffle est d’une variabilité extrême. |
Lorsqu'elle est en possession de toute sa virulence, la bactérie ovoïde tue le lapin à l'unité; c’est ainsi qu’en culture sur gélose Martin de quarante-huit heures à trois jours, elle est mortelle pour ce petit animal à la dose de . de centimètre cube, en injection souscutanée; la mort se produit en moins de vingt heures.
ans les mêmes conditions il faut s’en tenir au taux de 4 p. 10.000 pour tuer sûrement le veau dans ces délais.
L’atténuation du microbe s'obtient expérimentalement avec une grande facilité : le passage par lorga-
(2) Plusieurs de ces observations concernent la pasteurella du bœuf en
Europe tempérée; leurs conclusions ne sont pas forcément valables en Indochine.
DEAICE
nisme du lapin diminue la virulence à l’égard du bœuf; le passage par l'organisme du pigeon la diminue pour le bœuf et le buffle; le vieillissement, l’insolation sont également des facteurs d atténuation.
Spontanément la virulence s’amoindrit fréquemment aussi mais la plupart du temps les circonstances déterminantes du phénomène nous échappent, qu'il s'agisse d'atténuation dans le milieu naturel, dans l’organisme animal ou dans les milieux artificiels de culture. La virulence du microbe et ses aptitudes pathogènes se présentent tantôt d’une fixité relativement appréciable, tantôt d’une fragilité surprenante. Dans cetordre d'idées encore, il est impossible d'établir une relation certaine entre l’aptitude de la pasteurella à déterminer une infection organique et son aptitude à pousser en milieu artificiel, de même qu'entre ses qualités pathogènes et les particularités de sa morphologie.
L’exaltation de la virulence du germe est sujette à beaucoup plus d’incertitude que son atténuation. Certains auteurs se sont attachés à la réaliser mais les variations qu'ils ont obtenues sont d'ordre quantita- Uf plutôt que qualitatif; c’est ainsi qu’on est arrivé à
1 er à 10.000 000 de centimètre cube après un certain nombre de passages lapin (Diggiaxa et Di Donna).
On explique, de façon tout hypothétique, la genèse de l’infection animale par l’exaltation qualitative de la virulence; la démonstration du phénomène, très délicate en sor et surtout si l’on tient compte de l'aptitude de certains bœufs et buffles — des seules espèces réceptives dans les conditions naturelles — à résister plus ou moins à l'infection, ne semble pas avoir été réalisée de manière absolument décisive, en dépit d’essais
tuer le lapin au
SH enreE
laborieux en vue d'adapter des bactéries ovoïdes saprophytes à ces dites espèces.
Ce que l’on a dit et ce que l’on peut dire sur ce point, de la pasteurella du bœuf, on l’a dit et on peut le dire de toutes les pasteurella; si pour les pasteurella d’une manière générale, la preuve n’est pas rigoureusement établie de l’origine saprophytique, hypothèse de cette origine résulte néanmoins de l’interprétation logique des faits observés.
La présence à la surface de certains sols, dans les eaux dormantes, et par ailleurs, tout le long du tube digestif comme au niveau des voies respiratoires supérieures des animaux, de bactéries ovoïdes avirulentes morphologiquement et biologiquement assimilables aux diverses pasteurella pathogènes, a conduit tout naturellement à considérer ces bactéries comme les formes saprophytiques des pasteurella elles-mêmes; mais alors deux théories s’offraient à la critique : ou 1l n’existe qu’une seule forme saprophyte d’où dérivent incessamment et suivant les conditions imposées par le milieu des pasteurella pathogènes pour telle ou telle espèce animale; ou au contraire 1l se trouve dans la nature des saprophytes essentiellement différenciés et ne pouvant déterminer chacun — après acquisition ou exaltation du pouvoir pathogène — qu’une maladie unique #ur une ou plusieurs espèces déterminées.
D’après Holmes, lexaltation de la a des pasteurella du sol résulterait dans la nature du passage par l’organisme de petites rougeurs, après ingestion; l'observation minutieuse et relativement facile de petites endémies de pasteurellose du bœuf en Annam nous autorise à penser qu’il peut en être autrement.
