‹ La Pasteurellose des bœufs et des buffles en IndochineChapitre 53 sur 64 · MODIFICATION DU VIRUS PAR LES AGENTS BIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

MODIFICATION DU VIRUS PAR LES AGENTS BIOLOGIQUES

a) Passages par certaines espèces.

D’aucuns ont préconisé l'emploi de sang de pigeons inoculés au préalable de pasteurella du bœuf. (Dans un ordre d’idées voisin, Gallager a pu conférer la résistance à la maladie par inoculation aux bovidés de pasteurella aviaire non virulente pour la poule.)

D’Herelle et Le Louet ont réalisé chez le bœuf et le buffle une solide immunité par l'injection de 1/2 cc. de culture de sang virulent de lapin surmilieu au bouillon de lapin mais ce vaccin était mortel à cette dose pour les animaux aphteux en période fébrile; 1l était même mortel pour les animaux sains à la dose de 5 centimètres cubes; ces auteurs ont enfin remarqué que leur souche sang de lapin cultivée quelque temps sur milieu au bouillon de bœuf récupérait toute son activité funeste pour le bœuf et le buffle.

b) Mise en contact du virus avec le sérum anti-correspondant.

Blin et Carougeau immunisent bovidés et bubalidés en pratiquant successivement, d’abord l'injection d’un mélange extemporané de 20 centimètres cubes de sérum et de 2 centimètres cubesde virus, puis la réimoculation du virus pur.

Di Giaxa et Di Donna obtiennent par un procédé analogue des résultats comparables.

Schein injecte avec succès un mélange de 20 centimètres cubes de sérum et de se de culture. Nous

exposerons plus loin les résultats que nous avons obtenus de l’emploi du mélange avirulent de sérum et de virus.

c) Séro-infection.

Blin et Carougeau introduisent simultanément en deux points du tissu conjonctif 20 centimètres cubes de sérum et une quantité de virus inférieure à À centimètre cube de culture.

Holmes essaie la méthode et constate qu’elle est dangereuse; nous nous rangeons à son avis, étant arrivé sur ce point aux mêmes résultats que lui.

d) Sensibilisation.

.Baldrey sensibihse la pasteurella du bœuf au moyen du sérum anti et obtient une immunité immédiate; nous n'avons pas été aussi heureux dans nos tentatives de vaccination du lapin du pays par ce procédé.

e) Lyse du microbe par le bactériophage.

En avril 1920, à l’Institut Pasteur de Saigon, d’Hérelle identifie dans les déjections de buffles sains appartenant à des troupeaux dans lesquels la pasteurellose avait fait plusieurs mois avant des victimes, une variété de bactériophage possédant une légère activité à l'égard de la pasteurella du buffle.

Quelques semaines plus tard de l’un des nombreux foyers existants, l'épidémie se généralise à une grande partie de l’ouest cochinchinois; au cours de son déclin d’Hérelle isole des excréments de buffles survivants un bactériophage d’une activité très marquée contre la même pasteurella; 1l l’exalte encore par quelques pas-

sages in vitro puis avec Le Louet entreprend une étude expérimentale de son action vaccinante contre la pasteurellose.

Pour obtenir leur vacein ils procèdent de la manière suivante : es

« Une culture de la bactérie du barbone en bowullon, âgée d’une douzaine d'heures, déjà bien louche, est additionnée d’une goutte d’une suspension antérieure de bactériophages anti-barbone d'activité ++++; après une douzaine d'heures le milieu étant redevenu parfaitement limpide, la culture est filtrée sur Chamberland L, puis répartie en ampoules qui sont scellées; 1] est nécessaire de n’employer que des suspensions de bactériophages dans lesquelles la bactériophagie a été complète, c’est-à-dire d’une limpidité parfaite; ces eultures doivent de plus être filtrées, vu le fait d’une eulture secondaire possible dans un certain nombre d’ampoules.»

Les essais de d’Hérelle et Le Louet ont été effectués sur des taurillons de race indigène âgés de 12 à 18 mois et sur des büffles âgés de 1 à 12 ans; voici, en ce qu’elles ont d’essentiel les conclusions äuxquelles ils sont arri- NES TE

« L'injection au buffle et au bœuf d’une suspension de bactériophages actifs pour la bactérie du barbone confère une immunité voisine de l’état réfractaire, mais qui n’est acquise qu'après un temps variable d’incubaüon suivant la dose injectée, et d’autant plus long que cette dose a été plus élevée. |

Une injection unique d’un vingt-cinquième de centimètre cube met un animal de 100 kilogrammes en état de résister à une inoculation d’épreuve effectuée quatre jours plus tard et représentant cinq doses mortelles.

