Ps, cxi
le breuvage qu'il nous sert, est presque toujours un composé de douceurs et d'amertume.
Adversité et prospérité, allégresse et deuil, voilà les deux leçons qui nous viennent du même Maître, et qui, sous des formes opposées, nous apportent le même enseignement. C'est sous cette double influence que nous avons à nous développer. C'est à travers ces vicissitudes de calme, de tempêtes, que l'arbre humain doit grandir, que son fruit se formera et mûrira pour le ciel.
Le sujet que nous traitions précédemment, ne nous présentait que des tableaux pleins de mélancolie; celui-ci, au contraire, semble ne venir à nous qu'avec des sourires. Ne croyez pas néanmoins que les instructions qu'il nous réserve, soient moins importantes.
S'il est vrai que, d'ordinaire, la joie tienne moins de place dans notre vie qus les souffrances, n'est-ce point peut-être parce qu'il est plus difficile à l'homme de la faire profiter à son salut? Quelque lourd qu'il paraisse, le fardeau de l'affliction est plus aisé à soutenir
dignement que celui de la félicité. Et si la Providence nous mesure celle-ci d'une main qui nous paraît parfois avare, la raison en est sans doute que, pour le moment, nous n'en pourrions porter davantage.
Quoi qu'il en soit, la lumière évangélique n'est pas moins nécessaire pour marcher sur une route semée de plaisirs, que pour avancer sans faiblesse à travers un chemin jonché de tristesses. Il faut donc dire à la famille l'usage chrétien qu'elle a à faire de ses joies. Mais avant de lui indiquer le parti à en tirer, au point de vue providentiel, il est bon de lui faire remarquer leur caractère et les privilèges qui les distinguent. Comparées à toutes les autres joies naturelles, celles-ci sont les plus pures, elles sont les plus vraies; elles créent en même temps la plus durable des consolations qu'il nous soit permis d'espérer ici-bas.
La vie présente, vous le savez, Messieurs, n'est point à proprement parler la saison de la joie.
S'il est exact de dire, avec la Sainte Écriture, qu'il y a un temps pour toutes choses, que les rires comme les pleurs ont leurs époques déterminées1 ; dans cette répartition que fait la Providence, des jours heureux et des jours pleins detristesse, c'est bien plutôt ce dernier lot qui semble échu à notre existence terrestre. La dot qui lui a été constituée, renferme surtout des soucis et des chagrins; comme perspective, nous voyons devant nous un héritage de soupirs ; en sorte que le plus clair de notre avoir consiste, pour ainsi dire, dans la propriété de la douleur.
C'est seulement quand cette période de
1. Omnia tempus habent... Tempus flendi et tempus ridendi. (Eccle., m, 4.)
notre \ie totale sera accomplie, que nous espérons autre chose. Jusque-là tout est ajourné, nous n'avons en partage qu'un champ stérile, où les ronces et les épines germent de toute part*. C'est la malédiction prononcée au premier jour par la bouche même du Très- Haut ; elle s'accomplit à la fois et dans l'ordre moral, et dans la sphère matérielle.
Toutefois cette terre désolée n'est pas sans produire de loin en loin quelques fleurs. On les voit éclore çà et là, en petit nombre et timidement, comme si elles se sentaient égarées dans ce vaste désert qui nous entoure. Encore ne faut-il point les cueillir sans choix, ni les cultiver au hasard, car plusieurs sont vénéneuses; il en est beaucoup parmi elles qui renferment un poison mortel, caché sous de séduisantes apparences. Défions-nous de leur éclat, craignons ces grâces charmantes, qui ne sont qu'un piège dangereux tendu à notre ignorance et à notre naïveté.
Les naturalistes contemporains nous parlent