I. Ecrie., IV
dans le chemin de l'honneur ; ii s'exposera à souiller et à compromettre ce qui constituait la beauté immaculée de son caractère et de sa vie.
Et s'il en est ainsi de nous, Messieurs, de nous qui sommes mûrs, de nous qui avons la connaissance du monde et de ses écueils, à combien plus forte raison ne faudra- 1- il pas dire la même chose du jeune homme, que tant d'inexpérience accompagne et que tant de séductions enivrent ! Pauvre petite nacelle, si frêle, si facile à briser, si prompte à sombrer dans l'abîme, que deviendra- t-elle, si vous la lancez tout à coup en plein océan, sans gouvernail, sans pilote, au milieu des écueils cachés, à travers les orages qui se croisent et se déchaînent ? Ce que je crains le plus pour elle, c'est moins encore l'effort de la tempête que l'abandon où on la laisse, l'absence d'un œil exercé pour lui marquer la voie, d'une main habile et vigoureuse pour lui imprimer une direction. Où êtes- vous, ô père, vous qui aviez été donné à cette jeune âme pour guide, pour exemple, pour soutien? Votre place était
marquée ici, à l'heure du plaisir, plus encore qu'à l'heure de la prière ; car s'il vous convenait d'accompagner votre fils alors qu'il montait les degrés qui conduisent à Dieu, il était encore plus nécessaire de ne pas l'abandonner lorsqu'il descend ceux où un faux pas pourrait le précipiter jusqu'au fond de l'abîme. Pourquoi, à ce moment où votre présence lui serait si utile, ne vous trouve-t-il pas à ses côtés, prêt à lui tendre la main et à le faire rentrer dans la voie? Pourquoi sa faiblesse n'at-elle pas pour appui votre force? Pourquoi la la fougue et les emportements de sa vie encore naïve n'ont-ils point pour tempérament et pour antidote la ferme sagesse de votre âge mûr?
Messieurs, croyez-moi, ne vous imaginez pas avoir été tout à fait pères, quand vous aurez abandonné vos fils au moment où ils avaient le plus besoin de vous. Non contents d'entrer dans leurs intérêts, dans leurs études, dans leur religion, dans leurs affaires, rappelez-vous qu'il y a aussi une place à prendre dans leurs amusements et dans leurs
362 DOCZÏÈME CONFÉRENCE.
plaisirs. Le jour viendra bien assez vite où il faudra, bon gré, mal gré, les abandonner à eux-mêmes. Que ce soit seulement lorsque vous les aurez tellement affermis qu'ils pourront, sans inconvénient, se passer de votre secours. Gomme l'aigle, formez leurs yeux à regarder, sans en être éblouis, l'éclat de ce soleil trompeur qui en aveugle tant d'autres. Alors, mais alors seulement, vous pourrez leur laisser prendre l'essor à travers l'espace et ouvrir sans crainte à leur vol ce champ immense, qui sera pour eux non-seulement celui de la liberté, mais encore celui de la lumière.
PREMIÈRE CONFÉRENCE. — Les droits de Dieu sur la famille Page 1
Il s'agit pour nous d'études spéciales, faites à la lumière de la foi, sur les obligations attachées à notre condition providentielle. — Pour qu'elles aient un fondement solide, nous allons établir aujourd'hui le double principe sur lequel tout repose. — Principe important, trop ignoré ou trop perdu de vue à notre époque. — Nous allons le considérer et dans sa vérité absolue — et dans sa vérité relative; c'est-à-dire \° constater les droits de Dieu; 2° indiquer les devoirs qui en résultent pour le père de famille 1-6
I. La famille est la propriété non de l'homme, mais de Dieu. — Non-seulement en considérant les membres qui la composent isolément — nous savons que toute créature humaine a Dieu pour iin ; — mais aussi dans son être collectif — dans son organisation — dans son tout. — Elle appartient à Dieu, elle doit se rapporter à lui — il a sur elle des droits sacrés, inaliénables, — C'est une
vérité oubliée — même par ceux qui sont chrétiens — la famille ne la connaît presque plus — ne s'y conforme plus. — Il faut donc la rappeler, en établir les preuves . 6-7
Première preuve. L'origine divine de la famille — Son institution au commencement — Tout est divin en elle — Il suffit de se rappeler son glorieux berceau — La création est incomplète même après que l'homme a été fait. — Bien plus, Dieu lui-même déclare que sa condition n'est pas bonne. — C'est seulement quand la famille est constituée qu'il s'applaudit de son œuvre. Aussi est-ce la création privilégiée — qu'il soigne — dont il est jaloux. — Rien de ce qui touche à la famille no peut lui être indifférent. — Il établit lui-même sa constitution parfaite. — Et Jésus- Christ ne pourra qu'y revenir et nous y rappeler » 7-13
Deuxième preuve. Sa formation actuelle. — C'est Dieu qui fait naitre la famille — qui la conserve — qui l'augmente. — Il est bien vrai que le concours des volontés humaines n'est pas exclu — qu'il est même nécessaire — parce que Dieu agit suavement — parce qu'en créant la famille, il a voulu s'associer des coopérateurs — parce que la liberté humaine est sacrée à ses yeux — mais il n'en est pas moins vrai que c'est sa Providence qui dirige toutes choses. — Dieu doit être consulté — il doit intervenir — au moment où la famille se forme — au moment où elle s'accroît. — Sacrement qui est comme le sceau apposé sur sa propriété
TABLE DES MATIERES. 36o
— signe de sa prise de possession. — Caractère essentiellement religieux de cette union — et de cette fécondité — destinée à poursuivre l'oeuvre de la création dans l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel. — Pourquoi arrive-t-il si souvent que Dieu soit exclu de cette formation de la famille?
— pensées purement humaines — préoccupations toutes profanes. — Dieu n'est pas consulté — parfois pas même appelé comme témoin.— Unions qu'il n'a pas sanctionnées. — De là déchéance de la famille — car ces droits de Dieu faisaient sa grandeur — sa force — assuraient son unité. — Plaie radicale et profonde à notre époque. 13-17
Mais nos négations ou nos usurpations ne détruisent pas le droit de Dieu. — Parce qu'elle le méconnaît la famille n'en est pas moins à lui. — Elle lui doit non pas seulement l'hommage individuel de ceux qui la composent — mais un hommage collectif. — De là cette prière commune tant recommandée — cette observation commune de la loi divine ou ecclésiastique. — De là cette affirmation exemplaire de sa soumission en toutes choses. — Si Dieu agit en maître, s'il reprend par la mort une partie de ce qu'il a donné, que fera la famille : va-t-elle murmurer — s'irriter, comme d'une injustice? Ah! souffrir — oui — pleurer — oui — mais qu'elle dise : Dominais dedit, etc. — D'autres fois Dieu viendra en solliciteur. — Il demande ce jeune homme — cette jeune fille. — On refuse — on se regarde comme dépouillé injustement. — Droit de Dieu méconnu,
— nié — blasphémé peut-être. — Combien d'autres circonstances où il en est de même ! —
47-22 ïî. Le père est le défenseur-né des droits de .Dieu sur la famille. — 1° Pourquoi? — 2° En quoi? — 3° Gomment?
1° Pourquoi? — Parce qu'il est chef responsable. — Mandat reçu. — Mission confiée. — Sacerdoce et sorte de charge d'âmes par rapport à une épouse et à des enfants — êtres chéris auxquels il tient plus par l'âme que par le corps, qu'il doit aider, conduire. — Providence visible — qui doit imiter la Providence invisible — suavité et force, respect de la liberté dans la juste mesure, mais énergie dans le commandement et dans la répression, si elle est nécessaire. — Il rendra compte non pour lui seulement, mais pour tous ceux qui lui sont soumis. — Cette défense des droits de Dieu est inhérente à la paternité — elle
est son apanage inaliénable 23-25
2° En quoi? Cette défense s'étend à toutes les questions importantes qui "sont déférées au père...
— Question de formation et d'éducation première.
— Question d'enseignement et de préparation pour l'avenir. — Question de contacts, de plaisirs, du milieu où l'on vivra, du monde que l'on fréquentera. — En toutes ces choses Dieu garderat-il sa place? — Ses intérêts seront-ils sauvegardés. — Tant d'ennemis menacent, tant de périls surgissent! — Nous reviendrons sans doute sur ces diverses questions; mais il importe de mon-
trer toute l'étendue de la mission paternelle. — Ce n'est pas seulement en ses enfants, c'est en lui-même, c'est en son épouse — c'est en ses domestiques que le père doit défendre ces droits sacrés. — On pense à tout le reste : droits de la fortune, de la santé, du développement intellectuel, de rhonneur humain, de l'avenir selon le monde : tout est protégé, défendu. — Seul l'intérêt divin est compté pour peu de chose — sacrifié à des convenances — à l'ambition — à la volupté! 23-28
3° Comment? On ne protège efficacement que les intérêts qu'on aime — auxquels on est dévoué, qu'on embrasse comme siens. — Le père de famille doit comprendre cette identification entre ses intérêts et ceux de Dieu. Car Nemc tam pater quom Deus. L'homme ne peut réaliser ce titre qu'en se rapprochant de son modèle. — Celui qui oublie celte partie de son mandat s'amoindrit — se découronne, — il abdique, — favorise l'insurrection, le désordre au sein de la famille. — De là tant de maisons où tout est bouleversé, — tant de parent? dont l'autorité est méconnue — méprisée — l'amour foulé aux pieds — payé d'ingratitude. — Ils ont négligé les droits de Dieu; on néglige, on viole leurs droits. — Ils n'ont point posé leur commandement sur la véritable base — et ce commandement n'a plus rien été 28-31
Donc faire rentrer Dieu au foyer de la famille — ou, s'il y est déjà, lui donner une plus large !'!"" ,...*.... 31-32
DEUXIEME CONFÉRENCE. - De l'unité des idées
dans la famille Page 33
Nous avons vu que la famille est une création de Dieu, la plus belle — la dernière — celle qui achève et complète son œuvre. — Elle doit porter sa signature, avoir son cachet; or ce cachet des œuvres de Dieu, c'est surtout l'unité. — Parla' elles sont admirables et ressemblent à leur auteur.
— Nulle autre n'est marquée à ce coin comme la famille humaine. — Avec ses éléments multiples, on y voit l'unité physique la plus parfaite. Una caro.:.. Osexossibus.... Saint Augustin dit : Forma piûchrituJinis urdtas est. Un seul principe fécond
— un seul tronc productif se ramifiant dans ses branches — un seul sang alimentant des existences diverses 33-35
A cette unité physique doit répondre l'unité morale, et c'est d'elle que nous avons à nous occuper. Elle embrasse trois choses : unité des idées,
— des affections, — des vies. Nous parlerons aujourd'hui de la première 35-36
— Importance de cette unité. — Dans toute association d'êtres intelligents, la paix, le bonheur viennent de l'entente mutuelle. — Plus l'association est étroite, plus cette entente est nécessaire; par exemple, plus dans une société d'amis que dans les relations du monde, plus dans l'intimité que dans les affaires — par conséquent, au suprême degré, dans l'association la plus étroite, c'est-à-dire la famille. — Unisson des pensées nécessaire à la
parfaite harmonie. — Notes dissonantes qui la troublent et y jettent la confusion. — Et pourtant rien de plus rare aujourd'hui;, — parce qu'il est peu de familles dont tous les membres soient chrétiens.
