‹ La paternité chrétienne (volume 3)Chapitre 1 sur 14 · VICTOR PALMÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

VICTOR PALMÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR

RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN, "2'j

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A vous, Messieurs, qui ave\ entendu ces conférences et qui m'ave^ prié de les mettre -par écrit pour vous en rafraîchir la mémoire;

A tant d'autres chefs de famille, qui comme vous ont à cœur d'honorer leur caractère et de remplir dignement leur mission providentielle ;

A tous les époux chrétiens;

A tous ceux qui portent ici-bas le nom vénéré de pères ,

Je dédie aujourd'hui cet humble volume, avec prière d'en appliquer, d'en propager la doctrine : puisse-t-elle contribuer à raffermir parmi nous Tunité trop ébranlée de la société domestique!

Les droits de Dieu sur la famille

Messieurs,

C'est, unepensée visiblement inspirée de Dieu qui a porté plusieurs d'entre vous, il y a quelques mois, à provoquer, à former cette nouvelle réunion, exclusivement destinée à l'étude des grands devoirs que votre paternité entraîne après elle1. Vous avez compris, en effet,

1. En 1867, plusieurs pères de famille se sont entendus pour demander qu'on les réunît périodiquement et qu'où les enlretînt d'une manière spéciale des graves devoirs qui concernent la conduite de leur maison et l'éducation de leurs enfants. Cette idée a bientôt été accueillie avec em-

combien il serait à la fois doux et utile, pour les chefs de famille, de se rassembler, sous le regard de Dieu , de mettre en commun leurs désirs et leurs craintes, leurs préoccupations et leurs prières ; de s'entr'aider par l'exemple, de se fortifier mutuellement par la considération du but proposé à tous; puis tous nous avez demandé une parole d'encouragement et de conseil pour animer ce fraternel et périodique rendez-vous ; en un mot, vous a\ez institué ces conférences familières qui n'ont d'autre objet que d'expliquer les obligations sacrées attachées à votre titre de pères. Jusqu'à présent la voix qui s'est fait entendre ici était celle qui, depuis tant d'années, retentit avec éclat dans la chaire deXotre-Dame. Malheureusement de nouvelles et importantes fonctions nous privent désormais de la

pressement par un grand nombre d'autres. La réunion se tient le deuxième dimanche de chaque mois 'sauf les mois d'été) dans la chapelle intérieure, rue de Sèvres, 35. Ceux qui ont donné leur nom comme venant habituellement sont convoqués par une lettre circulaire; les autres peuvent également y assister. A neuf heures précises, on dit une messe basse, suivie de l'allocution et d'une courte bénédiction du Saint- Sacrement.

présence de votre orateur préféré (1). Forcé, tout incapable que j'en suis, de tenir auprès de vous sa place, je me sens rassuré par votre bienveillance et par la nature même du sujet que nous aurons à traiter. Il est si important en lui-même, il vous est d'ailleurs si cher et si sympathique, qu'il n'a pas besoin de chercher une recommandation dans la parole qui le présente ; dépouillé de ce vêtement brillant que pourrait lui donner le talent oratoire, il saura encore fixer votre attention, captiver vos pensées; et je ne serais point étonné que, même sans y prétendre , il se frayât plus d'une fois le chemin jusqu'aux plus vives émotions des cœurs.

Nous commencerons donc aujourd'hui, à la lumière de la foi, cette revue pratique de nos devoirs. Et pour que ces études aient une base solide, il nous faut dès le début rappeler le principe sur lequel tout repose ; vérité aussi

1. Après avoir présidé aux premières réunions, le révérend Père Félix était parti, au mois de septembre 1867, pour la résidence de Nancy, ou il allait exercer les fonctions de supérieur.

certaine qu'elle est aujourd'hui méconnue et oubliée ; au lieu qu'elle devrait être gravée en caractères indélébiles au frontispice de chaque demeure, c'est à peine si on en trouve quelque vestige dans les souvenirs de ceux mêmes qui se disent chrétiens; et quand elle y ressusciterait par moments d'une manière théorique , elle n'en reste pas moins le plus souvent stérile pour ce qui concerne le gou vërnement de la vie.