Soixante jours plus tard l’animal résiste à une ino-

culation d’épreuve représentant cinquante doses sûrement mortelles. |

En ce qui concerne les très vieux animaux, plus l'animal est âgé moins l’immunité conférée est forte. »

Plus récemment Le Louet conclut de nouveaux essais que, chez le buffle, l’injection vaccinante de 1 ce., de bactériolysat protège sûrement 80 % des animaux contre l’inoculation pratiquée quarante jours après de 0 ce., 25 de culture virulente (essai réalisé sur 22 buffles). Chez les bovidés, l’immunité résultant d’une même dose de bactériolysat serait encore presque complète quatorze mois après chez 66 % des sujets puisqu'elle leur permet de résister à l’injection de 0 ec., 1 de culture virulente (essai réalisé sur 15 taurillons).

Depuis quelques années enfin on à entrepris en Cochinchine d'appliquer en grand la vaccination par le bactériolysat; près de 20.000 buffles ont été vaccinés à ce Jour; l’avenir nous dira s’il est possible de prévenir par ce moyen les épidémies envahissantes de pasteurellose si redoutables dans l’ouest cochinchinois.

A0 EmpLor DES FILTRATS DE CULTURE ;

Oreste et Armanni injectent au lapin 50 centimètres cubes de filtrat de culture de pasteurella bovine; lors de l'épreuve, la mort est retardée; ils renouvellent les injections et vaceinent.

Vassal immunise le veau en déposant dans le péritoine une bougie Chamberland remplie de culture.

Baldrey émet l’opinion que la toxine est impuissante à vacciner mais retarde simplement la mort, Pizzarone produit les mêmes conclusions mais Holmes tente sans ‘aucune espèce de succès l’usage de cette toxine.

Nous signalerons enfin pour être complet quelques essais de vaccination au moyen d’ « agressines » (Harry et DERTERES Baldrey-Goghenour.

ConNcLusIoNs

En résumé, il apparaît bien que si tous les vaccins préparés tour à tour par les divers auteurs que nous avons cités sont susceptibles de communiquer aux animaux un certain degré de résistance à la pasteurellose, tous ne vaccinent pas sûrement; nous ajouterons que parmi eux, certains ne sont pas d’un emploi recommandable aux colonies, dans les circonstances ordinaires de la lutte contre les épizooties; 1l nous semble qu’à ce titre il ne faille pas retenir les produits dont par une seule injection on ne peut escompter une protection. d’environ une année contre la contagion; encore, parmi les autres convient-il d’écarter ceux dont l’usage exposerait les animaux inoculés à des accidents locaux ou généraux — nous voulons parler des cultures ou liquides virulents simplement atténués. L’impossibilité où l’on est de fixer la virulence de tels produits à l’égard du bétail annamite, et la difficulté que l’on éprouve à doser avec pee profit leur activité sans cesse changeante, interdisent leur emploi; ils sont susceptibles de s’affaiblir ou au contraire de s’exalter dans des conditions multiples imprévisibles et leurs effets dans l’organisme des animaux naturellement réceptifs sont en outre subordonnés à la sensibilité individuelle des

sujets ainsi qu'à l’état particulier dans lequel ils se trouvent au moment de l’injection.

L'usage de vaccins microbiens sûrement avirulents met au contraire, à l’abri de tous accidents, mais encore faut-1l que ces produits soient de nature à provoquer dans l’organisme quelque réaction, apparente ou non, génératrice d’immunité; pour de telles fins les procédés à rechercher sont ceux qui, tout en privant effectvement les microbes de leur vitalité, respectent la spécificité de leurs protéines constitutives; on peut ranger parmi eux la lyse par le bactériophage et l’action antibactérienne spécifique du sérum correspondant.

Le bactériolysat en effet — indépendamment d’une activité potentielle qu’il doit au bactériophage qu’il contient —, et le mélange sérum-virus avirulent, sont des extraits microbiens totaux; ils résultent d’une dissociation essentiellement biologique, des protéines constitutionnelles d’une pasteurella qu'il est loisible de choisir rigoureusement spécifique et hautement virulente. |

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