— Dissidence sur les questions religieuses, d'où naissent des difficultés sans nombre, parce que toutes les autres grandes questions y sont mêlées
— éducation, — direction, — carrières, etc. — S'il arrive, comme nous le voyons, trop souvent, qu'aucun membre de la famille ne soit croyant, ce ne sera pas l'unité, mais plutôt la dispersion des idées j pas de point de ralliement, — pas de centre commun, — chacun abandonné aux caprices de son propre esprit et aux iluctuations de l'opinion qu'il prend pour guide. — Nous n'avons pas cela à craindre. — Mais si nous sommes d'accord sur ce point important, il peut encore arriver beaucoup de divergences sur les détails. — Plus elles seront nombreuses, plus la paix sera troublée et le bien compromis. Même danger si l'unité n'est qu'apparente ou la paix purement extérieure.. . . 3643
Comment arriver à cette unité? — Il y a des voies fausses qui n'aboutiront qu'à une paix factice et à une unité trompeuse. Trois manières d'arriver à un résulta^ vrai ou faux : par voie de domination, — par voie d'abdication, — par une douce et raisonnable fusion.
I. Domination. — Je ne parle point précisément de l'esprit dominateur par rapport au commandement, mais seulement pour ce qui tient aux idées. — Trois hypothèses : Ou c'est le père qui
impose les siennes, ou c'est la mère, on c'est l'enfant 44-45
1 ° Sans doute le père a autorité pour imprimer sa direction. Il est chef, — il a droit à l'obéissance. — 11 doit avoir ses convictions, les asseoir solidement dans les esprits. — Mais le gouvernement des intelligences est une tâche délicate. — Ici la violence ne peut rien, — la persuasion seule est puissante. — Caractères absolus qui ne peuvent souffrir ni contradiction, ni liberté. — Leurs idées sont la règle du vrai. — Leurs vues sont seules justes, seules raisonnables. — Sur toutes choses il faut qu'on pense comme eux, sous peine d'encourir leur indignation. — Plusieurs, excellents du reste, ne sont pas exempts de ce défaut. — 11 sera dans la famille la cause de bien des souffrances. — Sont -il s dans le faux sur quelque point, ils imposeront leurs erreurs. — Et s'ils sont dans le vrai, ils rendront la vérité odieuse.— Combien d'hommes aimables et charmants au dehors reprennent, en rentrant chez eux, un tout autre caractère ! — Autant dans le monde ils se montrent bienveillants et doux, autant dans leur maison ils sont impérieux et comme intraitables. — Il en est qui portent jusque dans les pratiques de piété cet esprit absolu. — Oubliant que les âmes ont plusieurs voies, ils veulent que tous passent par celle qu'ils ont adoptée — imposant oi diminuant —tranchant, comme avec une autorité infaillible, dans ce qui appartient essentiellement au domaine de la direction spirituelle et des
consciences. — Qu'ebtiendront-ils ? le silence,—
mais un silence forcé — une apparence d'adhésion recouvrant des dissentiments réels. — .Ou s'ils se trouvent en face d'un caractère de même trempe, collisions douloureuses, — chocs incessants — d'où viendront des tristesses sans nombre — et peutêtre des scandales 4o-49
2° 11 n'est pas rare que ce soit la femme qui aspire à cette domination , — alors le spectacle change de forme. 11 devient assez ridicule. — Rôle niais d'un mari qui n'ose élever la voix — avoir une opinion, — exprimer une pensée. — Ailleurs il aura tout cela.— Chez lui il sera réduit à la nullité.— Renversement des choses et désordre étrange %Q
3° 11 serait plus grand encore, si la forme où se moule la pensée de la famille venait d'en bas. — Enfants qu'on transforme en oracles, — dont on adopte toutes les idées, — tous les caprices. — Tyrannie d'autant plus fâcheuse qu'elle est aveugle. — Malheur à la famille qui la laisse s'établir. — D'abord ce n'est qu'un sceptre de roseau, — bientôt ce sera un sceptre de fer oO-ol
II. Abdication. — Quelquefois c'est de guerre lasse pour éviter la lutte — pour avoir la paix dont on désespérerait autrement. — D'autres fois c'est faiblesse de caractère — ou indifférence. — De quelque principe qu'elle vienne, l'abdication du père est un malheur pour la famille. — Place importante que lui seul peut tenir — Influence à
exercer que nul autre ne saurait prendre. — Navire sans pilote, — royaume sans gouvernement. — Anarchie. — Chacun pense ce qu'il veut. — Personne pour former l'esprit de l'enfant, du jeune homme. — Idées fausses qui ne sont point redressées. — Affirmations téméraires — injustes — coupables ou insensées — qui passent sans qu'on cherche à les contredire. — Lectures dangereuses de romans — de journaux — de livres historiques propres à fausser l'esprit. — Nulle direction des pensées. — Les idées de l'enfant et du jeune homme sont flexibles comme ces branches nouvelles de l'arbre planté dans nos jardins. — Si vous les assujettissez doncement sans les rompre, vous assurerez leur fécondités — Faute de ce soin, souvent scission profonde — plus ou moins dissimulée par une tolérance excessive. — Paix trompeuse qui recouvre de trop réelles hostilités. — Au même foyer s'asseoient ceux qui n'habitent plus ensemble — qui appartiennent à des camps rivaux ou ennemis. — Plus de traditions — plus d'unité. — Peut-être la révolution en permanence. — Immense responsabilité pour un père qui n'a pas agi à temps. — Nouvel Héli qui a laissé l'iniquité pénétrer dans le sanctuaire, — exposé l'arche d'alliance, etc., — il en portera devant Dieu le poids et la punition. — C'est bien souvent pour cela qu'il n'y a plus de familles, mais des individus isolés, sa*ns lien, sans
avenir , 52-56
III. Fusion. — J'entends par là deux choses : 1 ° Que les idées doivent être mises en commun. —
2° Qu'il faut, autant que possible, les concilier et les ramener à l'unité.
Pour que la première condition ait lieu, l'expansion est nécessaire. — Il est des âmes qui restent fermées — point d'échange — • abstention — sorte de concentration en soi-même. — Favoriser au contraire une complète ouverture. — Rien de cassant. — Que le respect n'arrête pas la confiance o7-58
Nous supposons les bases établies, — je veux dire qu'on soit déjà d'accord sur les points principaux et surtout sur la question religieuse. — Que faut-il pour que l'entente devienne parfaite, pour produire une complète communauté de pensées ?
— Certaines concessions nécessaires. — Jamais en ce qui touche à la conscience, — jamais en ce qui tient aux principes. — Ceux-ci sont inflexibles — leur application ne l'est pas toujours. — Tempéraments à apporter. — User de persuasion. — Saisir le côté par où un esprit est plus accessible.
— Se mettre à sa portée et entrer dans ses vues pour l'amener à ce qui est juste. — Les contradictions violentes n'arriveront qu'à tout compromettre. — Si éclairé que Ton soit, ne pas se réputer soi-même infaillible. — Savoir douter — savoir se corriger — savoir apprendre. — Surtout ne point nous ingérer dans des choses qui ne sont pas de notre compétence. — D'où vient trop souvent que l'on ne s'entend plus ? c'est que la femme veut être homme — ou que l'homme veut remplir le rôle de la femme. — A chacun son terrain. — Toutes
37 i- TABLE DES MATIERES.
les actions concourent au même but. mais d'une
manière diverse 58-61
Nécessité absolue de cette convergence des idées, I surtout en ce qui concerne l'éducation. —Volontés opposées : l'une défait ce qu'a commencé l'autre.
— Travail de Pénélope. — Annulation. — Deux systèmes contraires qui se neutralisent — et se détruisent mutuellement. — Mais si Dieu est là ,
— si les maximes chrétiennes sont prises comme point de mire — et comme règle suprême , on s'entendra sur tout ce qui est capital. — Exhortation à considérer la famille modèle, celle que les mystères de Noël et de l'Epiphanie nous mettent sous les yeux. — Allons lui demander ce secret de l'unité des pensées GI-G3
TROISIEME CONFERENCE. - De l'imité des idées dans la famille suite). — Les obstacles. P
Nous avons dit son importance : de là dépend l'entente mutuelle, la paix, le bonheur. — Comment l'unanimité pourrait-elle régner là où les esprits sont divisés? — Si les premiers chrétiens n'avaient entre eux qu'un cœur et qu'une âme, combien plus cette unité n'est-elle pas nécessaire à la famille ! — Répétons qu'il ne s'agit pas d'une unité minutieuse, étroite, qui ne souffre pas la contradiction même sur des points secondaires — ni. comme nous l'avons remarqué, de ce fantôme d'unité qu'on obtient par l'esprit de domination — ou par l'abdication de l'autorité; — mais d'une unité vraie et larse — où tous seront à l'aise et où
tous pourront se mouvoir librement — unité basée su des principes communs, sur l'ouverture des âmes — sur la fusion des pensées 65-67
Elle devient rare aujourd'hui — et son absence se fait cruellement sentir. Pourquoi? Cherchons quels sont les principaux obstacles. Il en est — d'intérieurs — et d'extérieurs.