A qui appartient la famille? Parce que dans son être physique, - peut-être aussi dans son caractère moral,— elle n'est qu'une extension, une continuation de celui qui en est le chef, cet homme doit-il en être censé le légitime, le véritable propriétaire? Ou bien représente-t-il des droits supérieurs aux siens? Gère-t-il non point en son nom, mais au nom d'un autre, un bien qui n'est pas à lui, qu'il ne saurait, sans une criante injustice, s'arroger et revendiquer comme lui étant propre?

Telle est la question que nous rencontrons au seuil même de toutes nos considérations. Et à cette question le christianisme fait une ré-

ponse claire, péremptoire qui détruit toute prétention exagérée, qui défie tout subterfuge. Ne craignez point toutefois qu'elle enlève à la paternité humaine sa grandeur; au contraire, là est pour elle le plus sûr rempart contre toute déchéance; car la dignité paternelle ne se comprjmet pas moins en essayant d'usurper ce qui ne lui appartient pas, qu'en méconnaissant ses vraies prérogatives et ses nécessaires privilèges. Laissez-la plutôt où la nature l'a mise, et montrez-nous son rôle auguste, son action providentielle.

Pour moi, il me semble la voir assise sur un trône qui n' est à la vérité que d'emprunt, mais qui n'en est pas pour cela moins élevé, moins entouré de respect. La souveraineté qui s'y exerce n'est ni. indépendante, ni absolue; elle est subordonnée, elle est relative. Pour la comprendre, il faut remonter à celle d'où elle découle, dont elle n'est qu'une partielle et incomplète représentation.

Disons donc avant tout quels sont les droits de Dieu sur la famille; nous conclurons ensuite d'une manière générale quelle situation

en résulte pour celui qui est honoré du nom de père.

Il ne s'agit d'entrer aujourd'hui dans aucun détail: mais nous devons d'abord tracer notre cadre. Ce cadre est immense ; l'embrasser d'un regard synthétique et nous former une idée d'ensemble, voilà tout ce qui est possible pour le moment. Les diverses parties du tableau repasseront tour à tour sous nosyeux. et nous aurons à les considérer à loisir dans la série de ces conférences.

Bien que la famille humaine ait à sa tête un homme qui s'appelle son chef, on ne saurait la concevoir comme le bien, comme la propriété de cet homme.

Rien de plus clair, si l'on conserve aux mots leur naturelle signification; car toute créature intelligente appartient à son auteur; elle fait partie du domaine de Dieu,

et ce domaine est essentiel, exclusif, à jamais inaliénable.

Tel est le principe fondamental que posent la raison et la foi. Mais ce principe, si incontestable qu'il soit, ne dit pas assez et ne saurait nous suffire. Ce ne sont point des êtres isolés que nous considérons, c'est la famille elle-même clans sa nature multiple, dans son existence collective ; la famille, avec l'organisation qui la distingue et la hiérarchie qui en est inséparable ; la famille, c'est-à-dire une société homogène, un corps vivant et harmonieux, un être qui a sa vie, son individualité distincte de toute autre. Ainsi est-elle sortie des mains de Dieu, ainsi doit-elle retourner à lui, sans méconnaître les droits dont la base est consacrée dans sa constitution même.

Cette loi paraît oubliée, pour ne pas dire ignorée à peu près universellement. Où est la maison qui la respecte? Quel est le foyer qui l'accepte sérieusement et surtout qui en tire les conséquences ?

Et pourtant, si la famille la perd de vue, c'est que sa mémoire est courte, c'est qu'elle

ne sait point remonter au mystère de ses origines.

Relisons un instant ensemble la première page de nos Saints Livres. Après chacune des créations préliminaires, nous voyons l'artisan divin s'applaudir de son œuvre et la saluer en quelque sorte d'un transport d'admiration : Vidit Deus quod esset bonum : Dieu vit que cela était bien ; parole profonde, que la science vérifie encore tous les jours, à mesure qu'elle plonge plus avant son regard dans cet abîme de merveilles, dont elle n'arrivera jamais à sonder toute l'étendue.

