‹ La Pasteurellose des bœufs et des buffles en IndochineChapitre 7 sur 64 · III. — AIRE GÉOGRAPHIQUE EPIDÉMIOLOGIE · texte numérisé non relu

III. — AIRE GÉOGRAPHIQUE EPIDÉMIOLOGIE

La pasteurellose des grands ruminants est par excellence une maladie cosmopolite : elle existe partout où se trouve du bétail; c’est en outre une maladie endémique avec ses régions d'élection où elle apparaît plus ou moins régulièrement. Peu contagieuse en soi, elle doit à son umiversalité et à son endémucité une gravité économique indéniable: |

En Indochine, on l’observe au Tonkin, au Laos, en Annam, en Cochinchine et au Cambodge; elle s’y présente sous deux aspects épidémiologiques distincts : le plus souvent sporadique, elle ne frappe qu’un nombre très réduit d’animaux dans un village ou seulement dans une exploitation ; mais parfois aussi enzootique, elle se répand progressivement et décime tout le bétail de la région contaminée.

L’épidémiogénie de la pasteurellose est dominée par les particularités du terrain et par les particularités du chmat.

Dans les régions marécageuses, dans les pays de rizières la maladie apparaît fréquemment, lorsque le climat s’y prête, et parfois elle affecte une allure envahissante; dans les régions un peu plus élevées au contraire, en terrain sec, les foyers de pasteurellose beaucoup plus rares n'ont pas de tendance à s'étendre; il semble donc que le virus s’entretienne dans l’eau ou à la surface des sols

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humides, et la nature physique du sol, son relief aussi apparaissent alors comme des facteurs épidémiologiques de grande importance, en ce que, sous le ciel dessèchant des tropiques ils permettent à l’eau de se collecter en mares, petites ou grandes c’est-à-dire de constituer des réservoirs éventuels de virus.

On suppose, d’autre part, que la pasteurella vit en saprophyte dans les réservoirs ainsi formés et que là où elle existe à l’état saprophytique, elle est susceptible d'acquérir des propriétés pathogènes à l’égard du bétail, dans certaines circonstances complexes essentiellement hées à la température et à humidité du milieu; et en effet, tandis que dans le Sud de la péninsule, uniformément chaud et humide, en Cochinchine notamment, la pasteurellose sévit toute l’année, dans la partie septentrionale de notre colonie, c’est une maladie presque saisonnière; d’ailleurs, dans les pays tempérés, la pasteurellose des bœufs et des buffles n’est-elle pas une maladie de la saison chaude?

Mais deux autres facteurs interviennent encore pour imprimer aux épidémies leurs physionomies spéciales.

L'un d’entre eux apparaît comme un corollaire de la nature et du relief des terres, c’est l'emploi d'effectifs importants de buffles hautement réceptifs à la pasteurellose, dans la rizière, par opposition à l’utilisation par petits groupes des bœufs, plus résistants à la maladie, dans les pays de cultures non irriguées.

L'autre se rattache à une considération d’un ordre très différent et sur laquelle nous reviendrons ultérieurement; 1l est permis de penser en effet, que lorsqu’elle sévit, la contagion frappe, de façon apparente ou non, beaucoup plus d'animaux qu’elle n’en tue, laissant par là même l’immunité à un certain nombre de sujets : la proportion d'animaux immunisés dans ces conditions

et qui varie d’une épidémie à l’autre est de nature à modifier, mais en raison inverse, la gravité des épidé- : mies ultérieures; on comprend ainsi que les grandes endémies de pasteurellose, telles que celles qui furent observées à Thua Thien (Annam 1913) et dans l’ouest cochinchinoiïis (1919-1920) ne se reproduisent qu’à de longs intervalles mais occasionnent alors une mortalité considérable.

La diversité d’allure et la gravité variable des épidémies de pasteurellose, telles qu’elles nous apparaissent et telles que nous nous les expliquons ne sont pas particulières à l’Indochine; pour exister partout en effet, la pasteurellose n’en revêt pas moins un caractère tout spécial d'intensité et de léthalité, là où 1l y a des buffles, là où il y a de l’eau, là où 1l fait chaud et humide, en Hongrie, en Italie, en Egypte, dans les Indes anglaises, dans les Indes néerlandaises surtout (épidémie historique de Bantam et Batavia, 1888-1891). d

Une dernière considération doit prendre place dans cette partie de notre étude, c’est celle de l’association à l'infection par la pasteurella d’une maladie virulente de nature à modifier non seulement les manifestations cliniques de la pasteurellose mais la marche de la contagion et par conséquent le type de l’épidémie, nous voulons parler de la pestebovine. La superposition des deux entités a été observée et contrôlée expérimentalement jadis par Schein dans le sud-Annam, plus récemment par Broudin en Cochinchine; nous en avons personnellement relevé deux exemples très nets au laboratoire; nous la croyons, et pour plus d’une raison, fréquente dans tout le Sud de la péninsule indochinoise; il ne faut lui attribuer néanmoins dans notre colonie qu’une importance réduite, et pour la confusion qu’elle peut entraîner dans le diagnostic plutôt que pour lag-

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