I. Obstacles intérieurs. — 1° Les traditions dis. - Dans la famille plusieurs éléments concourent qui étaient auparavant étrangers. — Branches empruntées à des troncs différents: chacun avait sa sève. — Souvent les considérations de fortune, de position auront prévalu — on arrive apportant sur beaucoup de points des idées opposées — peutêtre en religion : c'est ce qu'il y a de plus grave ; — peut-être en politique : il est plus facile d'éviter les conflits ;— peut-être sur les questions pratiques d'éducation — d'intérieur — de relations; — idées faites : soit parce qu'on les a sucées dès l'enfance — soit parce qu'on les a librement choisies et adoptées. — Voilà deux courants très-distincts qui se rejoignent. — Vont-ils faire comme ces fleuves qui, tout en coulant dans le même lit, ne mêlent pas leurs eaux, marchent côte à côte, chacun gardant sa couleur? — Sera-t-il possible d'éviter longtemps les luttes ? — d'avancer parallèlement sans jamais se trouver en antagonisme? — Puis l'heure arrive où la nouvelle famille se complète. — Il lui faut à son tour imprimer sa forme — son cachet — avoir sa tradition. — L'éducation est une œuvre essentiellement une — qui ne
peut réussir que par le concert de toutes les forces qui v concourent. — Que deviendra-t-elle si cellesci sont en désaccord ? — si des idées opposées se neutralisent ? — si les exemples sont en conflit avec les leçons données ? — On peut bien écarteler un écusson et réunir dans un même blason les attributs de deux familles — mais peut-on également fondre ensemble des principes qui se contredisent — le oui et le non ? — Et n'est-ce pas bien souvent à raison de cette impossibilité, que l'œuvre de l'éducation échoue ? — D'une part l'enfant trouvait la foi — la piété — une religion solide — éclairée — dont il subissait l'impression — dont il reflétait la lumière; — de l'autre il a fini par apercevoir l'indifférence — l'absence de pratiques — peut-être l'absence de foi. — Entre ces deux traditions son choix sera bientôt fait. — La nature l'incline — la passion le presse — une sorte d'autorité s'impose. —
Toutes les leçons auront été vaines 67-73
2° Les dispositions personnelles. Chaque esprit a sa tournure. 11 voit les choses à sa manière — sous un jour déterminé — avec certaines couleurs. — Prisme par lequel tout passe pour arriver jusqu'à nous. — Les mêmes objets ne font pas les mêmes impressions. — De là il arrive que sans supposer des traditions ou des idées préconçues qui soient diverses, souvent les idées ne seront pas les mêmes. — Pente naturelle de l'esprit humain à la contradiction : — par là il croit faire acte d'indépendance — il n'accepte qu'avec peine tout ce qui lui parait un assujettissement. — Volontiers l'enfant, le
jeune homme surtout prend le contre- pied de ce
que l'autorité lui insinue 74-76
En outre, cette disposition s'augmente souvent : \° par certaines petites antipathies secrètes, qui ne nuisent pas précisément à l'affection, mais qui portent sur des points spéciaux. — On aime une personne, mais on ne peut souffrir en elle, telle manière de faire, de penser — qu'on prend pour un défaut — qui agace — contre laquelle on a une opinion faite — ou une répulsion instinctive. 2° Par amour-propre et susceptibilité : si nous nous sommes sentis froissés, ne fût-ce que légèrement — il reste peut-être une blessure que tout ce qui est dans le même sens ravive. — Exemple des frères de Joseph, blessés par la préférence que lui accorde son père : Oderant mm nec poterant ei quidquam pacifiée loqui. — Malaise profond qui en résulte dans la famille. — Elle ressemble à ces personnes chez qui un organe est malade — à ces constitutions dans lesquelles il y a un point douloureux
— on ne peut s'appuyer de ce côté sans éprouver une vive souffrance. — Tandis que tout devait être paix, joie, harmonie, il y a des conflits, des moments difficiles — des sujets qu'on n'ose aborder
— des circonstances qu'on tremble de voir venir
— tout cela parce que la nature est trop entière, qu'elle n'a point été travaillée ni adoucie par la mortification chrétienne 76-80
II. Obstacles extérieurs. Nous pouvons leur donner un nom qui résume tout : les Influe, s. 4° Influence des lectures: Elles sont une des voies
les plus larges par lesquelles les idées entrent. — Combien d'esprits sont par là atteints et profondément modifiés ! — Un jeune homme, une jeune personne qui lisent sans contrôle ne vont-ils pas en peu de temps se trouver tout imprégnés d'idées viires à celles de la famille? — Anciennes traditions oubliées. — Principes les plus nécessaires regardés comme des préjugés — aspirations au bien-être, au plaisir — goût pour ce qui brille — pour ce qui met en relief. — Dégoût pour la vie d'intérieur — pour le calme et les joies de famibe. — Et le père lui-même, bien que plus mûr, n'a-t-il pas à se préserver ? — Signaler le journal, instrument fréquent de division, surtout aujourd'hui. — Importance du choix. — On a b-au se croire fort, et l'être réellement. — Une action qui s'exerce tous les jours finit par être sensible. — Goutte cheau qui creuse la pierre — salpêtre qui transforme en lui-même toute une muraille. — Puis, lorsqu'un journal a pénétré dans une maison, saiton en quelles mains il passera? — Enfants — domestiques. — C'est un germe fatal — un venin
caché qui s'introduira partout 80-86
1 Influence des cercles... des sociétés que nous fréquentons... Action de ce milieu — Idées qui déteignent sur les nôtres. — Toutes les fois qu'un homme se trouve en telle compagnie, il est retourné. — Le résultat dans son intérieur sera de La gêne — du malaise — quelquefois une seule personne pèse sur une famille d'une poids intolérable. — Et les jeunes gens sont si faciles aux contacts
dangereux ! — les conversations — les exemples peuvent si aisément les séduire ! — Droit et devoir d'un père de savoir qui ils fréquentent — de s'opposer de tout son pouvoir à ce qui pervertirait leur
esprit et corromprait leur cœur 86-8S
On le voit, cette sainte unité des pensées dans la famille ne peut exister ni se conserver sans com- Jiats. — H faut un œil qui veille — il faut un bras protecteur qui défende. — Il faut un zèle ardent qui embrasse cette grande cause et la fasse triompher. — Rôle du père chrétien — Comment Fexercera-t-il ? 1° En abritant la famille contre l'importation des idées étrangères.. — Contrôle exercé avec vigilance sur ce qui s'introduit. 2° En l'éclairant à l'intérieur. — Seule la lumière peut dissiper les ombres. — Ce n'est point par la force qu'on triomphe des idées. — Il faut donc que le père tienne à la main le flambeau de la foi — de la sagesse chrétienne — que par lui-même ou par d'autres il sache illuminer sa maison. — Aussitôt qu'il aperçoit des ombres., qu'il s'efforce de les dissiper ; et s'il y a quelque déviation, qu'il la corrige. . 88-90
QUATRIÈME CONFÉRENCE. — De l'unité des idées dans la famille (suite). — Les moyens. . Page 91 Il est peu de maisons où ne se rencontrent quelques membres qui n'ont pas les idées de la famille. — Et ce sont précisément ceux-là qui sont toujours prêts à mettre en avant leurs préjugés, à faire des professions de foi — à vouloir rallier tous les
autres à leurs sentiments. — Pourtant on est obligé de se voir — en ville — à la campagne :
— on se rencontre aux eaux — contact obligé que la parenté demande — que les convenances exigent.
— Que faire? — Faudra-t -il rompre? mais ce serait une sorte de scandale ; — on ne le peut sans s'aliéner les esprits et les cœurs — sans léser des intérêts sacrés. — Et cependant il y a là an vrai péril — on le sent au changement graduel qui s'opère dans certains membres de la famille. — C'est un jeune homme — une fille — une femme peut-être, qui prennent des idées toutes mondaines — qui n'ont plus la même simplicité ; — l'esprit religieux diminue — la foi est plus faible.
— Il y a péril qu'elle-ne s'ébranle. . . . 91-93 2° Une autre difficulté a beaucoup de rapport
avec celle-là. Ce n'est plus dans le sein de la famille que se trouve ce contact périlleux, mais il n'en est pas moins inévitable. — Voici un jeune homme dont les études littéraires sont terminées.
— Pour s'initier à sa carrière il lui faut travailler dans une étude, — dans un bureau. — Quelle compagnie y trouve-t-il ? quels discours entend-il toute la journée? — Ces idées ne finiront-elles pas par déteindre sur son esprit? — Déjà le père s'en alarme. — Il pressent une transformation, — quelques symptômes extérieurs la lui révèlent. — un peu de froideur, — un peu de gêne, — ce n'est plus la naïveté ni la joie d'autrefois,— une ombre passe, un nuage s'élève. — Quand ils étaient ensemble , on aurait dit deux cordes d'un instru-
menl parfaitement d'accord, — maintenant il y en a une qui fausse — du moins la note n'en est pas tout à l'ail juste; c'est une nuance, mais une oreille exercée s'en aperçoit, et comme la corde se détend toujours, l'intervalle va croissant. — Que va donc devenir cette unité si précieuse, — cette harmonie traditionnelle ? — Tout cela est-il possible de nos jouis? 93-95
Quel malheur si l'on devait en désespérer! Certes il ne faut point le dissimuler. Les difficultés sont grandes, immenses, plus multipliées que jamais. — J'en conclus trois choses, — je veux dire trois nécessités — pour avoir une garantie et un préservatif:
I. Nécessité d'établir plus solidement et plus profondément dans les esprits les idées traditionnelles.
— Quand un édifice doit être battu des vents et des tempêtes, on lui donne des fondations plus solides. — S'il est placé au milieu des flots, les précautions ordinaires ne suffisent pas, ciment meilleur, base plus large, murs plus épais, etc.
— Ainsi en doit-il être de l'éducation actuellement. Elle devrait être piUS forte, graver plus avant dans l'esprit les principes de religion — d'autorité — les idées du devoir — de la vertu. — C'est souvent le contraire qui arrive, on se contente d'un à peu près. — On a peur de faire sentir l'autorité — d'infiltrer les idées religieuses à trop forte dose. — On ne fonde rien que de superficiel — un caractaire affaibli et mou, une piété toute d'impression,
— une àme de cire — qui prend toutes les formes,
— qui se plie à toutes les exigences — qui se modèle sur toutes les sociétés 95-100
II. Nécesssité de suivre de l'œil toutes les phase? que traverse l'esprit exposé aces contacts périlleux.
— Il ne suffit pas que les fondations de l'édifice bâti dans la mer aient été posées d'une manière solide.
— Souvent on les visitera pour s'assurer que rien n'a été endommagé par le ûot qui les bat incessamment. — Si une brèche apparaît — si une fissure se déclare, on la répare immédiatement sans attendre un plus grand désastre — car peut-être on ne le pourrait plus. — Vigilance nécessaire au père pour se rendre compte de tout — sens particulier que Dieu lui donne. — U lit dans les âmes qui lui sont confiées; — un regard — un pli du visage — un geste lui a tout dit — Sorte d'instinct divinatoire dont il est doué. — Providence visible, il vient au secours. — Il n'attendra pas que le mal ait fait des progrès. — Il défendra, il contrebalancera les influences — il s'efforcera de fermer toute blessure, de combler toute lacune . 100-10*'» s III. Nécessité de rattacher plus fortement à la famillechacun de ses membres. — Nous voyons des plantes qui se nourrissent presque exclusivement parleur feuillage. — Celles-là ont peu besoin de racines; aussi ne les jettent-elles qu'à fleur déterre.
— Peut-être elles sont nées sur une muraille, sur un roc, — elles ne tiennent à rien; — vpus les transporteriez ailleurs qu'elles vivraient et fleuriraient encore. — Ainsi en pouvait -il être jusqu'à un certain point en d'autres temps — alors que
l'esprit chrétien formait comme une atmosphère générale — un air que l'on respirait partout, — et •U'iit on pouvait se nourrir. — Mais aujourd'hui que cet air est vicié, on ne peut plus puiser le suc chrétien que dans la famille. — Il faut des racines plus profondes — un attachement plus étroit. — Si tous ne font qu'un, s'ils ont besoin les uns des autres; si, quelque part qu'il soit, le jeune homme sent que ses affections, qui sont comme les racines du cœur et de la vie, restent dans la famille— surtout si son père est pour lui un véritable ami — avec lequel il s'ouvre aisément — et, sans oublier le respect, aussi librement qu'avec un camarade ;
— s'il est habitué à ne point avoir pour lui de secrets, à trouver en lui un confident — un conseiller — un consolateur — quel secours et quelle garantie ! — quelle puissance dans ce père pour guérir! — quelle facilité pour tout apercevoir! — Mais il y a dans tout cela quelque chose qui dépasse les industries de la tendresse elle-même ; — c'est un don divin qu'il faut acheter par la prière
— mériter par une vie pure et toujours sainte. — La chasteté du père contribuera beaucoup à lui donner cet ascendant sur tous les siens. — Elle a son arôme qui se sent. — ses attractions, qui enlacent tous ceux qui sont à lui. — On ne peut se défendre de l'aimer — parce que lui-même il aime d'une manière immaculée. —Ah! puisse le Seigneur conserver et faire croître dans la famille chrétienne ces invincibles attractions qui en assurent l'unité — qui en protègent la vertu contre
toutes les influences étrangères! — Alors le problème sera résolu. — Alors les difficultés s'évanouiront. — Ce sera le triomphe des idées traditionnelles 106-113
Une difficulté particulière m'a été signalée au sujet des livres dont nous avions parlé. 11 en est, dit-on, qui font tant de bruit qu'il est impossible que le jeune homme ne les lise pas. — Il le fera en se cachant si on le lui défend dans la famille. — >~e serait-il pas parfois à propos que le père prenne les devants — lise avec lui, du moins, certains passages, — relevant Terreur — démasquant la fausseté — mettant l'antidote auprès du poison — en sorte que la lecturede vienne inoffensive et que la curiosité soit satisfaite? — Rien de plus judicieux que cette réflexion. — Mais elle suppose un père éclairé — un père capable. — Et pourquoi ne le serait-il pas ? 11 est dans le monde nombre d'hommes qui ont des loisirs qu'ils ne savent à quoi consacrer — dont ils abusent. — Que ne suivent-ils les études de leurs enfants? — Que ne se mettent ils au courant de ce qu'il faudrait savoir pour ne pas rester en arrière. — Je lésais, Dieu ne demande pas à tous la même mesure. — Facilités diverses —occupations plus ou moins impérieuses. Cependant, il faut le dire, une des causes qui enlèvent au père son influence, c'est souvent une sorte d'infériorité, — vraie ou apparente, — littéraire ou scientifique. — Quand l'orgueil du jeune homme est surexcité, parce qu'il se sent dans une sphère que ses parents n'abordent pas — quand
les sujets de conversation sont tout différents — et qu'il n'y a pour ainsi dire non de commun dans les préoccupations habituelles, grand danger — qui écarté si le père tient à suivre, au moins d'une certaine façon, ses enfants, — s'il n'est pas étranger à leur travail. — Alors, il pourra les guider,
— les redresser. — Il sera doublement père, parce qu'il formera leur intelligence et l'engendrera de nouveau, jusqu'à ce qu'elle soit en parfaite conformité avec celle de Jésus-Christ 113-116
©KQUIÈME CONFÉRENCE. — De l'unité des affections dans la famille. — Le centre et les qualités qu'il doit avoir Page 1 1 7
Plus la famille est une, plus elle est belle — parce qu'elle se rapproche davantage de son type, qui- est la famille sainte entre toutes — et même de l'exemplaire suprême etdivm, la Trinité catholique. Le côté physique de cette unité est constitué par la nature — le côté moral est constitué par
les affections 117-420
Pour que les affections soient unes, deux choses nécessaires : un centre — et un lien qui rattache les parties entre elles et à ce centre.