JACGOTOT
D. — PyocÉNÈSsE
Dans les circonstances habituelles de linfection du bœuf et du buffle, c’est-à-dire lors de pasteurellose aiguë évoluant en quelques jours, la pasteurella ne fait pas de pus; lorsqu'il lui arrive, au contraire, de se faire dans l'organisme quelque foyer où elle puisse séjourner un certain temps, soit que pleinement virulente elle ait été portée dans les tissus d’un hôte peu sensible, soit qu’au contraire atténuée elle ait été inoculée à un animal sensible, soit qu’enfin sous ce type elle ait donné lieu spontanément à une pasteurellose chronique, elle se révèle capable de provoquer la formation de pus (1). La leucolyse et, éventuellement la fonte purulente des tissus sont, on peut le supposer, l’effet des endotoxines libérées alors par la mort des corps microbiens.
Il est à noter que la bactérie se conserve très longtemps, in vivo comme un vitro dans le pus ainsi formé par elle et qu’elle y garde sa virulence originelle.
Blin et Carougeau ont observé au cours de leurs inoculations expérimentales, plusieurs cas d’abcès à pasteurella bovine.
Nous extrayons de nos propres observations les trois exemples suivants :
Premier cas. — Une biche de 18 mois (Sp. Cervus Aristotelis) reçoit en injection hypodermique, derrière l'épaule, 5 centimètres cubes de sang virulent d’origine veau; l’animal fait une fièvre légère de quatre
Jours, un œdème inflammatoire, puis un abcès au point d’inoculation.
(1)Iest intéressant de remarquer que la plupart des pasteurella pathogènes sont pyogènes dans les mêmes conditions et que chez l’homme infecté par le B.de Yersin l’abcédation du bubon est un élément de pronostic favorable.
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À l'ouverture, après trois semaines, s’écoule un pus visqueux légèrement verdâtre et qui tue le lapin en vingt-quatre heures. C’est une
culture pure de pasteurella.
2e Cas.— Un buflon de 2 ans reçoit dans la masse des ganglions rétropharyngiens, 3 centimètres cubes de sérosité d’œdème d’un veau. Il fait une réaction générale légère; la région sous atloïdienne enflammée, se tuméfie progressivement et un abcès s’ouvre spontanément au point d’inoculation, trois semaines après l'injection; le pus, liquide, de couleur verdâtre, pâle, tue le lapin en quinze heures;
l’examen microscopique y montre la pasteurella à l’état de pureté,
3€ Cas. — Un veau préalablement soumis à l’action d’un drastique est infecté de pasteurellose par la voie digestive. Il fait une poussée aiguë violente de quelques jours, puis la maladie prend une allure chronique avec localisation thoracique et le sujet meurt après trois semaines de maladie.
L’autopsie met à découvert de multiples abcès pulmonaires; leur contenu tue le lapin en quatre jours, par scarification; sous le micros-
cope c’est encore une culture pure de pasteurella.
E. — RÉCGcEPTIVITÉ
Les seuls animaux réceptifs dans les conditions naturelles sont les bœufs et les buffles; on a observé à quelques reprises en Indochine l'existence simultanée chez lés bovidés et les suidés d’une même région d’affections enzootiques déterminées par des pasteurella; on ne saurait affirmer, en l’absence d’inoculations croisées qu'il s'agissait dans tous ces cas d’une seule entité morbide, l’origine tellurique commune de toutes les pasteurella comportant comme corollaire, la possibilité d’apparitions simultanées de pasteurellose bovine et de pasteurellose porcine, maladies distinctes lune de l’autre.
Me On sait dans tous les pays que chez le bœuf comme chez le buffle, les jeunes à la mamelle ne contractent habituellement pas la maladie; nous l’avons observé en Indochine où pourtant dès leur plus jeune âge veaux et bufflons commencent à brouter, du bout des lèvres 1l
est vrai.
Mori rapporte que dans un troupeau de buffles frappés à la fois de rage et de pasteurellose, les bufflons à la mamelle se sont infectés comme les adultes; 1l estime que l’infection rabique a sensibilisé ces jeunes animaux à la pasteurella; peut-être, mais ne pourrait-on pas penser aussi que brusquement privés du lait maternel ils se sont infectés en consommant de l’herbe ou de l’eau souillées de pasteurella virulente?
