Job., i
droit supérieur, celui de la mort, qui n'est en réalité que la messagère et l'interprète fidèle de la volonté divine. L'auteur de> toute vie se montre armé du pouvoir suprême qui lui appartient; cette tendresse oublieuse, aveugle, apprendra, dans des flots de larmes inconsolées, quel est le vrai propriétaire de la famille, l'unique arbitre de toute existence. D'autres fois, sans user si rigoureusement de sa puissance, Dieu se présente comme un solliciteur. Se bornant à indiquer d'une voix douce et presque timide les desseins d'amour qu'il a formés sur une vie qui commence à peine à s'épanouir, il viendra demander à un père, à une mère, une sorte d'autorisation préalable pour épancher ses bienfaits ; il les prie de lui permettre d'appeler ce jeune homme, cettejeunefilleàun honneur et à des joies que le monde voudrait en vain leur fournir. Déjà la table est dressée, déjà le festin est servi ; que l'heureux convive se hâte et qu'il vienne s'asseoir à côté de l'époux. Messieurs, n'est-il pas à craindre qu'on ne réponde par un refus? L'appel d'en haut retentit aux
oreilles d'un père comme une menace; les invitations du ciel lui semblent une intolérable exigence. Comment Dieuose-t-il enlever à la parenté un bien qui lui est exclusivement propre? Comment sera t-il admis à faire valoir ses prétentions sur ce fils que la pensée paternelle a déjà prédestiné à une carrière profane? La famille se récrie, elle s'oppose; elle se croirait injustement dépouillée si elle ne donnait au monde ce qu'elle a de plus cher. Oui, le droit de Dieu est méconnu, nié, blasphémé peut-être, au moment où il s'affirmait dans un attrait suave et puissant, alors qu'il ouvrait devant le regard de l'adolescent la perspective de ces joies qui naissent du sacrifice, et de ces vertus privilégiées qui fleurissent dans la mort des affections terrestres. Tous détournerez comme de force les regards qui s'élevaient vers le ciel: vous couperez les ailes à ces pensées; vous retiendrez l'élan de ces prières et de ces aspirations : tentative périlleuse, entreprise aléatoire et terrible; souvent il arrivera que le cœur qu'on a empêché d'être à Dieu se rem-
plira d'affections malsaines et coupables; il aurait osé la sainteté, il ne comprendra plus même la vertu vulgaire; et parce que vous n'aurez pas voulu laisser à un ange son essor, vous en serez réduit à gémir sur des dérèglements qui ne connaîtront plus de pudeur.
Je pourrais énumérer bien d'autres circonstances où la famille se retranche dans son égoïsme, perdant de vue la source d'où vient tout ce qu'elle possède, à laquelle il fallait ramener tout ce qui lui était donné en garde.
Mais ce que nous venons de dire montre assez qu'à ces droits de Dieu si souvent oubliés et comptés pour rien, une protection énergique et dévouée est nécessaire. Il leur faut un défenseur d'office qui les rappelle, qui les plaide et qui fasse triompher leur cause.
Eh bien! ce défenseur naturel, ce n'est pas le prêtre; il est placé trop loin; il n'agit qu'au fond des consciences et n'exerce souvent qu'une influence trop peu efficace. C'est au père de famille que Dieu a remis ce mandat inhérent à la dignité même dont il l'a revêtu et à la position qu'il lui a faite.
Pourquoi, me demanderez-vous sans doute, pourquoi le père de famille sera-t-il le défenseur-né des droits de Dieu?
Messieurs, c'est que tout pouvoir ici-bas entraîne une responsabilité qui lui est propre. Vous n'êtes chefs de maison qu'à la conditon de maintenir parmi ceux qui vous sont soumis les lois de l'ordre, lesquelles ne sont autres que les lois divines. Le jour où vous êtes devenus époux et pères, une mission sublime s'est imposée à vous; ces titres ne vous ont été acquis que parce que vous représentez un type supérieur et que vous reproduisez une paternité plus élevée ; Ex quo omnis paternitas in cœlo et in terra nominai ur (1).
Je ne crains point de l'affirmer, le caractère dont vous êtes revêtus est un sacerdoce ; et ce