L'homme est le chef-d'œuvre de la création. Et pourtant après l'avoir fait, nous n'entendons pas son auteur répéter la formule sacramentelle. On dirait, au contraire, que son ouvrage lui semble imparfait ; Dieu déclare qu'il n'est pas bon de le laisser en cet état; Non est bonum hominem esse solum ; c'est seulement quand la femme a été formée de la chair même de son époux, c'est-à-dire quand la famille commence à paraître dans son unité et dans son dualisme nécessaire, que le Créateur

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se déclare satisfait, et que, contemplant l'ensemble des êtres qu'il a appelés à l'existence , il en proclame l'incomparable beauté : Vidit Deus cunctaque fecerat et erant valde bona1.

Voilà le point culminant de l'œuvre divine, ce qui l'achève, ce qui lui donne son dernier trait et son dernier lustre. Tout ce qui a été fait auparavant devait aboutir à l'homme; et l'homme lui-même n'est complet que dans cette société domestique, où se trouve déjà le germe de toutes les autres ; association bénie, privilégiée, à laquelle le ciel va immédiatement se charger de donner une constitution. Formulée dès le premier jour du monde, cette constitution est déjà si parfaite que plus tard, quand il s'agira de relever la famille déchue, de la régénérer, de lui rendre tout ce qui avait fait naufrage dans le déluge de la corruption païenne, Jésus-Christ ne pourra rien faire de mieux que de la rappeler à ce type montré dès le commencement, à cette loi fondamentale promulguée sur le berceau même de l'humanité encore innocente.

l.Gen.,1, 31.

Mon intention n'est pas d'insister aujourd'hui sur ce grand fait. Je ne veux, Messieurs, vous rappeler qu'uue chose, à savoir.que pour la famille rien n'est laissé à l'arbitraire ; tout ce qui la touche a été réglé parla nature, c'està-dire par le Créateur. On a pu abolir ailleurs le droit divin; ici il se retrouve dans toute sa force: pas une de ces fonctions augustes qui soit d'invention humaine: pas. une place au foyer domestique qui n'y soit marquée par le doigt de Lieu; pas un degré hiérarchique qui n'ait été établi, à l'origine même, par Celui de qui toutes choses relèvent et à qui elles doivent un tribut d'hommages.

Pour ce qui regarde la société civile, beaucoup de détails ont été laissés dans l'indétermination. Les peuples se donnent à eux-mêmes leurs institutions ou, s'ils les reçoivent toutes faites, c'est par la puissance irrésistible des événements, ou par la prédominance d'une volonté humaine qui s'impose et que rien ne saurait contrebalancer. Il n'en est pas de même de la famille. La législation de cette société primordiale est fixée depuis le com-

mencement du monde. Son code a existé aussitôt qu'elle. On pourra sans doute en fausser le sens. L'ignorance, la dégradation païenne pourront altérer, ébranler plusieurs de ses principales dispositions. Elles n'en rsont pas moins écrites non-seulement dans nos Livres Saints, mais aussi dans cet autre livre que tout homme déchiffre de lui-même, quand le milieu social où il vit ne l'a point complètement aveuglé : je veux dire ce livre universel des sentiments instinctifs, des affections spontanées, qui se retrouve chez tous les peuples et dans tous les idiomes.

Nous avons aujourd'hui des moralistes qui voudraient établir une distinction radicale entre la famille d'autrefois et la famille moderne. La révolution française leur semble avoir coupé en 'deux non- seulement notre existence sociale, mais aussi notre vie domestique. D'une part, Y ancien régime avec le principe d'autorité siégeant au foyer, aussi bien que sur le trône; d'autre part, le régime nouveau avec le principe de liberté soit dans les institutions politiques, soit dans les relations