I. Un centre — un foyer principal des affections dans la famille, c'est une condition nécessaire partout où il y a unité. — Voyez le monde physique.
— Pourquoi est- il un, si ce n'est qu'il a un centre autour duquel tout gravite? — Longtemps on a cru qui c'était la terre. — On a pensé ensuite que c'était le soleil. — On commence à croire que tout
le système n'e-t qu'un groupe particulier qui tourne autour d'un autre centre. — La famille est un petit monde — il lui faut aussi son foyer — pour que les mouvements y soient harmoineux. — La famille est un monde dans une autre — une petite société dans la société générale et universelle. — Elle a par conséquant le même besoin. — Or quel sera ce centre si ce n'est le cœur du père — foyer puissant où tout couverge — les affections d'une épouse — celle des enfants. — A mesure que la famille grandit c'est à lui que tout se rattache 119-120
Cherchons les qualités de ce centre.
1° Il faut que ce centre soit un et non plusieurs. Il n'est pas rare que ceux qui sont à la tête de la famille séparent leur cause, s'établissent comme en rivalité — se jalousent — père — mère — grand'père — grand'mère. — E<jo quidem sum Pauli. ego autem Apollo, etc.— La famille est divisée. — Sortes de partis qui s'y forment — groupes séparés. — Iniluences rivales et presque ennemies — grand malaise dans Ja famille quand il en est ainsi — souffrances multipliées — parfois sorte de guerre intestine qui se fait tantôt à coups d'épingles — tantôt à coups de paroles acérées— et de dispositions acerbes. — Le moindre inconvénient est d'y compromettre l'avenir et de rendre toute éducation impossible 4 20- 122
2° Il doit être fixe. Supposez que le pôle du monde vienne à se déplacer — quelle perturbation universelle ! Supposez que dans l'économie du
corps humain ces organes principaux que la médecine appelle des centres, changent de position — quelle souffrance et quelles maladies! — Il en sera de même dans la famille, si ce centre vient à osciller — s'il quitte sa position normale — si au lieu d'être au dedans, il se trouve tout à coup au dehors. — Cette hypothèse n'est pas chimérique. — Le père n'a point cessé d'être homme. — Il demeure accessible aux impressions multiples. — Son cœur pourrait lui échapper — sa pensée — ses désirs — l'occupation de son âme pourrait être hors de la famille. — Malaise qui en résulte, - alors même que rien ne transpire — et qu'il n'y a pas de scandale. — Douleur — rien n'est plus à sa place. — Sorte de dissolution intérieure — car les affections ne pouvant plus être orientées, s'en iront au hasard. — C'est là un des grands fléaux de la famille humaine. — Le cœur du père n'est pas toujours assez affermi — pas assez solidement rivé
à son devoir . . . . , ' . . 122-124
Comment le sera-t-il? Je dirai qu'on ne peut être tout à fait sûr de lui que s'il est chrétien. — Le fondement inébranlable c'est Jésus-Christ : Fundamentum aliv.d nemo potest ponere. — Si le cœur paternel s'appuie là, il ne pourra être ébranlé. — S'il ne cherche qn'un point d'appui purement naturel, n'est-t-il pas à craindre qu'un jour ou l'autre ce point d'appui lui manque, qu'il se trouve flottant, hésitant, tiraillé — jeté ça et là. — N'y eùt-il que la sécurité du bonheur domestique à considérer, rien ne la donnera davantage qu'une
religion bien entendue. — Vigilance nécessaire. — Se défendre contre les surprises des sens et du cœur — Responsabilité du père : Soli non poteslis perire — Nous tenons tout dans nos affections —
nous y portons tout l'avenir 124-126
3° Il faut qu'il soit sympathique. — C'est ce que nous voyons et dans le monde matériel — et dans le monde moral. — Un centre agit surtout en vertu des attractions qu'il exerce. — Dépouillez-le de cette puissance, vous lui enlevez son caractère. — II ne sera plus centre — mais un point isolé. C'est aussi le privilège du père dans la famille. — D'où lui vient cette puissance d'attraction? — Elle vient 1° de la nature. — Je n'ai pas besoin de m'étendrft sur les sentiments qu'elle fait naître et qu'elle grave dans les cœurs. — Ce que nous devons admirer ici,, c'est la loi providentielle — l'intention divine — et la portée immense de ces sympathies innées. — Le propre de Dieu c'est de faire de grandes choses avec de petits moyens — v. g, les forces moléculaires si petites — et qui pourtant sont la cause des plus étonnants phénomènes. — Ainsi dans l'ordre moral — l'affection qu'un enfant a pour ses parents n'est, pour ainsi dire, qu'une force moléculaire — et c'est celle qui' forme la nation — qui inspire l'amour du pays — le patriotisme — qui produit les événements les plus considérables de l'histoire. — Le père a donc entre les mainsun moteur puissant — une force incalculable, indépendamment même de ses qualités personnelles et en vertu seulement de son caractère. — Toute-
fois il dépend de lui d'augmenter ou d'affaiblir ce pouvoir sympathique, car il vient 2° de sa personne. — Sa force est dans l'amour qu'on lui porte. — Et cet amour lui-même sera en raison de celui qu'il donne — en raison de sa vertu et de ses qualités aimables. — Le dirai-je? il y a des pères qui semblent trop chercher cette affection — par là ils s'amoindrissent — diminuent leur prestige et leur force; — l'enfant se sent adulé — courtisé — comment ne met trait -il pas ses faveurs à un prix de plus en plus élevé ? — Aussi n'est-ce point par là qu'on arrive à les obtenir, au moins d'une manière durable. — L'autorité a été sacrifiée et les affections qu'on. a cherchées à la place n'ont pas toute leur énergie. — Les concessions ont décrédité. — La faiblesse a ruiné — écueil trop ordinaire aujourd'hui et qui arrive à
ébranler, à ruiner la famille 120-139
Le vrai moyen de conserver ces sympathies et de les augmenter est : i ° le devoûment au bonheur vrai des siens. — Quand on sent que le chef de la famille ne vit point pour lui-même — qu'il n'a qu'une pensée — qu'une préoccupation — qu'il ne recule devant aucune peine, aucun sacrifice — comment ne a' attacherait-on pas à lui? — Estime — respect — reconnaisance — tout y concourt. — Et parce que la cause subsiste, elle renouvelle tous lesjours les mêmes sympathies — et les rend plus fortes encore. — 2° S'appliquer à acquérir, à pratiquer la vertu aimable. — Vertu solide sans doute — chrétienne avant tout — mais non pas auslère,
du moins pour les autres — douce — bienveillante — sachant s'incliner vers ce qui est au dessous d'elle — sans susceptibilité, tout en conservant sa dignité — sans violence tout en exerçant son
autorité 4 39-U6
Le modèle c'est le Sauveur ressuscité — Etudier sa manière d'agir, — et nous efforcer d'imiter ses vertus Ibid.
SIXIEME CONFERENCE. - De l'unité des affections dans la famille (suite). — Le lien qui unit les parties au centre Page 147
Nous avons posé les conditions fondamentales de cette unité. — Il faut un centre — un — fixe — exerçant des attractions puissantes. —Il faut aussi un lien qui rattache les parties à ce centre. — C'est l'objet de notre présente conférence. . . H7-149
Ce lien est celui du sang et de la filiation. — Que produit-il?
I. La ressemblance. — Sorte de cachet physique imprimé sur l'enfant, — air de famille — même dans la diversité des traits, — marque indélébile de la propriété paternelle. — Ce n'est que le sceau et l'image d'une autre ressemblance plus importante encore — je veux dire la ressemblance morale. — Dans la première la nature a tout fait, l'autre, au contraire, doit être cultivée — augmentée — ménagée avec art, de manière à perpétuer dans les enfants non-seulement la race, mais les vertus, les traditions, les goûts, les tendances. — Conformité de désirs — d'aspirations —
d'intérêts — dont le germe est donné par la nature, — - même au milieu des différences les plus tran- - de caractère. — Si elle existe, elle sera le ciment de l'unité dans la famille. — Si elle n'existe pas, ce sera une des plus grandes causes d'aflaiblissement. — D'où vient qu'aujourd'hui cette ressemblance est rare? — que ce sont les contrat.s qui dominent? — que souvent la génération qui grandit marché au rebours de celle qui a lé? — N'est-ce pas que la famille ne s'en préoccupe point assez, ou qu'elle s,'y prend mal?
— qu'on y laisse chaque individualité se développer au hasard — sans ensemble — sans esprit arrêté
— sans conspiration des tendances et des idées? — parce que l'unité n'existe pas dans les chefs de la famille eux-mêmes — ou parce que l'enfant est jeté sans précaution dans un milieu étranger. — On laisse faire — on se désintéresse. — Absence de continuité — de ressemblances morales. — Il y a des siècles de distance entre ceux qui habitent sous le même toit. — L'un est d'une époque, l'autre d'une époque toutû différente. — Comment les liens de l'affection ne seraient-ils pas exposés à se relâcher? 149-1 08
Vous direz : le moyen d'éviter cet écueil? — Quand une eau est calme, limpide, celui qui s'y regarde y trouve sa ressemblance parfaite. — Cependant ce n'est qu'une image fugitive — qu'on ne peut fixer. — Dans l'âme de l'enfant, quand elle est pure et transparente, le père pourra davantage. — Ses pensées, ses goûts s'y reproduisent —
et s'y fixeront — du moins en partie — s'il sait s'y prendre — s'il étudie avec soin les dispositions, le caractère, le tempérament, s'il voit la porte par où il faut entrer et qu'il y passe 158-162
II. La reconnaissance. — Pourquoi ce sentiment? — Parce que la vie est un bienfait. — Si celle que nous voyons transmise dans les règnes inférieurs n'est qu'une œuvre d'instinct — et pourtant quel instinct admirable!! — celle de l'homme est une œuvre de dévoûment. — Que de temps — que de souffrances non pas seulement pour la produire, mais pour la défendre , la développer, l'élever, la pourvoir de tout ce qui lui est nécessaire! — Cette vie de l'enfant, du jeune homme coûte cher à la parenté, — ce n'est pas seulement son sang ; — ce sont ses sueurs, — ses larmes, — une création de son amour, — la conquête de ses labeurs — de ses immenses sacrifices. — La Providence a voulu qu'il en fût ainsi pour établir la solidarité de la famille. Toute âme généreuse comprend cette condition et sent profondément les devoirs qui en découlent 162-106
Une chose m'effraye — c'est que ces idées menacent de s'effacer. — La reconnaissance envers les parents s'affaiblit — s'éteint presque. — On est étonné d'entendre certains discours. — Les uns disent : la parenté n'a fait que son devoir. — 11 en est qui vont plus loin : Elle n'a cherché que sa satisfaction. — Elle a obéi à un instinct. — Quelle gratitude faut-il lui en avoir? — N'est-ce pas la per-
version de toutes les idées — le renversement du sentiment naturel? — Vue étroite — égoïste — le plus souvent symptôme de la corruption du cœur. — Vous ne savez pas ce que c'est qu'un père — une mère. — Sans doute la nature leur a mis au cœur un besoin — sans doute ils trouveront de la joie jusque dans leurs sacrifices. — Joie du devoir accompli — joie de l'immolation acceptée par la vertu. — Elle n'enlève rien à leur mérite — au droit qu'ils ont d'être payés de retour, — au devoir sacré de la reconnaissance. . . . 166-169