On a rattaché à la pasteurellose bovine, certaines affections intestinales ou pulmonaires des veaux; cette assimilation ne paraît pas très sérieusement justifiée dans nombre de cas, encore que certaines des affections mentionnées soient effectivement déterminées par une pasteurella. En Indochine nous avons observé d’innombrables cas de diarrhées, souvent mortelles, chez des veaux âgés de quelques jours à quelques mois; les procédés expérimentaux en usage ne nous ont Jamais permis d'isoler une pasteurella pathogène à laquelle les accidents pussent être imputés. Nous n’avons observé qu’un seul cas de pneumonie franche, chez un veau de 9 mois; l’examen des frottis du poumon, nous à mis en présence d’une pasteurella en culture presque pure, mais cette pasteurella n’était pas virulente pour le veau en injection hypodermique; nous avons donc des raisons de penser qu’il ne s’agissait pas là de « pasteurellose bovine ».
Les jeunes au sevrage et les animaux âgés contractent rarement la pasteurellose mais ils sont susceptibles de
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faire la maladie sous une des formes chroniques décrites ; ces faits s’expliquent; les jeunes en effet s’alimentant encore partiellement à la mamelle ne s’infectent que de façon discrète dans les pâturages; au surplus, ils possèdent souvent, du fait même qu'ils têtent, un certain degré d’immunité passive qu'ils doivent au lait de leurs mères. Quant aux animaux âgés on peut les considérer comme activement immunisés par des infections répétées, sans troubles apparents la plupart du temps, au cours de leur existence.
Les animaux guéris de la maladie naturelle sont, solidement immunisés (1) et pour plusieurs années.
Expérimentalement, le lapin du pays ést le plus sensible des réactifs; on peut dire que toute pasteurella susceptible de déterminer chez le bœuf ou le buffle une maladie caractérisée, même bénigne, le tue; sa sensibilité est telle qu’il est extrêmement difficile de le vacciner; nous n’y Sommes Jamais parvenu non plus, eroyonsnous, que les autres expérimentateurs en Indochine.
Le cobaye, le pigeon, le rat sont réceptifs mais beaucoup moins régulièrement et beaucoup moins rigoureusement, même lorsqu'on use de produits très virulents.
L’inoculation donne au veau une maladie, mortelle ou non suivant les cas.
Le porc, le cheval, jeune surtout sont sensibles à l’action du virus.
Le mouton et la chèvre sont très résistants, le chien, la poule, la grenouille peuvent être considérés comme réfractaires.
Dans les espèces réceptives, l’inoculation hypoder-
(1) Voiressai personnel page 114.
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mique est très favorable à la transmission expérimentale.
Chez le lapin, elle détermine rapidement une septicémie mortelle, sans localisations infectieuses particulières; l’inflammation laryngo-trachéale est cependant notoire; au point d’inoculation on observe des altérations inflammatoires plus ou moins violentes du tissu conjonctif avec parfois une ébauche d’œdème.
Chez le veau, la fièvre ne tarde pas à se manifester et l’on assiste à la formation d’un œdème spécifique au point d’inoculation, mais 1e1 la septicémie ne se déclanche pas d'emblée; la mort se produit en un ou plusieurs jours selon le virus et selon le sujet; les lésions nécropsiques sont elles-mêmes plus ou moins étendues et plus ou moins intenses. |
La maladie expérimentale évolue plus rapidement chez le bufflon que chez le veau, toutes choses égales.
Les injections intraveineuses et intratrachéales ont été considérées comme des modes sévères d’inoculauon; 1l n’en est rien, chez le veau, lorsqu'on évite de souiller de virus le tissu conjonctif; les observations suivantes en font foi :
Première expérience. — Un veau reçoit en injection intraveineuse dans la jugulaire 2 centimètres cubes de culture virulente, en bouillon Martin, de quarante-huit heures; le lendemain, ascension thermique jusqu’à 410 puis la température revient à son niveau normal;
aucun autre trouble à noter.
DOS TRES : nes © Expérience. — Un autre veau subit le même traitement; on
observe seulement dans la suite quelques ondulations thermiques.
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3€ Expérience. — Un veau reçoit en injection intratrachéale 5 centimètres cubes de culture virulente de vingt-quatre heures en bouillon Martin; le lendemain la température commence à s’élever pour atteindre le maximum de 4192 le 3 jour; l’habitus est légèrement modifié,
mais le 4 jour tout rentre dans l’ordre.
{ On peut néanmoins tuer le veau par injection intra-
veineuse ou intratrachéale mais à condition d’employer de grandes quantités de liquide virulent.
La voie digestive est peu favorable à la pénétration; seul le lapin, hautement réceptif peut être infecté sûrement ainsi.