privées des enfants et des pères. En poursuivant ces conférences, nous aurons plus d'une fois l'occasion de rencontrer et de discuter ces assertions contemporaines; pour le moment, bornons-nous à dire qu'il faut se défier de ces oppositions si tranchées et de ces catégories si exclusives. Quels que soient les changements survenus dans le gouvernement civil, la nature, elle, ne change pas. L'enfant naît avec les même droits et les mêmes besoins; le père demeure investi des mêmes attributions et des mêmes devoirs. Sans doute plusieurs modifications accidentelles pourront se produire, parce que l'esprit du temps est à considérer, et qu'il s'agit après tout de former la génération de l'avenir; mais au fond, la famille est aujourd'hui ce qu'elle était hier. ?si une autorité illimitée, ni une liberté sans frein ne sauraient répondre à la mission qu'elle a reçue; c'est par un juste mélange et un sage tempérament de l'une et de l'autre qu'elle saura accomplir son œuvre, les yeux toujours fixés, non sur elle-même et sur ses propres satisfactions, mais sur la société à qui elle doit four-

nir des membres, et sur Dieu dont elle doit procurer la gloire.

En somme, le père est un administrateur, non un propriétaire. Le Créateur qui aurait pu se passer de son concours a eu en lui tant de confiance qu'il a voulu se l'associer dans l'œuvre la plus grande, la plus importante de toutes, disons-le aussi, Messieurs, la plus délicate et la plus difficile, à savoir la production de l'homme, sa formation ; ce qui signifie, en d'autres termes, la yenue d'une âme à l'existence et son façonnement, sa préparation aux grandes destinées qui l'attendent. Telle est l'entreprise commune que poursuivent de concert Dieu et la famille. L'un et l'autre y sont intéressés dans des proportions que j'oserais presque dire égales; l'un et l'autre aussi y exercent une nécessaire influence, imprimant au produit vivant qui va sortir de leurs mains le sceau de leur image et de leur ressemblance; car, sans nier la part qui revient à notre liberté individuelle, on peut affirmer que chacun d'entre nous est le fruit de l'action combinée de Dieu et de la famille.

Il y a donc comme un contrat naturel passé entre ces coopératêurs.* Outre la Providence générale qui dirige toutes choses, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître, de Dieu à la société domestique, une alliance plus intime, une direction plus continue. plus attentive. C'est ce qui fait la dignité des époux; c'est en même temps ce qui nous révèle l'admirable harmonie de tous les enseignements de notre foi.

Pourquoi, en effet, au moment où la famille se forme, Dieu intervient-il par un sacrement spécial? Pourquoi, au moment où elle s'augmente, intervient- il de nouveau non pas seulement par son acte créateur qui demeure invisible, mais aussi par un acte régénérateur qui a son symbole sensible et maté- • riel? Le mariage chrétien et le baptême marquent deux dates solennelles; c'est la prise de possession de la famille par Dieu, et comme le cachet qu'il appose sur chacun de ses accroissements; preuve évidente qu'il la regarde comme une propriété sacrée et inaliénable.

LES DROITS DE DIEU SUR LA FAMILLE. lo

Vous le savez, Messieurs , aucune transaction ne saurait se conclure quand on en écarte celui qui doit y être considéré comme le premier intéressé. La loi humaine, chargée de sauvegarder les droits de tous, a des dispositions spéciales pour écarter ce péril; elle exige la présence de quiconque pourrait être lésé, ou du moins une procuration régulière, une représentation solennelle. Faut-il s'étonner que la loi chrétienne porte, dans un autre ordre de faits, de semblables exigences?

Quel est le premier intéressé clans le contrat que nous trouvons à la base de la famille? N'est-ce pas Dieu lui-même? Aussi la société établie entre l'homme et la femme ne sera pas complète, s'il ne vient s'y joindre en tiers ; elle ne sera ni sainte, ni légitime s'il n'en est lui-même le nœud et la véritable raison d'être. Un des plus grands fléaux de la famille contemporaine, c'est que trop souvent elle se forme sous l'inspiration exclusive de préoccupations terrestres et mondaines, sans que Dieu soit consulté, sans même parfois qu'il soit appelé commetémoin. L'ambition ou l'ar-

gent, la passion ou le plaisir sont seuls à présider à cette décision grosse d'irréparables conséquences; nous voyons des alliances que la religion ne bénit qu'à contre-cœur et en tremblant; nous en voyons qui persistent et qu'elle n'a point sanctionnées. De là une déchéance irrémédiable de la famille? car ce qu'elle repousse, quand elle exclut Dieu, c'est sa moralité, c'est sa force, c'est aussi la seule garantie qui pouvait assurer son bonheur.