III. L'amour. — C'est là surtout le lien de la famille. — Deux caractères à y remarquer : la spontanéité, la puissance.
1° Spontanéité. — Cette affection est comme innée dans l'enfant. — Elle préexiste à toute réflexion — presque à toute idée. — 11 ne comprend pas encore que déjà il aime. — Le développement du cœur précède celui de l'intelligence, Celle-ci grandit lentement.— Il lui faut des années avant d'entrer en possession d'elle-même et d'arriver à cette période de lucidité qu'on appelle l'âge de raison. —Au contraire, déjà depuis longtemps les affections sont vives, ardentes, enracinées. — Pourquoi cette différence? — Parce que la vie repose plus encore sur nos amours que sur notre science. — Ce qui fera l'homme, ce sont ses attachements. — Dieu y a pourvu. — 11 a commencé par mettre dans le cœur un amour pur. — S'il y demeure, il sera la garantie du bien et la sauvegarde de la vie 169-173
2° Puissance. — Vous connaissez la vitalité des affections de famille. — Elles sont, en quelque sorte, indestructibles — à moins qu'on ne contredise la nature et qu'on ne lui fasse violence. — Elles se réveillent alors même qu'on les croit éteintes. — Elles ne disparaissent que dans les cœurs totalement pervertis. — En même temps, il n'est point d'héroïsme qu'elles ne puissent atteindre. — De là cette popularité qui s'attache à certains types de devoùment filial — paternel — qui existaient même dans le paganisme 173-174
Pourtant il y a un danger : l'affection descend plus qu'elle ne remonte. — Dans la famille, la réciprocité n'est pas absolue. — L'enfant est plus aimé qu'il n'aime. — De là bien souvent rupture d'équilibre. — Au lieu de graviter vers le foyer, c'est lui-même qui l'attire. — Le centre se déplace. — L'enfant a pris la place du père. — Il est maître — arbitre. — C'est lui qui conduit — lui qui décide. — Heureux s'il ne devient pas une idole devant laquelle on est à genoux! — Harmonie troublée — ordre renversé — famille compromise. — Non, le lien, si fort qu'il soit, ne doit rien bouleverser. — Donnons-lui ce qui fait sa puissance. — Ressemblance — reconnaissance — amour, — triple pivot sur lequel porte toute l'économie de la famille humaine 174-179
SEPTIÈME CONFÉRENCE. — De l'unité des affections dans la famille. Suite. — Nécessité de la religion pour la protéger Page 181
TABLE DES MATIÈRES. 39:i
Après avoir déterminé le centre de la famille, nous avons vu le lien qui y rattache les diverses parties. — Nous avons constaté la puissance de ce lien, triple nœud — de ressemblance, — de reconnaissance, d'amour — le tout fondé sur l'unité du sang et de la vie. — Et pourtant tout cela serait trop faible sans la consécration religieuse. 181-1 83
I. Preuve extrinsèque. Nous voyons ce que la famille était devenue sous l'empire des mœurs et des idées païennes. — Dissolution complète. — Ce n'étaient pas seulement les principes qui étaient méconnus. — C'étaient les sentiments naturels qui étaient effacés. — Même dans le peuple le plus civilisé; même dans les classes élevées et instruites, saint Paul nous montre ce renversement de choses : Su}lr,bos...,parentibus non obedientes.... incompositos.... sine affectione. — Nous voyons également ce que la famille est encore dans les nations qui ne sont pas* chrétiennes. — Et au sein même du catholicisme, que deviennent trop souvent les affections qui ne sont pas sanctionnées, gardées par la religion? — Comment expliquer ce triste phénomène ? — La nature a pourtant gravé ces sentiments au fond des cœurs, — elle a tout intérêt à les conserver. — car ces affections douces, spontanées ont fait le charme de l'enfance. — Elles sont destinées à faire le bonheur de la vie. — Par quelle triste fatalité pourrait-il se faire quelles s'affaiblissent ou qu'elles disparaissent? 183-186
Preuve intrinsèque. Si elles rencontrent dans l'enfant, dans le jeune homme, des dispositions
qui les favorisent — elles y trouvent aussi des dispositions qui les combattent. Faisons le recensement de ces forces hostiles.
■\° L'amour de l'indépendance. — Désir inné dans l'enfant, car il se trahit dès la première heure par ces volontés capricieuses, quine souffrent pas qu'on leur résiste. — 11 grandit avec lui — se développe
— arrive bientôt à être une passion violente. — Aujourd'hui surtout, que le courant des idées la favorise — que toutes les théories et toutes les aspirations de l'époque tendent à la surexciter. — Or, devant ce besoin de liberté, la parenté est toujours plus ou moins un obstacle. — C'est le frein qui retient le coursier et dompte sa fougue. — Tandis que les sympathies naturelles la représentent comme aimable, d'autres dispositions non moins vives la montrent comme imposant un joug pénible, odieux. — Si la pensée chrétienne n'est pas là, l'autorité n'apparaîtra que comme un fait discutable — dont on révoquera en doute les titres; — le respect diminuera, — et son affaiblissement portera un coup terrible, mortel peut-être aux affections du cœur 180-190
2° Le besoin de jouir. Nous savons quelles proportions il prend dans l'adolescence et dans la jeunesse — tout concourt à le développer — l'âge avec sa fougue et les révélations qu'il apporte, —
— l'ardeur du sang, — la vivacité de l'imagination et des sens, — les compagnies, — le monde, — les livres, — toute une atmosphère de sensualisme et de volupté ; — torrent qui emporte, — vent
impétueux qui se lève, — et qui, de sa nature, ne s'arrêtera ni devant le péril, — ni même devant l'abîme. — Dieu y a pourvu. — 11 a placé auprès du jeune homme l'expérience d'un père, — la sagesse d'une mère — qui connaissent le danger, — qui savent le prix de l'honneur et de la vertu, — qui sans doute aimeraient mieux la mort de leur enfant que sa dégradation et sa perte. — Bon gré mal gré il y aura lutte entre les instincts du jeune homme et les conseils, les préceptes et les sages mesures de la parenté, — à moins que celle-ci n'abdique, qu'elle n'oublie son mandat et ne ferme les yeux. — C'est la plus déplorable de toutes les trahisons, — la plus fatale pour le présent et pour l'avenir. — Elle amènerait infailliblement la perte des affections, — car la volupté endurcit le cœur et l'enlève à tous ses attachements légitimes. — Spectacle trop ordinaire de nos jours. — Entraîné par le plaisir, le jeune homme y a tout laissé : vertu, — honneur, — sentiments élevés, — respect, — amour de la famille, — que lui reste t-il? l'égoïsme, — la fureur de jouir, — Ce sera un être incapable d'être fils, — d'être père, — d'être époux. — Qu'en fera-t-on? Un homme malheureux — et
faisant le malheur des autres 190-194
Si la religion éclaire la famille, ces périls s'évanouissent en grande partie. — Alors même que le jeune homme aura quelques faiblesses, il se relèvera. — Et dans ses chutes, il rendra justice à la parenté. — Tout en murmurant contre les barrières posées, — ou en les franchissant, — il recon-
naîtra qu'elles étaient opportunes, — qu'elles étaient l'œuvre de l'amour. — 11 en sera reconnaissant 194-199
3° L'intérêt. Cet obstacle surgit d'ordinaire plus tard. — Vient pour la famille une heure difficile,
— celle de la répartition delà richesse. —L'union qui a résisté à tout le reste, ne résiste pas à l'argent. — C'est alors que les démêlés s'élèvent. — On se croit lésé. — Brouilles, — - débats pénibles,
— jalousies, — séparation. — Quand on voit ces choses, aujourd'hui si fréquentes, on est tenté de se demander s'il y a un élément plus fatal à la famille que l'amour exagéré de la richesse. — C'est cet amour qui la tue dons son germe, — l'empêchant de se développer et de croître. — Calcul sordide des parents, qui croient prendre ainsi l'intérêt de leurs enfants, — tandis qu'en réalité ils le trahissent. — Plus tard c'est encore ce même amour exagéré qui achève l'œuvre. — Cause de dissolution, — principe d'inimitiés, — de ressentiments.... de division des cœurs = 197-200
Pour résister à tout cela, il faut plus que les forces de la nature. — Ce n'est pas trop delà charité divine répandue dans les âmes, — venant apaiser des prétentions excessives, — modérer les désirs, — consoler les déceptions, — faire surnager la bonne entente et l'harmonie, — au-dessus des conflits de toute espèce. — Voulez-vous donc que les affections de famille soient toujours vivantes,
— toujours fortes, — attachez-vous à les rendre religieuses. — Le christianisme en sera le ci-
ment. — L'Esprit -Saint en deviendra l'inépuisable source 197-2U6'
HUITIÈME CONFÉRENCE. — De l'unité de vie dans la famille. — Obstacles : Les affaires, les relations Page 207
Un jurisconsulte païen a délini le mariage : Consortium omnis vitœ ; dhini et humanijuris commvnicatio. Cette unité qui régnait autrefois presque universellement devient de plus en plus rare. — On dirait que nous prenons à tâche de la contredire et que le système adopté soit un régime de séparation. — Je ne parle plus des idées où il y a tant de dissidences — ni des affections où l'on constate parfois tant de déviations. — Je parle des habitudes de la vie — des occupations eu des distractions qui la remplissent — des goûts — des actions journalières — de la manière de passer son temps — en un mot, de toute cette série de choses dont se compose l'existence. — La famille ne tisse plus une toile unique — chacun fait la sienne à part et isolément 207-210
I. Séparation dans les affaires. — Elles sont naturellement la part de l'homme et son lot. — Quelle que soit sa position, il est, en vertu de la loi, administrateur — il gère — il contracte — il dispose. Est-il si rare aujourd'hui qu'il le fasse en séparant, pour ainsi dire, sa cause de celle de la famille — en songeant à des intérêts tout personnels, — en se réservant l'avenir — en prenant d'habiles précautions même contre les siens ? — ou, ce qui est
plus ordinaire, en dissipant pour ses plaisirs des sommes plus ou moins considérables,dont personne dans la famille ne bénéficie — et dont personne non plus ne peut demander compte? — Nous flétrissons cet égoïsme, si commun chez nos ouvriers, mais qui se retrouve parfois, avec d'autres formes, dans des classes plus élevées. — On voit alors d'un côté la prodigalité, l'abondance — de l'autre la gêne, la pauvreté relative, la souffrance réelle. — Il est des confidences qui étonnent. — Le monde n'en soupçonne rien — car les apparences sont gardées. — Sous ces belles apparences que de chagrins et
de douleurs! 210-216
Sans aller aussi loin, beaucoup d'hommes honnêtes, vertueux se couvrent d'un impénétrable secret. — Le regard de Dieu est le seul qui plonge dans les affaires dont ils s'occupent. — C'est à peine si un notaire y est initié. — Quant à la femme et aux enfants, ils sont complètement exclus de cette connaissance. — De là que résulte t-il? — 1° Que cette femme est comme étrangère dans sa propre maison — ne sachant ni ce qu'est le présent — ni ce que sera l'avenir, — se berçant peut-être de vaines illusions — ou s'inquiétant sans motif, — du moins vivant dans une incertitude humiliante et pénible ; — 2° que l'homme manque de conse.il — voulant tout faire à lui seul, il se lancera peut-être dans des opérations insensées — jeux qui n'auront pas réussi et qu'on craint de faire connaître — placements mauvais — parfois dot compromise. — Un gouffre se creuse de plus
TABLE DES MATIÈRES. iOl
en plus — on veut le dissimuler — on espère toujours un soudain revirement. — En attendant, la famille est suspendue sur un abime et ne s'en doute pas. — 3° Alors même que tous ces inconvénients n'auraient pas lieu, il y en a un autre trèsgrave. — Si le chef de la communauté vient à être enlevé, qui prendra sa place? — Comparaison d'un navire où le pilote seul saurait où l'on va. — Un malheur l'emporte ; que vont devenir les passagers? — On dira : c'est pour épargner à une épouse, à une mère des sollicitudes superflues. — Oui, prenez sur vous le travail. — Mais ne traitez pas tous les membres de la famille, comme s'ils étaient frappés d'incapacité et d'ilotisme. — Initiez dans la mesure convenable cette femme — ce jeune homme. — Surtout gardez-vous de laisser de jeunes enfants se faire à eux-mêmes des chimères — qui les empêcheront de travailler. — Qu'on leur montre par les faits la nécessité où ils sont d'avoir une valeur personnelle — de suivre une carrière — soit pour honorer leur fortune, s'ils doivent en avoir, soit pour y suppléer, s'ils n'en ont qu'une insuffisante.. . 210-222
II. Séparation dans les relations. La femme a des amies qu'elle voit — que le mari ne connaît pas. — Je ne suppose rien de suspect — mais qui sait quelle influence sera exercée? — La journée se passe en visites, en réceptions, en causeries. — Les habitudes du monde ne permettent guère que le maître de la maison soit chez lui quand sa femme reçoit — ou qu'il l'accompagne lorsqu'elle va voir
ses amies. — Où est-il? — à ses affaires, dit-on, — ou à ses relations particulières. — Le cercle l'absorbe. — Un bureau le retient de longues heures.