Encore une fois, il faut voir là une plaie profonde, une plaie radicale lie la société domestique, à notre époque. La société civile en est en partie responsable, lorsqu'elle s'obstine à méconnaître le caractère essentiellement religieux du mariage, lorsqu'elle le fait descendre des hauteurs où la nature et le christianisme l'ont placé, pour l'abaisser au niveau d'une convention purement profane. Que l'État enregistre les faits accomplis, qu'il s'occupe des patrimoines, des dots, des héritages, à la bonne heure! mais qu'il sache bien et qu'il laisse comprendre que ce n'est pas lui

qui marie, et que nul ne lui a conféré le pouvoir de lier ou de délier les âmes.

Du reste, Messieurs, nos négations ou nos usurpations ne détruisent pas le droit de Dieu. Parce qu'elle le répudiera, la famille humaine n'en est pas moins sa propriété ; elle n'en a pas moins le devoir sacré de travailler pour lui, de se conformer à ses intentions souveraines.

Et remarquez que ce qu'elle lui doit, ce n'est pas seulement un hommage individuel, rendu personnellement par chacun de ceux qui la composent; comme société, il lui faut son culte collectif, sa profession de foi commune, sa prière, où, dans une seule voix, on entende à la fois toutes les voix et tous les cœurs, sa soumission à la loi divine, manifestée par la présence de tous dans le lieu saint à certains jours, par la conformité de la table où ils s'asseyent avec les prescriptions de la sainte Église.

Qu'on ne me dise pas : La plupart de nos sociétés modernes s'abstiennent quand il s'agit de religion, et laissent à chacun de leurs

18 PREMIÈRE CONFÉRENGE.

membres le soin d'adorer Dieu comme il leur convient; pourquoi n'en serait -il pas de même de la famille? — Certes, Messieurs, il ne m'appartient pas de discuter ici les principes de nos constitutions; Rome a parlé; nous savons que ce n'est point dans les transactions politiques quail faut chercher l'ordre idéal ni le droit absolu; mais quelque jugement que vous portiez sur l'état de choses actuel, il n'y a nulle parité à établir entre le devoir de nos gouvernements et celui de la paternité. Nous venons de le dire, la société domestique ne relève en aucune manière de la volonté de l'homme; son existence, sa constitution sont un fait à la fois naturel et divin ; elle a sa mission tracée par le Créateur, dont elle représente l'action, dont elle complète et continue l'œuvre. Vouloir opérer un divorce entre des parties si essentiellement liées est une criante injustice et une prétention contre nature.

Ces droits ne s'affirment pas seulement; ils s'imposent : alors, bon gré mal gré, nous sommes bien forcés de les reconnaître. Par exem-

pie, cette fortune que Dieu nous avait remise en mains, il la reprendra peut-être en tout ou en partie. Que fera la famille? aura-t-elle la faiblesse de murmurer? va-t-elle se plaindre delà Providence, comme si le ciel commettait. une injustice? Ah! qu'elle trouve bien plutôt sur ses lèvres les paroles du plus éprouvé de tous les pères : Le Seigneur me l'avait donné, disait-il; il me l'a enlevé : que son saint nom soit béni : Dominus dédit, Dominus abstulit... sU nomen Domini benedictum *.

Ou bien encore, comme à ce grand patient de nos Écritures, ce ne sera pas seulement la richesse matérielle que Dieu viendra vous redemander; ce sera un fils, ou même plusieurs, qu'il voudra vous reprendre. Trésor plus précieux mille fois, mais qui lui-même n'avait été que prêté à la parenté d'ici-bas; n'importe, elle y avait concentré ses affections: elle y avait enfermé toutes ses espérances; il lui semblait une propriété chérie, sur laquelle seule elle pensait avoir des droits. Et voilà qu'elle voit se dresser devant elle un

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