— Les intérê'.s dont il est chargé — les consultations qu'il reçoit ou qu'il donne, ne lui laissent point de loisir. — C'est à peine s'il apparaît un instant le matin au premier repas de famille. — Peut-être le prend-il au dehors. — Du moins il a hâte de sortir immédiatement parce que la nécessité commande 222-223
Ainsi la journée entière se passe dans une séparation à peu près obligée. — Le soir semblerait être naturellement le temps de la famille. — Alors, sans doute, elle Ta enfin se retrouver — se concentrer — jouir d'elle-même. — Illusion! — On est invité — il faut s'apprêter pour aller au dehors.
— A Paris surtout, c'est, pour un grand nombre, une sorte de fatalité presque quotidienne. — On en voit qui s'effrayent quand l'hiver arrive, — comme à la perspective d'une immense fatigue — et d'un immense ennui. — Car s'il s'agissait seulement d'un petite cercle intime ! — mais le plus souvent ce sont des relations officielles, où le cœur entre pour peu de choses. — N'importe : il faut aller. — C'est un diner — une soirée — une partie commune d'opéra. — On part — et là encore on va trouver les mêmes habitudes de séparation. — Si du moins nos salons ressemblaient à ceux d'autrefois ! — Si une société aimable, spirituelle se formait de ce mélange d'hommes et de femmes qui s'y rencontrent. — Si un échange intéressant
d'idées, si un doux commerce des intelligences et des cœurs s'y engageait, comme à d'autres époques!
— Le monde ne perdrait peut-être pas tous ses dangers, il garderait du moins quelques-uns de ses avantages. — Ses réunions ne seraient pas inutiles pour polir l'esprit, l'aiguiser, lui donner ce vernis, cette mesure, cet à-propros qui sont comme des traits distinctifs du caractère français. — Mais qu'arrive-t-il le plus souvent ? — Qu'une scission s'opère — Parce qu'on ne sait plus converser — qu'on ne sait plus s'imposer de gène. — Des groupes se forment — les hommes, les jeunes gens vont à part. — Dieu sait si la moralité y gagne — si le bon ton doit s'en féliciter, — s'il n'y a pas là pour l'avenir de la famille une menace. — Oui, Jivi<iun, séparation jusque dans le monde parce qu'elles régnent également sous le toit domestique.
— J'ai présenté un coté triste du tableau — Flous étudions les causes du mal — nous cherchons à former notre diagnostic. — Plus tard nous indiquerons les remèdes. — En attendant, Dieu nous garde de tomber dans les écueils que nous venons d'indiquer et de compromettre cette unité précieuse, que réclame la famille et dont le modèle est au ciel 223-234
NEUVIEME CONFERENCE. — L'unité de vie dans la famille. — Obstacle : les deux familles des con- Pa«e 235
joints
Nous abordons un sujet assez délicat. — Lue entière franchise sera nécessaire. — Quelques
détails déjà donnés reviendront peut-être, — mais nécessité de préciser la question — de montrer, telle qu'elle est, une difficulté souvent immense — que tous rencontrent plus ou moins, qui souvent détruit l'harmonie, le bonheur. — Toute famille nouvelle est comme un confluent où deux courants souvent très-dissemblables se rencontrent.
— Parenté de l'époux — et de l'épouse — qui ont déteint plus ou moins sur Fun et sur l'autre, — qui se rapprochent d'eux — continuent à agir — apportant des idées contraires — des affections* rivales 235-238
I. Les idées contraires. 1° Au point de vue religieux. — D'un côté, des traditions — des habitudes chrétiennes — de l'autre, point de pratique
— peut-être peu de foi — qui sait si l'on n'est pas hostile — si la religion n'inspire pas des défiances? — Ou bien si de part et d'autre (ce qui est rare aujourd'hui) ou a les mêmes croyances, — il est fort possible qu'elles soient interprétées tout différemment. — Ici religion large — communion fréquente ; — là rigorisme étroit, sorte de jansénisme pratique — abstention — crainte d'abus — loi sévère qu'on s'impose et qu'on voudrait imposer 238-241
2° Au point de vue politique. — Deux drapeaux — ou du moins deux nuances profondément distinctes; — opinions arrêtées de part et d'autre — traditions contraires. — Journaux de couleurs diverses qui les entretiennent. — Par suite, deux milieux entièrement opposés —
comme deux mondes qui n'ont rien de commun. — Quel parti embrassera la jeune famille? — De quel côté se tournera-t-elle? — Si elle va à droite, elle heurte et froisse à gauche — Si elle louvoie et manœuvre entre deux, elle irrite à la fois tout
le monde 241-244
3° Au point de vue pratique. — La différence porte sur tout le détail de la vie. — - Ce sont des impulsions en sens contraire — des exigences qui se contredisent. — D'un côté peut-être on voudrait le luxe, un train de maison plus considérable — de l'autre on prêche la réserve et l'économie. — Ici on demande la fréquentation du grand monde — là une vie simple et retirée. — Il y a, d'une part, l'ambition de voir parvenir — d'autre part, la crainte qu'en s'élevant trop haut ou n'attire la tempête. — Ceux-ci entendent les rapports de famille d'une certaine façon, ceux-là tout différemment — v. g. les questions de res~ pect — d'autorité — d'éducation — les récompenses — les divertissements. — 11 résulte souvent de toutes ces oppositions partielles une difficulté extrême. Que fera l'époux — le père? Peut-il espérer de tout concilier? — Doit-il sacrifier son autonomie? — Mais il y a une responsabilité qui pèse sur lui. — Si, en plusieurs points, il peut céder sans péril, sur d'autres sa conscience, lui paraitra engagée. — Puis, par le fait même que les deux traditions se rejoignent en sa demeure, que les deux influences continuent à s'exercer, il trouve peut-être la division jusque sous son toit.
— A ces tiraillements s'en joignent d'autres encore plus forts, parce qu'ils se rattachent à ce qu'il y a de plus profond dans les âmes. . . . 244-247
II. 1° Jalousies d'affections. Elles sont presque inévitables et atteignent parfois des proportions effrayantes. — Il est des mères qui ne peuvent pardonner à celui qu'elles ont donné comme époux à leur fille. — Il semble qu'il les ait dépossédées — volées — qu'il leur ait enlevé ce qu'elles avaient de plus précieux. — On ne s'avoue pas cette disposition, mais elle existe — elle crée des susceptibilités — elle suscite des désolations et des désespoirs. — Elle place souvent une jeune femme dans une situation comme impossible, et par suite met son époux dans une gène continuelle. — En outre, les grands parents veulent accaparer les enfants — en jouir — c'est leur bien
— on leur fait -tort si on les leur dispute, même pour les motifs les plus raisonnables. . 247-2J0
2° Jalousies d'influence. Ce n'est pas seulement l'affection qui -s'émeut, — il y entre un certain désir de dominer, car l'affection, si elle n'y prend garde, arrive bientôt à être tyrannique. — 11 se trouve ainsi, à côté du foyer domestique, une ou plusieurs ambitions de commandement. — .Ambition d'autant plus difficile à écarter que les titres à faire valoir ne lui manquent pas — l'âge — l'expérience — la position faite — les liens de sang et de parenté. — Une partie de ses prétentions peut bien être légitime. — Mais si on la laisse faire, toute liberté sera confisquée. — Puis, encore ici,
lutte entre des principes contraires. — Riyalité ardente. — Sensibilité excessive. — Comment équilibrer les choses de telle manière que personne
n'ait à se plaindre? 250-2>2
Solution. Je ne crois pas avoir chargé le tableau.— La difficulté est grave — souvent peutêtre insoluble. — Essayons du moins de poser quelques principes. Qui est lt chef de lafamille? — Où est son centre? — Ce centre se déplace-t-il? — Deux opinions : Partisans de l'immutabilité — partisans du déplacement. — Les pr< miers s'appuient sur le caractère inamissible de l'autorité paternelle — et sur le besoin de fixité dans la famille. — Les autres envisagent surtout le lieu immédiat, la responsabilité personnelle qui sur chacun. — 11 semble qu'on peut tout concilier en distinguant deux centres, l'un absolu, l'autre relatif. — Le premier est fixe, immuable; et c'est autour de lui que tout le reste gravite d'une manière générale. — Mais sous ce centre universel, ii peut y en avoir d'autres spéciaux — limités — agissant pourtant plus fortement dans leur sphère. — La nature elle-même l'indique.-— Le lien d attraction est plus fort du tils au père, que vis-à-vis d'un aïeul. — Le père est centre particulier — ce qui ne l'empêche pas de reconnaître lui-même un autre centre plus élevé. — Comparaison du système solaire. — Tout y gravite autour du foyer principal — ce qui n'empêche pas que certains astres aient leurs satellites, dépendant d'eux — les desservant en quelque sorte, sans cesser de
faire partie de l'harmonie générale — En étudiant cette organisation de la famille, on se rendra, compte de ce qu'on doit à chacun de déférence, d'affection. — 11 est des choses dont il ne convient pas de se dessaisir — d'autres qu'on peut abandonner. — Du reste, esprit large, concessions à la paix. — Tout faire pour conserver l'harmonie si désirable 202-263
DIXIÈME CONFÉFENCE.— De l'unité de vie dans la
famille.— Obstacle : les caractères. . . Page 265 Dans l'homme il y a des choses qui restent cachées, d'autres qui ne se- montrent que d'une manière discrète, restreinte; il en est, au contraire, qui se révèlent toujours, et pour ainsi dire, immédiatement. — L'àme a son visage qu'elle ne peut dissimuler, — son air, sa physionomie qui la fait reconnaître tout de suite. — Cette partie de l'àme, plus en vue, c'est le caractère, c'est-à-dire la résultante des dispositions morales qui sont en elles, — le produit de ces forces équilibrées ou non, qui la constituent. — Parmi ces dispositions et ces forces il y en a d'ordinaire une qui domine; — celle-là influe spécialement sur le caractère, — elle est le trait distinctif et saillant de cette physionomie de l'âme : — vivacité, — lenteur, — bonté, — brusquerie, etc., — timidité, — gaîté, avec ce je ne sais quoi qui est particulier à chacun, — et qui fait que deux âmes ne se ressemblent pas plus que deux
visages 265-268
<>n peut vivre longtemps avec une personne
sans se douter de certaines vertus qu'elle cache peut-être avec soin, — de certains défauts qu'elle a l'art de dissimuler. — Ses pensées gardent leur secret.... Ses sentiments intimes peuvent être impénétrables.— Le caractère se trahit bientôt; — même dans les saints qui l'ont mortifié, — corrigé,
— il se montre encore. — La nature peut bien se transformer ; — être détruite, périr, c'est impossible.— De là l'importance de cette question pour ceux qui sont appelés à vivre ensemble, — et en particulier pour les membres de la famille. — On peut dire que c'est le point décisif. — Avec des idées dissemblables sur plusieurs objets, on vit unis, heureux. — Même avec certains goûts, certaines affections qui se combattent, la paix peut régner. — Elle sera nécessairement compromise, là où les caractères se prennent à rebours, — se heurtent, — s'aigrissent. — Ou, si une certaine paix semble établie, il faut craindre que ce ne soit celle qui a pour base la séparation et l'isolement 268-272
Pour nous reconnaître en cette matière, établissons deux principes :
1er Principe. Aucun caractère n'est foncièrement et originairement mauvais, si on le considère en lui-même. — Assertion qui peut paraître étrange,
— qui semble aller contre le sens universel, puisqu'on dit : naître avec un mauvais caractère. — Et pourtant c'est une vérité incontestable. — Dieu ne fait rien qui suit radicalement gâté, — et c'est lui qui a fait ce caractère. — La passion même qui
nous emporte, si on la prend en elle-même, avant les déviations que l'habitude ou la volonté lui imprime, n'est pas absolument perverse. — Dangereuse, oui; —incapable de bien, non.— A plus forte raison, le caractère qui n'est point la même chose que la concupiscence. — Ce qui fait que nous l'appelons mauvais, c'est que nous le regardons dans le fatal développement qu'il a pris après une éducation manquée, — molle, — inintelligente,— ou du moins incomplète. — Avec une autre direction plus sage, plus éclairée, plus énergique, ce même caractère aurait produit un résultat tout différent, — porté non un fruit amer, mais un fruit savoureux. — Semblable au sauvageon dont la sève a été corrigée. — Vous ignorez lt-s richesses renfermées dans cette vie exubérante, indomptée, dont l'àcreté vous semble incorrigible. — 11 y a là des trésors qui peuvent être utilisés. — 11 faut une greffe, une culture intelligente. — N'attendez pas trop tard. — Et pourtant, quand même on aurait tardé, ne vous découragez pas 272-'2T7
De là il suit que tout caractère a son bon côté. — Est-il violent, vous trouverez probablement de la sensibilité, du cœur; — est-il mou, indolent, la douceur ne fera pas défaut. — Sérieux, il aura de l'aplomb. — Gai, il rendra la vie agréable, etc. — Ceux qui paraîtront entiers — portés à l'entêtement, ne pécheront que par un excès de force. — La sagacité du chef de famille consiste à reconnaître cette porte par où les caractères sont
TABLE DES MATIÈRES. il 1
eibles, — ce point d'appui qu'ils offrent au levier qu'on veut faire agir, — cet élément a développer, — ce germe à cultiver et à faire croître. — Quand le germe serait enfoui profondément , sous un amas d'exagérations, d'habitudes fatales, vous pouvez encore le dégager, — le féconder, — lui faire porter un fruit de paix, , . . . ï~
2" principe. Tout caractère a aussi son côté faible, — son défaut, — son écueil. — En effet, quelle que soit leur diversité, on peut les ranger en deux catégories. — Les uns sont faibles, — les autics sont forts. — Les premiers opposent moins de résistance, ruais ils sont exposés à pécher par indoknee, par défaut d'énergie; — ils sont parfois sans volonté, — sans courage,— sans constance, — faciles à abattre, — impressionnables, — bibles.— Les seconds sent souvent emportés, — tenaces, — absolus; — ils manquent de condescendance pour autrui, - d'indulgence pour la faiblesse. — C'est l'excès d'une qualité, si vous voulez, mais cet excès devient un vice, — parce que la mesure est dépassée, — et crue comme dit le vieil adage, la vertu consiste dans un sage milieu: in i/iedio virtus î
Il n'est donc personne qui n'ait à travailler sur son caractère pour le redresser. — Et dans la vie de famille en particulier, il n'est personne qui paisse se flatter de n'avoir rien à prendre sur soi, tandis qu'il exigera tout des autres. — Ne détruisons pas la hiérarchie naturelle, — ne méconnaissons pas la subordination qu'elle exige. — Ce n'est
point aux enfants à faire la leçon à leur père. — - Ce n'est point à la femme à redresser son mari. — 11 n'en est pas moins vrai que tous gagnent à ce contact mutuel, — quand celui qui commande commence par faire ce qu'il demande aux autres; — quand les défauts qu'il aperçoit dans les autres l'amènent à se replier sur lui-même, — soit pour reconnaître des défauts semblables, — soit pour constater, comme il arrive souvent, un excès opposé. Il en est, en effet, qui voudraient tout corriger dans les autres sans rien redresser en euxmêmes. — Ils ne pourront supporter une vivacité, et eux-mêmes s'abandonneront à la colère. — Ils seront d'une susceptibilité excessive et s'étonneront de rencontrer dans ceux qui les entourent une trop grande sensibilité. — Aveugles qui aperçoivent une paille dans l'œil de leur frère, et ne voient pas la poutre qui est dans leurs propres yeux. — Ou bien, juges partiaux, qui se pardonnent tout à eux-mêmes et ne sauraient rien excuser, rien atténuer dans les autres.— Leur exemple détruit l'effet de leurs paroles. — Les observations sont sans autorité , — sans efficacité ; — on en appelle des exhortations à la pratique. — C'est une des causes qui paralysent Faction salutaire dela famille — Cœpit Jésus facere et doeere. — Voulez-vous arriver au but, commencez par la réforme de vous-mêmes 284-28S
Ou bien on ne prend pas à cœur cette formation si nécessaire dans les autres. — La première révélation qui s'est faite a montré aux époux que
leurs caractères étaient différents. — peut-être opposés. — Rien là qui dut alarmer à l'excès. — Celui qui a plus de maturité, — d'expérience, pouvait se mettre à l'œuvre, — entreprendre comme une seconde éducation, — celle de l'âme. — Il y avait des portes ouvertes. — Il jouissait de tout crédit. — Mais il faut bien le remarquer, ce devait être une œuvre d'amour, — et aussi une œuvre de patience. — Il fallait s'ingénier, — trouver les côtés accessibles, — profiter des temps favorables, — procéder avec douceur, — possession de soimême -, — peut-être lutter prudemment contre certaines influences, certaines traditions dont nous avons parlé. — Souvent la jeune femme a été trop flattée, elle croit que tout lui est dû. — Elle n'a été formée ni au dévoùment, ni au sacrifice. — Mais quelle école que celle où elle se trouve conduite, si la leçon est donnée avec prudence, — si elle part du cœur. — Au lieu de cela quest-il arrivé? — Peut-être qu'on s'y est mal pris, — qu'on a brusqué les choses, — procédé avec une sensibilité excessive, — ou bien tout toléré, tout dissimulé pour avoir la paix. — Les déceptions se multiplient, — les chagrins s'amoncèlent, — une certaine aigreur se fait sentir, — on se décourage. — Le foyer devient un séjour pénible — que l'on fuit, — où Ton ne revient que par devoir et non par attrait, — comme si on cédait à une contrainte. — Et parfois celui des époux qui rend l'intérieur si désolé semble ne pas s'en douter. — Il s'imagine être irréprochable, — et c'est vrai peut-être, en un
il 4 TABLE DES MATIÈRES.
certain sens. Mais ce qui est digne de tout reproche, c'est cette humeur, — ce sont ces habitudes — ce manque d'empire sur soi-même. — 11 n'en est point ainsi dans la maison d'un homme sage et prudent 290-296
ONZIÈME CONFÉRENCE. — De l'unité de vie dans la famille. — Obstacle : la différence des goûts.
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Tout caractère a quelque chose de bon, — tout caractère a aussi son côté faible. — La conséquence, c'est qu'il faut développer le germe du bien, — se garder de recueil . — Education morale à entreprendre — et réforme à accomplir sur soi-même. — Aujourd'hui nous abordons un sujet connexe. — Outre le caractère, il y a les goûts de chacun. — Grande diversité, — qui devient un obstacle plus considérable encore que le précédent, — amène des tiraillements, — établit des impossibilités, — Il faut nous rendre compte de cet écueil, — essayer de le détruire ou de le tourner.— Deux questions : \° Origine de ces goûts divers: et 2° gouvernement qu'il convient de leur appliquer 207-300
I. Origine. Ici comme partout nous empruntons à l'ordre matériel le mot qui exprime les dispositions de l'àme. — Le goût est ce sens qui discerne les saveurs. — Bien que les objets soient les mêmes, ils ne font pas sur tous la même impression, — ici une sensation agréable, — là une désagréable. — Nous sommes diversement affectés ; — sympa-
TABLE DES MATIÈRES. 4!o
thies, — antipathie». — Par suite, diversité des gdàts pouce qui tient à l'alimentation. — Transporte! ces différences dans une autre sphère. — Etendez-les à toutes les choses avec lesquelles nous sommes en rapport, — et vous verrez que les inclinations varient à l'infini. — G"ùts élevés ou bas, — raisonnables ou capricieux. — Ici, goût du nioiidr, de ses réunions, de ses plaisirs; là, goût de vie tranquille , retirée ; goût de luxe- , de faste, — d'économie, de simplicité. — Goût de la cité, — de la campagae. — de société, — d'isolement, — goût des grandeurs et des affaires, — du
repus et de l'obscurité, etc I/un ne se plait que
chez lui, — l'autre au dehors, — celui-ci dans le travail et l'étude, — celui-là dans l'oisiveté et les
divertissements, etc 300-304
D'où vient cette différence? Il est des goûts naturels, innés, — mais il en est aussi qui sont acquis, — et comme artificiels. — Les premiers sont le résultat de la nature, du tempérament, du caractère. — 11 est clair qu'une nature bouillante et vive aura d'autres inclinations crue celle qui est lente, paresseuse ou lymphatique. — L'âge aura aussi une grande influence ; et c'est ce qui a permis à nos poètes de tracer ce fameux tableau des dispositions et des habitudes ordinaires aux quatre saisons de la vie. — Avec la nature et l'âge, le milieu exerce aussi une action incontestée. — C'est ce qui fait que ces goûts innés peuvent être corrigés, — réformés, — ou pour mieux «lire, transformés par la famille. — Pour prendre un
exemple tout matériel, qui ne sait que le palais se fait, par l'habitude, à des saveurs qui lui étaient désagréables? — Orienter les goûts de l'enfant, les redresser, — c'est une des œuvres les plus importantes de l'éducation. — Parmi les dispositions qui se manifestent en lui , celles-là sont des premières, des plus apparentes. — Vous les saisissez immédiatement. — Pourquoi ne pas les former?
Or, c'est ici que la parenté manque souvent à son mandat. — Non seulement elle ne discipline par les goûts naturels, mais elle en inspire, — ou du moins elle en développe, — qui sont dangereux. — Goûts de luxe, — de toilette, — de dépenses, — de coquetterie. — Goûts de fêtes mondaines en disproportion avec l'âge. — Spectacles. — Bals d'enfants. — Soirées on matinées fatales. — Amour propre mis en jeu hors de propos. — Saillies peu convenables applaudies et encouragées. — Vie de caprice non seulement permise, mais flattée et recoDnue comme normale. Voilà des goûts qui vont grandir, — s'accuser de plus en plus , — créer déjà des habitudes de tyrannie. — Que préparez-vous pour l'avenir? Un égoïste à qui tout devra céder et se rapporter. — Un être inutile qui vivra dans l'oisiveté et fuira le travail. — l'n. être insociable qui rendra les autres malheureux et le sera lui-même . . . . 307-3 1 3
Et je ne parle pas de ces goûts tout à fait dépravés, — que la famille n'aura certes pas inspirés elle-même, mais dont elle n'a pas préservé ; — qui
viennent des compagnies perverses, — de fréquentations malheureuses, — d'une liberté excessive, — de maisons d'éducation mal choisies — Faut-il s'étonner qu'au foyer il y ait la guerre? — qu'on ne puisse vivre d'accord, — rassembler les éléments
de la famille et les tenir unis? 3 1 3-3 14
II. Gouvernement des goûts. Trois systèmes : \° Absolutisme. Un seul membre de la famille impose ses goûts et tous les autres doivent s'y plier. — Il ne faut pas croire que ce soit toujours le chef naturel de la maison. — Parfois c'est la femme, — souvent encore un fils, — ou même une fille, — dont les goûts, les préférences déterminent tout. — L'absolutisme , c'est-à-dire la confiscation des libertés légitimes, n'est bon nulle part, — mais il est plus fâcheux encore, quand il se trouve remis aux mains du caprice; — à plus forte raison quand il déplace l'autorité et la met en bas. — Rien de plus commun pourtant. — On cède en gémissant, — pour avoir la paix, — parce que la résistance est devenue impossible. — Mais que de souffrances ! — Quelle espèce de martyre ! — Si du moins on avait la consolation, en s'immolant, de procurer le bien de celui ou de celle à qui on sacrifie ses inclinations et son repos! — Mais le plus souvent c'est le bien de tous qui est sacrifié , — en sorte que le dédommagement si nécessaire, qu'on aurait droit d'attendre, n'existe pas. — Et la personne même à qui on cède perpétuellement n'en sait aucun gré, — que dis-je? elle ne s'en aperçoit pas, —ou elle s'imagine elle-même être victime. —
Système déplorable, — gouvernement malheureux, — impossible! 314-319
2° Séparation. — Pour couper court à toute discussion, chacun garde sa liberté et agit comme il l'entend. — Le père suit ses goûts, — la mère obéit à ses attraits, les fils vont où leur tendance les porte. — On se retrouve à certains instants, parce que la nécessité l'exige, — ou crue la bienséance le veut. — A part ces moments et l'habitation commune, chacun vit de son côté, — a ses sociétés, — ses amis, — ses jjlaisirs. Qu'est-ce qui résulte de là? Est-ce le bien-être? — Si on le trouve, c'est au détriment des biens les plus précieux, — 1° la vie de famille n'existe plus, — l'unité est complètement brisée, — plus de joie dans les rapports mutuels, — plus de bonheur domestique, . — plus de foyer ;• — 2° les affections diminuent d'autant , — si elles ne vont pas jusqu'à se perdre ; — car on s'accoutume à se passer les uns des autres, — à chercher ailleurs que dans le centre commun ce qu'on désire et ce à quoi on s'attache; — 3° par suite l'immoralité entre de la famille, — et coule bientôt à pleins bords, — ruine des âmes et dégradation, — plaie immense dans la famille à notre époque. 319-324
3° Fusion, — Elle ne peut exister qu'à la condition des concessions mutuelles, — Et ces cod cessions supposent des sacrifices. — Mais les sacrifices ne coûtent pas quand on aime. — Les affections de famille seraient donc illusoires ou incomplètes, si elles ne s'exerçaient ainsi. — Avec les goûts
même les plus opposés il est possible, ilestfaeile <le s'entendre et de vivre en paix, si chacun cherche non son propre bonheur , — mais celui des autres. — Ce qui ruine tout c'est l'égoïsme, — l'affection intéressée qui rapporte tout à soi. — Vrai caractère des membres de la famille : vivre non pour son propre compte mais pour le compte d'une épouse, d'un père, d'un enfant. — Alors on se trouve tout naturellement porté à ces concessions; on y trouve même son bonheur. — Cependant elles doivent être intelligentes, — viser au bien supérieur, — ne pas craindre de contrarier quelquefois certains goûts qui seraient nuisibles — surtout quand il s'agit de ceux qui sont nos inférieurs. — Il y aurait souvent de la cruauté à céder, — parce que ce serait à leur détriment. — Mais la règle, où est-elle? Non point en nousmêmes mais dans ceux pour qui nous vivons, — ou plutôt en Dieu même, qui est tout charité. — Ayons des entrailles d'amour, — de cet amour surnaturel que Jésus-Christ inspire. — Et nous saurons ce qu'il faut faire, — et nous aurons le courage de l'exécuter 324-333
DOUZIÈME CONFÉRENCE. — De l'unité dans la famille. — Obstacle : Le Plaisir Page 333
Après avoir traité de la diversité des goûts et des caractères, nous arrivons naturellement à celle des amusements et des plaisirs. — Question difficile — surtout à notre époque. — Je ne l'envisagerai pas en elle-même, mais seulement dans son
rapport avec l'objet principal de nos conférences : l'unité de vie de la société domestique. — A ce point de vue, trois sortes de plaisir : \ ° Ceux qu'on prend à son foyer, — 2° ceux qu'on trouve au dehors, mais en compagnie des siens, — 3° ceux que Ton cherche isolément 335-338
I. Le plaisir au foyer domestique — en famille... C'est assurément — le plus doux — et le moins dangereux :
1° Le plus doux. — La jouissance matérielle et extérieure est peu de chose si le cœur n'est de la partie. — Mais où est-ce que le cœur sera plus de la partie que sous le toit domestique ? — Réunions moins bruyantes, peut-être, mais plus intimes. — On se connaît — les âmes sont à l'unisson — étiquette moins sévère — joie plus franche — expansion plus grande — n'est-ce pas le lieu de dire : Quam bonum, quam jucuadum ! 338-340
2° Le moins dangereux. — S'il est vrai que le plaisir n'est presque jamais exempt de péril — parce qu'on porte partout sa nature — quand estce qu'il en aura moins que quand il s'épanouit sous le regard paternel — au sein même de la famille — sous la protection de nos affections les meilleures — au sanctuaire béni où sont rassemblés tous nos souvenirs — lieux sacrés où tout nous parle. — Leur seul aspect suffit pour inspirer le respect — le retenue — rappeler les règles protectrices d'une sainte modestie. — Il y a là comme une présence spéciale de Dieu : Exultent justi et lœtentur in conspectu Dei 340-341
Donc la parenté ne saurait rien faire de meilleur que de fournir ces délassements inoffensifs. — De même que le travail des enfants, leur plaisir est une des préoccupations du père. — Savoir les amuser selon leur âge — leur caractère — leur rang. — Leur rendre agréable cette maison — faire qu'ils l'aiment non seulement par devoir, par reconnaissance, à cause de ceux qui l'habitent, mais aussi parce qu'ils s'y trouvent bien — parce que nulle part ailleurs ils ne se réjouissent autant. — Tâche qui était moins difficile autrefois, parce que les familles étaient plus nombreuses, parce qu'on vivait plus chez soi — mais qui le devient aujourd'hui où l'on est tout au dehors — où ces idées, ces goûts sont inoculés de bonne heure. — Il sera bien souvent impossible de se contenter de ces délassements tout intérieurs, et il faudra, avec mesure, y mêler ceux du monde. . 341-344
II. Le plaisir dans le monde en compagnie des siens. — Le cercle s'élargit — l'horizon devient plus vaste — et en même temps les périls croissent. — On ne peut se dissimuler qu'aujourd'hui surtout les théâtres — les soirées — ne présentent souvent des écueils pour la vertu. — Choix à faire — mesure à garder. — Discernement qui devra tenir compte des âges, des caractères, — des circonstances, — problème complexe que je n'aborde pas maintenant. — Un père intelligent et sage qui suit de l'œil les développements d'un jeune esprit et d'un jeune cœur — qui, d'autre part, sait le monde auquel il a affaire — pourra trouver le milieu à
garder. — S'il est une condition qui puisse neutraliser ces périls, n'est-ce pas la présence de la famille? — Quelle protection que ce regard maternel qui suit la jeune fille — sans qu'un seul de ses mouvements lui échappe ! Quel secours pour le jeune homme, dans ces assemblées du monde, que le voisinage de son père — avec qui il est venu, — avec qui il va retourner ! — Ange gardien visible — qui protège sa vertu et la couvre de ses ailes. — Rien que cette pensée soutient —
écarte la tentation 344-350
Par suite, cessation du conflit entre la famille et le monde. — Car il y a là comme deux partis opposés — deux adversaires qui luttent pour entraîner le jeune homme. — Plus il sera à l'un, moins il sera à l'autre; — guerre dangereuse --acharnée. — La conciliation ne trouverait-elle pas ses éléments dans les précautions que nous indiquons ici. c'est-à-dire dans la présence de la famille même dans le monde? Objection: Le père pourra-t-il toujours accompagner son fils? — ne sera-ce pas lui enlever toute liberté — le rendre ridicule? — Je réponds: 4° que s'il ne le peut pas toujours, il le peut du moins le plus souvent — surtout avant un certain âge — surtout s'il a eu soin de se fane l'ami — le confident du jeune homme ; — 2° que là où cette présence du père ne peut pas avoir lieu, il faudra d'autres garanties. — On saura chez qui il va — avec quels amis il s'amuse — si ce sont des jeunes gens sûrs — si tel spectacle, telle réunion n'offre point de dangers, etc. — Il est
TABLE DES MATIÈRES. îfè
rai, malgré tout, que ces difficultés surgiront ; — mais il est tres-vrai aussi «pie ce- difficultés seront bien plus grandes encore si l'on ne pas de se rapprocher de ce que nous Tenons de dire . 3W353
III. Le plaisir séparé. — Chaque membre de la famille allant de son coté — ayant ses préférences — l'un des époux demeurant à lamafeom, tandis que l'autre se jette dans le mon le — les Es sortant toujours seuls. — Je ne veux point établir de absolue — partout il y a des ex. plions légitimes. e qui est vrai en général, c'est qu'il y a dans cette séparation — un suprême inconvénient — et un suprême dang
•1° Suprême inconvénient, parce qu'on s'accoutume à vivre en dehors de la famille — à trouver la joie à l'extérieur — seul — et dans le contact des étrangers — d'où il arrive peut-être que la maison, quand on y rentre, parait triste — qu'on s'y ennuie — qu'on a hâte d'en sortir — qu'on lui préfère toute autre, chose; — par suite, détachement graduel du cœur, — centre placé au dehors — habitude de ne point partager avec les siens le plaisir auquel on se livre; — brisement de l'unité dans ce qu'elle a de plus délicat et de plus D saire, à savoir, les joies en commun, tandis qu'on ne mettra plus en commun que les tristesses. — Et plaise à Dieu que celles-ci ne soient pas également séparées ! 353-3-37
2° Suprême danger. Ai-je besoin de dire pourquoi? ^ous sommes tous faibles — tous exposés à
la tentation. — Mais combien cette faiblesse s'augmente, quand nous sommes privés de nos appuis naturels. — Xo?i est bonum hominem esse solam... Faciamus ei adjutorium simile sibi. — Et le saint Esprit ajoute : Yœ soli.., n'est-ce point surtout dans la famille que cette parole est vraie — et plus encore là où il s'agit du plaisir? — Dans tout le reste à la rigueur, un homme peut se suffire : v. g. affaires — entreprises, etc. ; — ici il a besoin d'être appuyé — garanti — préservé — à plus forte raison, l'enfant, le jeune homme. — Donc réfléchir sur une question si grave — et voir si la voie qu'on suit, est la meilleure 357-362